‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 26 sur 174 · COMBAT DE RODRIGUE CONTRE LES MAURES · texte numérisé non relu

COMBAT DE RODRIGUE CONTRE LES MAURES

Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort, Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.

Un petit temps, et reprendre un ton décidé et brave :

Tant à nous voir marcher avec un tel visage, Les plus épouvantés reprenaient du courage.

Une nuance :

J'en cache les deux tiers aussitôt qu'arrivés Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés.

Un semi-ton plus bas, bien accentuer, et bien détailler chaque chose :

Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure, Brûlant d'impatience autour de moi demeure, Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit. Passe une bonne part d'une si belle nuit.

Changement de ton un peu plus haut :

Par mon commandement la garde en fait de même, Et se tenant cachée, aide à mon stratagème ;

Changement d'intonation dans le bas :

Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous.

Un repos, changement de ton pris dans le bas de la voix ; bien accentuer chaque chose :

Cette obscure clarté qui tombe des étoiles, Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ; L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effort, Les Maures et la mer montent jusques au port.

Dans le bas de la voix avec le ton du mystère, une nuance sur le second hémistiche ;

Point de soldats au port, point aux murs de la ville ; On les laisse passer, tout leur paraît tranquille ;

Un peu relever le ton:

Notre profond silence abusant leurs esprits, Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris ;

Soutenir toujours le ton mistérieux :

Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent, Et courent se livrer aux mains qui les attendent.

Changement total de ton, en prendre un entièrement développé et brave :

Nous nous levons alors, et tous en même temps, Poussons jusque s au ciel mille cris éclatants.

Reprendre le ton plus haut, et serrer davantage la diction, mais toujours avec chaleur et véhémence :

Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent ; Ils paraissent armés ; les Maures se confondent,

Toujours graduer la chaleur :

L'épouvante les prend à demi descendus, Avant que de combattre ils s'estiment perdus.

Une nuance, mais toujours vivement :

Us courent au pillage et rencontrent la guerre ;

Les trois vers suivants bien accentués, et en graduant toujours la chaleur :

Nous les pressons sur Veau, nous les pressons sur terre, Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang, Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang.

Un temps, et changement de ton dans le bas :

Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient ; Leur courage renaît, et leurs terreurs s'oublient... La honte de mourrir sans avoir combattu Arrête leur désordre et leur rend leur vertu.

Une nuance :

Contre nous de pied ferme ils tirent leurs épées ;

Relever le ton, et bien accentuer:

Des plus braves soldats les trames sont coupées,

Bien détailler chaque chose, et les graduer dans ces vers :

Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port, Sont des champs de carnage où triomphe la mort.

Un temps, réflexion nouvelle, et dire avec enthousiasme :

Oh ■ combien d'actions, combien d'exploits célèbres Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres, Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait, Ne pouvait discerner où le sort inclinait !

Une nuance, et toujours soutenir l'intérêt et la chaleur :

J'allais de tous côtés encourager les nôtres, Faire avancer les uns et soutenir les autres, Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour, Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour.

Un temps, changement d'intonation, que le visage prenne l'air du contentement :

Mais enfin, sa clarté montre notre avantage ; Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage ; Et voyant un renfort qui nous vient secourir, I? ardeur de vaincre cède à la peur de mourir.

Changement de ton dans les quatre vers suivants ; détailler et accentuer avec chaleur et vivacité :

Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les câbles, Nous laissent pour adieux des cris épouvantables, Font retraite en tumulte, et sans considérer Si leurs rois avec eux peuvent se retirer.

Une nuance :

Pour souffrir ce devoir leur frayeur est trop forte,

Jeter ce vers avec force et éclat ; une nuance après le premier hémistiche :

Le flux les apporta, le reflux les remporte. Un temps, et changement de ton dans le bas :

Cependant que leurs rois engagés parmi nous, Et quelque peu des leurs tout percés de nos coups, Disputent vaillamment, et vendent bien leur vie, A se rendre, moi-même en vain je les convie :

Une nuance :

Le cimeterre au poing, ils ne m'écoutent pas ;

Une nuance dans le bas :

Mais voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats, Et que seuls désormais en vain ils se défendent, Ils demandent le chef, je me nomme, ils se rendent^

Une nuance :

Je vous les envoyai tous deux en même temps ;

Dans le bas :

Et le combat cessa faute de combattants.

