‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 153 sur 174 · Harold, aux Grecs armés pour la liberté · texte numérisé non relu

Harold, aux Grecs armés pour la liberté

.... Mais Harold, imposant siîence à leurs transports :

" Je ne suis qu'un Barbare, étranger sur vos bords,

" Fils d'un soleil moins pur et de moins nobles pères,

H Indigne, ô fils d'Hellé, de vous nommer mes frères,

" Vous, dont le monde entier en comptant vos aïeux,

" Ne nomme que des rois, des héros ou des dieux !

" Mais partout où le temps fait luire leur mémoire,

" Où le cœur d'un mortel palpite au nom de gloire,

u Où la sainte pitié penche pour le malheur,

et La Grèce compte un fils, et ses fils un vengeur. . . .

" Je ne viens point ici, par de vaines images,

" Dans vos seins frémissants, réveiller vos courages :

" Un seul cri vous restait, et vous l'avez jeté.

"Votre langue n'a plus qu'un seul mot. . . .Liberté !

" Eh ! que dire aux enfants ou de Sparte, ou d'Athènes ;

" Ce ciel, ces monts, ces flots, voilà vos Démosthènes.

" Partout où l'œil se porte, où s'impriment les pas,

"'Le sol sacré raconte un triomphe, un trépas.

" De Leuctre à Marathon tout répond, tout vous crie :

" Vengeance ! liberté ! gloire ! vertu I patrie !

<{ Ces voix que les tyrans ne peuvent étouffer,

" Ne vous demandent pas des discours, mais du fer.

u Le voilà ! Prenez donc ! Armez-vous. Que la terre

uŒ)u sang de ses bourreaux enfin se désaltère !

«Si le glaive jamais tremblait dans votre main.

" Souvenez- vous d'hier, et songez à demain.

" Pour confondre le lâche et raffermir les braves,

" Le seul bruit de leurs fers suffit à des esclaves.

" Moi, pour prix du trésor que je viens vous offrir,

" Je ne demande rien, que le droit de mourir ;

u De verser avec vous, sur les champs du carnage,

"Un sang bouillant de gloire, et digne d'un autre âge,

" Et de voir en mourant mon génie adopté

" Par les fils de la Grèce et de la liberté.

"Oui, pourvu qu'en tombant pour votre sainte cause,

a Je réponde à l'exil par une apothéose ;

"Q,ue sur les fondements d'un nouveau Parthénon,

" La gloire d'une larme arrose un jour mon nom,

"Et que de l'Occident ma grande ombre exilée

'• S'élève dans vos cœurs un brillant Mausolée,

"C'est assez. Le martyre est le sort le plus beau,

" Q,uand la liberté plane au-dessus du tombeau."

Lamartine. Pèlerinage d'Harold.

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