SONGE D ATHALIE
D'un ton absolu et digne:
Prêtez-moi l'un et l'autre une oreille attentive.
En élevant le ton :
Je ne veux point ici rappeler le passé,
Ni vous rendre raison du sang que j'ai versé.
Changement de ton :
Ce que j'ai fait, Abner, j'ai cru le devoir faire. Une nuance plus élevée :
Je ne prends point pour juge un peuple téméraire.
60 LE LECTEUR ET l'oRATEUR FRANÇAIS.
L'accent de l'indignation :
Quoi que son insolence ait osé publier, Le Ciel même a pris soin de me justifier.
Une grande fierté dans les vers suivants, et un ton de voix plein et soutenu :
Sur d'éclatants succès ma puissance établie A fait jusqu'aux deux mers respecter Athalie.
Changement d'intonation :
Par moi Jérusalem goûte un calme profond ;
Relever un peu l'intonation:
Le Jourdain ne voit plus Y Arabe vagabond, Ni l'altier Philistin, par d'éternels ravages, Comme au temps de vos rois, désoler ses rivages.
Une nuance :
Le Syrien me traite et de reine et de sœur. Dans le plein de la voix, mais d'un ton un peu plus élevé :
Enfin, de ma maison le perfide oppresseur, Une nuance :
Qui devait jusqu'à moi pousser sa barbarie,
Relevez le ton sur le vers suivant, et portez la force de l'expression sur le second Jéhu ; dire d'un ton imposant et ferme : tremble dans Samarie : Jéhu, le fier Jéhu, tremble dans Samarie. D'un ton plus posé :
De toutes parts pressé par un puissant voisin, Que j'ai su soulever contre cet assassin,
Une nuance :
Il me laisse en ces lieux souveraine maîtresse. Un changement de ton plus adouci :
Je jouissais en paix du fruit de ma sagesse;
Changement d'inflexion qui ramène une nouvelle
idée :
Mais un trouble importun vient, depuis quelques jours, De mes prospérités interrompre le cours.
Une réticence bien marquée pour dire : me devrais- je inquiéter d'un songe :
Un songe (me devrais-je inquiéter d'un songe ?)
Relevez le ton :
Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge.
Changement d'intonation sur le premier hémistiche, et toute la force de l'expression sur le second :
Je l'évite partout, partout il me poursuit....
Le ton mistérieux de la réflexion :
C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit. Ma mère Jésabel devant moi s'est montrée,
Une nuance un peu plus forte :
Comme au jour de sa mort pompeusement parée. Une nuance :
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté ;
Une nuance plus élevée :
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage,
Bien faire valoir le vers suivant par l'articulation, le soutenir avec pompe et déclamation:
Pour réparer des ans l'irréparable outrage. Changer de ton, en prendre un lugubre et tragique :
Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi;
Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi;
Une nuance :
Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,
Changement d'intonation après: ma fille:
Ma fille ; en achevant ces mors épouvantables, Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;
Le ton affectueux :
Et moi je lui tendais les mains pour l'embrasser,
Il faut graduer les quatre vers suivants, de sorte que la force de l'expression et de la voix se porte sur le dernier :
Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chair meurtris et traînés dans la fange, DfS lambeaux pleins de sang et des membres affreux, Qîie des chiens dévorants se disputaient entr'eux.
02 LE LECTEUR ET L'oRATEUR FRANÇAIS.
Ralentir le débit pour bien peindre l'enfant :
....Dans ce désordre à mes yeux se présente Un jeune enfant, couvert d'une robe éclatante,
Une nuance :
Tel qu'on voit des Hébreux les prêtres revêtus. Changement d'inflexion :
Se vue a ranimé mes esprits abattus.
Changement d'intonation :
Mais lorsque, revenant de mon trouble funeste, J'admirais sa douceur, son air noble et modeste,
Bien faire valoir les deux vers suivants :
J'ai senti tout à coup un homicide acier,
Que le traître en mon sein a plongé tout entier.
Après un petit repos, changement de ton :
De tant d'objets divers le bizarre assemblage Peut-être du hasard vous paraît un ouvrage ;
Relevez un peu le ton :
Moi-même, quelque temps honteuse de ma peur, Une nuance :
Je l'ai pris pour l'effet d'une sombre vapeur.
