L'Irrésolu sur le choix d'un état
Au choix de quelque état êtes- vous arrêté ? — Mais. . . . Non ; depuis dix ans pourtant j'ai médité Cent fois sur tous ; aucun n'emporte la balance. Tour à tour le barreau, les armes, la finance, Se partagent mes goûts, sans fixer mon destin, Et mon esprit toujours flotte plus incertain. — Vous dédaignez, je crois, la finance ? — Au contraire. Moi j'irais dédaigner tout ce que l'on révère ! De l'argent je sais trop le magique pouvoir. — Et cependant sur vous rien n'a pu prévaloir. Vous aimiez le commerce ? — Oui, certe ! et quand je pense Qu'il peut de mon pays accroître la puissance, La splendeur, je me dis : L'homme dont les travaux Versent partout l'aisance en tarissant nos maux, Est grand ; il fait le bien, et sa noble industrie Le rend, dans tous les temps, l'homme de la patrie ; Cet honorable état m'aurait déjà fixé.
— Mais qui donc vous retient encore embarrassé ? — Le barreau m'ayant pris un temps considérable, Me semblerait d'ailleurs, peut-être, préférable. Le droit, qui mène à tout, partout considéré, Aux postes éminents sert de premier degré : Administrer l'Etat, défendre l'innocence, Éclairer la justice ou tenir sa balance, Voilà les fonctions, les sublimes emplois Où je puis m'élever par l'étude des lois. — Vous penseriez donc?... — Oui !... si le métier des armes, Encor plus éclatant, ne m'offrait plus de charmes. — Mais le danger ? — Peut-il arrêter un grand cœur ? On se bat, et qu'importe ? on est mort ou vainqueur.
— Ainsi donc vous allez ?... — Je vais attendre encore ; G,ue sais-je ? il est peut-être un état que j'ignore, Et qui vaut encor mieux que ceux dont nous parlons.