‹ French reading for beginnersChapitre 18 sur 55 · LE SIEGE DE BERLIN. III · texte numérisé non relu

LE SIEGE DE BERLIN. III

l'entendre. Ce malheureux Paris, sinistre et bouleversé, il ne pouvait pas le voir. Ce qu'il apercevait de son lit, c'était un pan de TArc de Triomphe, et, dans sa chambre, autour de lui, tout un bric-à-brac du premier 5 Empire bien fait pour entretenir ses illusions.

«A partir de ce jour, nos opérations militaires se trouvèrent bien simplifiées. Prendre Berlin, ce n'était plus qu'une affaire de patience. De temps en temps, quand le vieux s'ennuyait trop, on lui lisait une lettre

K> de son fils, lettre imaginaire bien entendu, puisque rien n'entrait plus dans Paris, et que, depuis Sedan, l'aide de camp de Mac-Mahon avait été dirigé sur une forteresse d'Allemagne. Vous figurez-vous le désespoir de cette pauvre enfant sans nouvelle de son père, le

15 sachant prisonnier, privé de tout, malade peut-être, et obligée de le faire parler dans des lettres joyeuses, un peu courtes, comme pouvait en écrire un soldat en campagne, allant toujours en avant dans le pays conquis ? Quelquefois la force lui manquait; on restait

20 des semaines sans nouvelles. Mais le vieux s'inquiétait, ne dormait plus. Alors vite arrivait une lettre d'Allemagne qu'elle venait lui lire gaiement près de son lit, en retenant ses larmes. Le colonel écoutait religieusement, souriait d'un air entendu, approuvait,

25 critiquait, nous expliquait les passages un peu troubles. Mais où il était beau surtout, c'est dans les réponses qu'il envoyait à son fils: «N'oublie jamais que tu es Français, lui disait -il . . . Sois généreux pour ces pauvres gens. Ne leur fais pas l'invasion trop lourde» ... Et

30 c'étaient des recommandations à n'en plus finir, d'adorables prêchi-prêcha sur le respect des propriétés,

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la politesse qu'on doit aux dames, un vrai code d'honneur militaire à T usage des conquérants. Il y mêlait aussi quelques considérations générales sur la politique, les conditions de la paix à imposer aux vaincus. Là-dessus, je dois le dire, il n'était pas 5 exigeant :

— « L'indemnité de guerre, et rien de plus ... A quoi bon leur prendre des provinces ? . . . Est-ce qu'on peut faire de la France avec de T Allemagne ? » . . .

«11 dictait cela d'une voix ferme, et l'on sentait tant lo de candeur dans ses paroles, une si belle foi patriotique, qu'il était impossible de ne pas être ému en l'écoutant.

« Pendant ce temps-là, le siège avançait toujours, pas celui de Berlin, hélas! . . . C'était le moment du grand froid, du bombardement, des épidémies, de la famine. 15 Mais, grâce à nos soins, à nos efforts, à l'infatigable tendresse qui se multipliait autour de lui, la sérénité du vieillard ne fut pas un instant troublée. Jusqu'au bout je pus lui avoir du pain blanc, de la viande fraîche. 11 n'y en avait que pour lui, par exemple; et 20 vous ne pouvez rien imaginer de plus touchant que ces déjeuners de grand-père, si innocemment égoïstes, — le vieux sur son lit, frais et riant, la serviette au menton, près de lui sa petite-fille, un peu pâlie par les privations, guidant ses mains, le faisant boire, l'aidant à 25 manger toutes ces bonnes choses défendues. Alors animé par le repas, dans le bien-être de sa chambre chaude, la bise d'hiver au dehors, cette neige qui tourbillonnait à ses fenêtres, l'ancien cuirassier se rappelait ses campagnes dans le Nord, et nous racontait pour la 30 centième fois cette sinistre retraite de Russie où l'on

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