L'Histoire
La capitale d'un Empire Que le glaive du Scythe achevait de détruire,
Par mille édihces pompeux Du sauvage vainqueur éblouissait la vue. D'un Prince qui régna dans ces murs malheureux Il admirait surtout la superbe statue.
On lisait sur le monument :
À très-puissant, très-bon, très-juste, et très-clément. Et le reste ; en un mot, l'étalage vulgaire Des termes consacrés au style lapidaire. Ces mots en lettres d'or frappent le conquérant ;
Ce témoignage si touchant Qu'aux vertus de son Roi rendait un peuple immense, Émeut le Roi barbare ; il médite en silence Sur ce genre d'honneurs qu'il ne connut jamais ; Long-temps de ce bon Prince il contemple les traits. Il se fait expliquer l'histoire de sa vie. "Ce Prince, dit l'histoire, horreur de ses sujets, Naquit pour le malheur de sa triste patrie. Devant son joug de fer il fit taire les lois ; Il étouffa l'honneur, ce brillant fanatisme
Qui sert si bien les Rois, Et fit le premier pas vers l'affreux despotisme." Tel était le portrait qu'à la postérité
Transmettait l'équitable histoire.
Le Scythe confondu ne sait ce qu'il doit croire. Pourquoi donc, si l'histoire a dit la vérité,
Par un monument si notoire
Le mensonge est-il attesté ?
Sa Majesté sauvage était bien étonnée.
" S ligueur, dit un des courtisans, Qui durant près d'un siècle à la Cour des tyrans
Traîna sa vie infortunée, Seigneur, ce monument qui vous surprend si fort,
Au destructeur de la patrie
Fut érigé pendant sa vie .
On fit l'histoire après sa mort."
BoiSSARD.
250 le lecteur et l'orateur français.