Changement d'intonation :
Mais de ce souvenir mon âme possédée, Relevez le ton :
A deux fois, en dormant, revu la même idée.
Porter le plein de la voix sur le deuxième : Deux fois:
Deux fois mes tristes yeux se sont vu retracer Ce même enfant toujours tout prêt à me percer.
Changer de ton, et le soutenir sur : Lasse enfin :
Lasse enfin des horreurs dont j'étais poursuivie,
J'allais prier Baal de veiller sur ma vie,
Et chercher du repos aux pieds de ses autels.
Une réticence :
(Que ne peut la frayeur sur l'esprit des mortels ?)
Un petit temps, et changement de ton:
Dans le temple des Juifs un instinct m'a poussée,
Relevez un peu le ton :
Et d'apaiser leur Dieu j'ai conçu la pensée ;
Relevez encore un peu plus le ton, en le graduant sur le deuxième vers :
J'ai cru que des présents calmeraient son corroux, Que ce Dieu, quel qu'il soit, en deviendrait plus doux.
Changement total de ton dans le bas de la voix, une transition marquée:
Pontife de Baal, excusez ma faiblesse.
Soutenir bien l'articulation et un repos à chaque point :
J'entre. Le peuple fuit ; le sacrifice cesse.
Une nuance plus forte :
Le grand-prêtre vers moi s'avance avec fureur.
Bien faire valoir par une réticence : ô surprise ! 6 terreur !
Pendant qu'il me parlait, ô surprise ! ô terreur ! Changement de ton dans le plein de la voix :
J'ai vu ce même enfant dont je suis menacée, Tel qu'un songe effrayant l'a peint à ma pensée ;
Porter toute la voix sur : Je rai vu ; bien nuancer et graduer chaque chose, afin de porter la force de l'expression sur : C'est lui-même :
Je Vax vu : son même air, son même habit de lin, Sa démarche, ses yeux, et tons ses traits enfin. C'est lui-même. H marchait à côté du grand-prêtre. Mais bientôt à ma vue on l'a fait disparaître.
Changement total de ton et d'intonation dans le bas:
Yoilà quel trouble ici m'oblige à m'arrêter, Et sur quoi j'ai voulu tous deux vous consulter.
philoctète raconte à pyrrhus son abandon dans l'île de lemnos.
O mon fils !
Une nuance dans le bas :
Vous voyez, délaissé dans Lemnos, Ce guerrier, autrefois compagnon d'un héros, Inutile héritier des traits du grand Aicide,
Relever avec une grande dignité : Philoctète, en un mot :
Philoctète, en un mot,
Une nuance dans le bas :
Que l'un et l'autre Atride, Excités par Ulysse à cette lâcheté, Et seul et sans secours dans cette île ont jeté,
Une nuance :
Blessé par un serpent, de qui la dent impure M'infecta des poisons d'une horrible morsure.
Relever la force de l'expression sur : Les cruels ! et reprendre, dans le bas, le ton vrai et vivement effecté du récit de ses malheurs :
Les cruels !.... De Chrisa vers les bords Phrygiens La victoire appelait leurs vaisseaux et les miens ;
Une nuance :
Nous touchons à Lemnos :
Une nuance :
Accablé du voyage, Le sommeil me surprend dans un antre sauvage.
Bien exprimer les vers suivants comme ils sont indiqués ; changement d'intonation à chaque ligne : On saisit cet instant, on m'abandonne, on part.
On part, Changement de ton dans le bas :
En me laissant, par un reste d'égard, L'expression du mépris et de l'indignation, en indiquant les viles ressources qu'on lui a laissées : Quelques vases grossiers, quelque vile pâture, Des voiles déchirés pour sécher ma blessure,
Une expression plus vive sur ce vers :
Quelques lambeaux,
Une réticence :
Rebuts du dernier des humains.
Tout le développement de l'indignation sur le vers suivant :
Puisse Atride éprouver de semblables destins ! Nouvelles réflexions, changement de ton :
Quel réveil !
Relever le ton :
Quel moment de surprise et d'alarmes l
Une nuance dans le bas :
Que d'imprécations ! que de cris et de larmes ! Lorsqu'en ouvrant les yeux je vis fuir mes vaisseaux, Que loin de moi les vents emportaient sur les eaux !
