‹ French short stories;Chapitre 8 sur 70 · v. passer. 8. v. dans. 16. v. boire. 25. v. tout · texte numérisé non relu

v. passer. 8. v. dans. 16. v. boire. 25. v. tout

LA MULE DU PAPE

— Ah ! grand Saint-Père, ce qu’il y a ! Il y a que votre mule . . . Mon Dieu ! qu’allons-nous devenir ? Il y a que votre mule est montée dans le clocheton . . .

— Toute seule???

— Oui, grand Saint-Père, toute seule . . . Tenez ! regardez-la, là-haut . . . Voyez-vous le bout de ses oreilles qui passe ?... On dirait deux hirondelles . . .

— Miséricorde ! fit ‘le pauvre Pape en levant les yeux . . . Mais elle est donc devenue folle ! Mais elle va se tuer . . . Veuxtu bien descendre, malheureuse !...

Pécaïre ! elle n’aurait pas mieux demandé, elle, que de descendre . . . mais par où? L’escalier, il n’y fallait pas songer: ça se monte encore, ces choses-là; mais, à la descente, il y aurait de quoi se rompre cent fois les jambes ... Et la pauvre mule se désolait, et, tout en rôdant sur la plate-forme avec ses gros yeux pleins de vertige, elle pensait à Tistet Védène:

— Ah! bandit, si j’en réchappe . . . quel coup de sabot demain matin !

Cette idée de coup de sabot lui redonnait un peu de cœur au ventre; sans cela elle n’aurait pas pu se tenir . . . Enfin on parvint à la tirer de là-haut; mais ce fut toute une affaire. Il fallut la descendre avec un cric, des cordes, une civière. Et vous pensez quelle humiliation pour la mule d’un pape de se voir pendue à cette hauteur, nageant des pattes dans le vide comme un hanneton au bout d’un fil. Et tout Avignon qui la regardait !

La malheureuse bête n’en dormit pas de la nuit. Il lui semblait toujours qu’elle tournait sur cette maudite plate-forme, avec les rires de la ville au-dessous, puis elle pensait à cet infâme Tistet Védène et au joli coup de sabot qu’elle allait lui détacher le lendemain matin. Ah ! mes amis, quel coup de sabot ! De Pampérigouste on en verrait la fumée . . . Or, pendant qu’on lui préparait cette belle réception à l’écurie, savez-vous ce que faisait Tistet Védène ? Il descendait le Rhône en chantant sur une galère papale et s’en allait à la cour de Naples avec la troupe de jeunes nobles que la ville envoyait tous les ans près

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