‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 164 sur 174 · Discours de Moïse aux Juifs révoltés · texte numérisé non relu

Discours de Moïse aux Juifs révoltés

J'entends, fils de Jacob, vos cris accusateurs,

Et de l'asile saint je quitte les hauteurs.

Né sujet comme vous du monarque suprême,

Vous m'appelez, j'accours vous répondre moi-même.

Aux champs de Misraïm qui fit tomber vos fers ?

Moi. Q,ui vous a tracé le chemin des déserts ? .

Moi. Q,ui sut d'Amalec abattre la furie ?

Moi. Q,ui vous a donné des lois, une patrie 1

Moi, dis-je ; et, couronnant mes travaux assidus,

Les richesses peut-être et les rangs me sont dus ?

Mais que suis-je ? ni roi, ni pontife, ni juge.

Nu de biens et de titre, ai-je même un refuge ?

Q,uels soldats vont marcher contre mes ennemis 1

Ma force est l'Éternel, à qui je suis soumis.

Homme, pouvais-je rien, sans Dieu qui me conseille,

Q,ui seul fit tout pour vous, qui parle à mon oreille 1

Le chameau voyageur, que son maître conduit,

Ne s'enorgueillit pas de la route qu'il suit.

Je ne prétends de vous aucune récompense :

Je cède les honneurs à qui Dieu les dispense ;

Il nomme Aron grand-prêtre, et le choisit sur tous ;

En le sanctifiant, je n'en suis point jaloux.

Du superbe Coré si j'imitais l'audace,

Au sacrificateur je revirais sa place :

Mais Dieu n'a pas permis que la soif du pouvoir

Détournât ma vertu de son noble devoir.

Libre de dignités, et tout à la justice,

Mes décrets immortels sont exempts de caprice :

Q,ui me les a dictés ? Dieu, qui vint me chercher

Dans l'exil où Jéthro se plut à me cacher ;

Dieu, qui de mes destins troublant la nuit profonde,

Me tira de l'oubli, pour éclairer le monde ;

Dieu, qui me condamnant au soin de vous guider,

Lui seul bâtit, renverse, et seul doit commander ;

Dieu, qui met ma faiblesse au-dessus des alarmes,

Et la ceint de puissance et d'invisibles armes ;

Ce grand Dieu, qui soutient le monds de ses bras,

Et voit comme un néant la terre et nos débats ;

Ce Dieu présent, partout ; ce Dieu, dont la parole

Fit de rien l'univers, mit les cieux sur leur pôle ;

Gtui brille à l'orient dès que l'aurore luit,

Dont le jour parle au jour, et la nuit à la nuit ;

Dont le cours du soleil publie aux yeux la gloire,

Et qui daigne, ô Jacob, conserver ta mémoire.

Si j'eusse fait mentir son saint nom profané, Moi-même avec mes fils il m'eût exterminé, duel séjour si lointain où son bras ne m'atteigne ? Les enfers ? il s'y venge ; et les cieux ? il y règne. Ne murmurez donc plus. Ah ! qu'il n'entende pas Vos lèvres, vos pensers le blasphémer tout bas, De peur qu'ici la foudre, en ses mains toujours prête, Ne vous jette sans vie aux pieds de son prophète.

Lemercier. Moïse.

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