DANVILLE
Et je te soutiens, moi, que le sort le plus doux, L'état le plus divin, est celui d'un époux Q,ui, long-temps enterré dans un triste veuvage, Rentre au lien chéri dont tu fuis l'esclavage. Il aime, il ressuscite, il sort de son tombeau : Ma femme a de mes jours rallumé le flambeau. Non, je ne vivais plus : le cœur froid, l'humeur triste, Je végétais, mon cher, et maintenant j'existe. due de soins ! quels égards ! quels charmants entretiens î Des défauts, elle en a ; mais n'as-tu pas les tiens ? Tu crains pour mes amis les travers de son âge ? J'ai deux fois plus d'amis qu'avant mon mariage. Ma caisse dans ses mains fait jaser les railleurs ! Je brave leurs discours ; je suis riche, et d'ailleurs 28*
Une bonne action que j'apprends en cachette Compense bien pour moi les rubans qu'elle achète. Hortense a l'humeur vive * et moi ne l'ai-je pas ? Nous nous fâchons parfois ; mais qu'elle fasse un pas, Contre tout mon courroux sa grâce est la plus forte. Je n'ai pas de chagrin que sa gaîté n'emporte. Snis-je seul? elîa accourt ; suis-un peu las? sa main JVl'offrant un doux appui m'abrège le chemin. J'ai quelqu'un qui me plaint quand je maudis ma goutte ; Quand je veux raconter j'ai quelqu'un qui m'écoute. Je suis tout glorieux de ses jeunes attraits ; Ses regards sont si vifs ! son visage est si frais ! Quand cet astre à mes yeux luit dans la matinée, Il rend mon front serein pour toute îa journée ; Je ne me souviens plus des outrages du temps r J'aime, je suis aimé, je renais, j'ai vingt ans.
Casimir Delà vigne. U École des Vieillards.