‹ French reader with composition exercises and vocabulariesChapitre 16 sur 40 · EXTASE · texte numérisé non relu

EXTASE

Victor Hugo (1802-1885).

J'étais seul près des flots, par une nuit d'étoiles. Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles. Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel. 20 Et les bois, et les monts, et toute la nature,

Semblaient interroger dans un confus murmure Les flots des mers, les feux du ciel.

Et les étoiles d'or, légions infinies, A voix haute, à voix basse, avec mille harmonies. Disaient, en inclinant leurs couronnes de feu ; Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n'arrête, Disaient, en recourbant l'écume de leur crête : — C'est le Seigneur, le Seigneur Dieu !

— From "les Orientales," by kind permission of

M. Paul Meurice, Paris.

i8. L'AUTOMNE.

Lamartine (1791-1869).

Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure ! Feuillages jaunissants sur les gazons épars ! Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature Convient à ma douleur, et plaît à mes regards.

Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire. J'aime à revoir encor, pour la dernière fois, Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois.

Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire, A ses regards voilés je trouve plus d'attraits : C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie, Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui, Je me retourne encore, et d'un regard d'envie Je contemple ces biens dont je n'ai pas joui.

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature, Je vous dois une larme au bord de mon tombeau. L'air est si parfumé ! la lumière est si pure ! Aux regards d'un mourant le soleil est si beau.

Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie Ce calice mêle de nectar et de fiel ; Au fond de cette coupe où je buvais la vie, Peut-être restait-il une goutte de miel.

5 Peut-être l'avenir me gardait-il encore

Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu ; Peut-être dans la foule, une âme que j'ignore Aurait compris mon âme et m'aurait répondu.

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire, 1® A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux ;

Moi, je meurs, et mon âme, au moment qu'elle expire, S'exhale comme un son triste et mélodieux.

— By kind permission of M. Robert Vallier, gérant de la

Société propriétaire des œuvres de Lamartine.

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