IIO LE SIÈGE DE BERLIN
vite pour lui. Il était insatiable, ce vieux! . . . Chaque jour, en arrivant, j'apprenais un nouveau fait d'amies:
«Docteur, nous avons pris Mayence,» me disait la jeune fille en venant au-devant de moi avec un sourire navré, et j'entendais à travers la porte une voix joyeuse 5 qui me criait :
« Ça marche I ça marche ! . . . Dans huit jours nous entrerons à Berlin.»
«A ce moment-là les Prussiens n'étaient plus qu'à huit jours de Paris. . . . Nous nous demandâmes 10 d'abord s'il ne valait pas mieux le transporter en province; mais, sitôt dehors, l'état de la France lui aurait tout appris, et je le trouvais encore trop faible, trop engourdi de sa grande secousse pour lui laisser connaître la vérité. On se décida donc à rester. 15
« Le premier jour de l'investissement, je montai chez eux — je me souviens — trés-ému, avec cette angoisse au cœur que nous donnait à tous les portes de Paris fermées, la bataille sous les murs, nos banlieues devenues frontières. Je trouvai le bonhomme jubilant 20 et fier:
«Eh bien, me dit-il, le voilà donc commencé ce siège !
« Je le regardai stupéfait :
«Comment, colonel, vous savez?» ... 25
« Sa petite-fille se tourna vers moi :
Eh! oui, docteur. . . C'est la grande nouvelle. . , Le siège de Berlin est commencé.»
«Elle disait cela en tirant son aiguille, d'un petit air si tranquille . . . Comment se serait-il douté de 30 quelque chose! Le canon des forts, il ne pouvait pas