‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 89 sur 253 · LES ANIMAUX DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX DOMESTIQUES

La soumission absolue que nous exigeons des animaux domestiques, l'espèce de tyrannie avec laquelle nous les gouvernons, nous ont fait croire qu'ils nous obéissent en véritables esclaves ; qu'il nous suffit de la supériorité que nous avons sur eux pour les contraindre à renoncer à leur penchant naturel d'indépendance, à se ployer à notre volonté, à satisfaire ceux de nos besoins auxquels leur organisation, leur intelligence, ou leur instinct les rendent propres et nous permettent de les employer. Nous concevons cependant que si le chien est devenu si bon chasseur par nos soins, c'est qu'il l'était naturellement, et que nous n'avons fait que développer une de ses qualités originelles ; et nous reconnaissons qu'il en est à peu près de même pour toutes les qualités diverses que nous recherchons dans nos animaux domestiques ; mais la domesticité elle-même, quant à la soumission que nous obtenons de ces animaux, c'est à nous seuls que nous l'attribuons. La source de notre erreur est que, jugeant sur de simples apparences nous avons confondu deux idées essentiellement distinctes, la domesticité et l'esclavage; nous n'avons vu aucune différence entre la soumission de l'animal et celle de l'homme; et, du sacrifice que l'homme esclave se trouvait forcé de nous faire, nous avons pensé que l'animal domestique nous faisait un sacrifice équivalent. Cependant ces deux situations n'ont rien de semblable. L'homme ne peut être réduit et maintenu en esclavage que par la force ; l'animal ne peut être amené à la domesticité que par la séduction, c'est-à-dire qu'autant qu'on agit sur ses besoins, soit pour les satisfaire, soit pour les affaiblir.

La domesticité des animaux repose sur le penchant qu'ils ont à vivre réunis en troupe et à s'attacher les uns aux autres. Les bons traitements contribuent surtout à développer chez eux l'instinct delà sociabilité, et à affaiblir proportionnellement tous penchants qui seraient en opposition avec lui. C'est pourquoi il ne fut jamais d'asservissement plus sûr pour les animaux, que celui qu'on obtient par le bien-être qu'on leur fait éprouver. Mais il ne suffit pas de satisfaire les besoins des animaux

SELECTIONS IN PROSE.

pour les captiver, il faut davantage ; et c'est en exaltant leurs besoins ou en en faisant naître de nouveaux que nous sommes parvenus à nous les attacher et à leur rendre, pour ainsi dire, la société de l'homme nécessaire.

Si l'on ajoute à l'influence de la faim celle d'une nourriture choisie, l'empire du bienfait peut s'accroître considérablement, et il arrive à un point étonnant si, par une nourriture artificielle, on parvient à flatter beaucoup plus le goût des animaux, qu'on ne le ferait avec la nourriture la meilleure, mais que la nature leur aurait destinée. En effet, c'est principalement au moyen de véritables friandises, et surtout du sucre, qu'on parvient à maîtriser les animaux herbivores que nous voyons soumettre à ces exercices extraordinaires, dont nos cirques nous rendent quelquefois les témoins.

Toutefois une disposition particulière est indispensable pour que les animaux se soumettent et s'attachent à l'espèce humaine, et se fassent un besoin de sa protection. Cette disposition ne peut être que l'instinct de la sociabilité porté à un très haut degré, et accompagné des qualités propres à en favoriser l'influence et le développement ; car tous les animaux ne sont pas susceptibles de devenir domestiques, mais tous nos animaux domestiques, qui sont connus dans leur état de nature, que leur espèce y soit en partie restée, ou que quelques-unes de leurs races y soient rentrées accidentellement, forment des troupes plus ou moins nombreuses ; tandis qu'aucune espèce solitaire, quelque facile qu'elle soit à apprivoiser, n'a donné des races domestiques.

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