‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 121 sur 174 · Le Miroir · texte numérisé non relu

Le Miroir

Jadis un père de famille Eut un fils beau comme le jour ;

Il eut au contraire une fille Sans nuls attraits, vrai remède d'amour. Ces enfans badinaient comme font d'ordinaire Ceux de leur âge ; et, trouvant un miroir

À la toilette de leur mère, Le Narcisse nouveau prit plaisir à s'y voir. Devenu tout à coup amoureux de lui-même, Il vanta ses attraits, vanité dont sa sœur

Ressentit un dépit extrême, Croyant à chaque mot qu'il taxait sa laideur. Elle n'entendait pas là-dessus raillerie ; Quoique fort jeune encor, l'amour-propre et l'envie S'en étaient emparés. Elle va promptement Trouver son père à son appartement.

" Mon petit frère a la manie De se mirer, dit-elle ; il se croit un soleil,

Et son orgueil est pareil.

Défendez-lui, mon père, je vous prie."

Le père, loin de le gronder, Les embrasse tous deux, tour à tour les caresse :

Et leur partageant sa tendresse,

" Mes chers enfants, dit-il, je veux

Que vous vous miriez tous les deux :

Vous, mon fils, afin que l'image De la beauté dont Dieu prit soin de vous parer Vous donne horreur du vice et du libertinage

Q,ui pourraient la déshonorer ; Et vous, ma fille, afin qu'en cette glace

Apercevant votre disgrâce, Et que vous n'avez pas ces attraits enchanteurs

Dont brille souvent la jeunesse, Vous répariez ces défauts par vos mœurs : Rien n'est si beau que la sagesse."

Richer.

cours complet de déclamation. 249

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