Bien accentuer et bien exprimer le vers suivant :
Lorsque je me vis seul, sur cette plage aride,
Graduer les trois vers suivants comme ils sont indiqués, et bien peindre l'état affreux de sa situation :
Sans appui dans mes maux, sans compagnon, sans guide* Jetant de tous côtés des regards de douleur. Je ne vis qu'un désert, hélas ! et le malheur j
Changement d'inflexion dans le bas, et la force de l'expression sur : le désespoir, la rage ;
Tout ce qu'on m'a laissé, de désespoir, la rage!.... Changement de ton, reprendre celui de la narration :
Le temps accrut ainsi mes maux et mon outrage. Une nuance plus bas :
J'appris à soutenir mes misérables jours.
Une nuance:
Mon arc, entre mes mains seul et dernier recours, Servit à me nourrir ;
Parler d'un ton bien naturel et bien touchant les vers suivants :
Et lorsqu'un trait rapide Faisait du haut des airs tomber l'oiseau timide,
Bien exprimer chaque chose :
Souvent il me fallait, pour aller le chercher, D'un pied faible et souffrant gravir sur le rocher,
Une nuance dans le bas, bien exprimer les efforts qu'il faisait :
Me traîner en rampant vers ma chétive proie.
Changement de ton :
Il fallait employer cette pénible voie
Pour briser des rameaux, et pour y recueillir
Le feu que des cailloux mes mains faisaient jaillir ;
Changement de ton, bien peindre, par la force de l'expression, la peine qu'il éprouvait :
Des glaçons dont l'hiver blanchissait ce rivage J'exprimais avec peine un douloureux breuvage.
Changement de ton dans le bas; que l'expression soit plus adoucie :
Enfin, cette caverne, et mon arc destructeur, Et le feu.
Une nuance :
De la vie heureux conservateur,
Une nuance dans le bas :
Ont soulagé du moins les besoins que j'endure ;
Changement de ton, une expression bien douloureuse gur le vers suivant :
Mais rien n'a pu guérir ma funeste blessure. Une nuance, reprendre le ton de la narration :
Nul commerce, nul port aux voyageurs ouvert,
Une nuance plus forte au vers suivant :
N'attirent les vaisseaux dans ce triste désert, On ne vient à Lemnos que poussé par l'orage : Et depuis si longtemps errant sur cette plage,
Une nuance :
Si j'ai vu des nochers, malgré tous leurs efforts, Pour obéir aux vents, descendre sur ces bords,
Changement de ton, bien exprimer le peu de générosité de ceux qu'il était réduit à implorer :
Je n'en obtenais rien qu'une pitié stérile,
Des consolations le langage inutile,
Des secours passagers, ou de vieux vêtements ;
Ici un intérêt bien vif vient remplir l'âme de Philoctète, c'est le désir de retourner dans sa patrie, et l'on sait combien cet intérêt est puissant chez les Grecs ; il doit donc être exprimé avec une vérité bien touchante :
Mais, malgré ma prière et mes gémissements, Nul n'a sur ses vaisseaux accueilli ma misère, Ni voulu sur les flots
Toute sa sensibilité doit ressortir sur le dernier hémistiche :
Me conduire à mon père.
Un temps, et la force de l'expression pour bien exprimer toutes les douleurs qui l'ont accablé pendant dix ans :
Depuis dix ans, mon fils, je languis dans ces lieux, Sans cesse dévoré d'un mal contagieux, Victime d'une lâche et noire ingratitude, Souffrant dans l'abandon et dans la solitude.
Un nouveau sentiment d'indignation s'empare de son âme, il ne peut prononcer le nom des Atrides et d'Ulysse qu'avec horreur:
Les Atrides, Ulysse, ainsi m'ont attaché A ce supplice lent que leur haine a cherché ;
Relever le ton :
Ils m'ont surpris ainsi dans les pièges qu'ils tendent ;
Toute la force de l'expression sur le vers suivant, le premier hémistiche dans le haut, le second dans le plein de la voix :
Ils m'ont fait tous ces maux : que des Dieux les leur rendent !