PYRRHUS RACONTE a PHILOCTeTE COMMENT LES ARMES DE SON PèRE LUI FURENT ENLEVéfeS.

Avec une simplicité vraie :

Je pleurais ce héros, {Achille) Quand Ulysse et Phœnix, descendus à Scyros, Alléguant un oracle, et flattant ma jeunesse, Vinrent, au nom des Dieux protecteurs de la Grèce, M'assurer qu'à moi seul, à mon sang, à mon nom, Appartenait l'honneur de détruire Ilion ; Que Pyrrhus héritait des grands destins d'Achille,

Une nuance dans le bas :

De me persuader sans doute il fut facile. Une nuance :

Le désir d'embrasser les restes précieux D'un père que jamais n'avaient connu mes yeux, D'aller offrir mes pleurs à des cendres aimées, Qui sous la tombe encor n'étaient point enfermées ;

Un ton plus fort sur le premier hémistiche, une réticence sur : le dirai-je ?

L'ardeur de le venger, le dirai-je 1 l'orgueil

L'expression du courage sur le vers suivant :

De renverser des murs qui furent son écueil ; Tout entraînait mes pas.

Changement de ton:

Par le Ciel protégée, Ma flotte au second jour touche au port de Sigée.

Changement d'inflexion dans le bas, le ton de la narration :

Au sortir du vaisseauje me vois entouré De tout un camp de joie et d'espoir enivré ;

Plus d'explosion dans le vers suivant :

Tous jurent à la fois qu'on voit revivre Achille.

Changement de ton et d'expression, celle du plus vif regret :

Hélas ! il n'était plus !....

72 LE LECTEUR ET l'oRATEUR FRANÇAIS.

Une nuance :

D'une douleur stérile A ses mânes sacrés j'apporte les tributs ; Et Tœil humide encor de mes pleurs répandus, Je me présente aux chefs, et ma juste prière Réclame devant eux l'héritage d'un père.

Changement de ton sur le premier hémistiche, chercher à imiter une autre voix que celle de Pyrrhus pour exprimer la réponse qu'on lui fait, mais d'un ton digne et noble :

Quelle fut leur réponse ! " Oui, ces biens sont à vous ; Disposez-en, seigneur, et les recueillez tous ;

Une nuance plus forte :

Mais ces armes d'un autre ont été le partage : Ulysse les possède."

Reprendre le ton et l'expression de Pyrrhus :

Indigné de J'outrage, Des larmes de dépit coulèrent de mes yeux ; Ces armes sont à moi, j'en atteste les Dieux,

Une réticence bien marquée pour dire : Diè-je alors; reprendre l'expression héroïque :

Dis-je alors. De quel droit une main étrangère M'a-p-elle osé ravir une armure si chère V

Changement de voix et d'expression pour imiter Ulysse, changement d'inflexion sur: dit Ulysse: " Je l'obtins, dit Ulysse, et ce don m'était dû : C'est le prix du service à la Grèce rendu, Quand je sauvai l'armée et votre père même."

Un changement total de ton et d'inflexion pour exprimer avec nuance, chaleur et énergie les quatre vers suivants :

A ces mots, révolté de son audace extrême, J'exhale les transports d'un courroux éclatant, Et menace les Grecs de partir à l'instant, Si je n'obtiens raison de ce vol sacrilège.

Reprendre la voix d'Ulysse, une réticence sur: me dit-il :

" Jeune homme, me dit-il, tu n'étais point au siège ; Tu n'as rien fait pour nous, et menaces encor ! Ne crois pas à Scyros remporter ce trésor : Tu ne l'auras jamais."

Reprendre le ton vivement affecté de Pyrrhus, pour dire avec une chaleur graduée :

Les chefs, amis d'Ulysse, Se déclarent pour lui, protègent d'injustice ;

Une nuance :

Et moi, qu'un tel affront a percé jusqu'au cœur, Moi, qu'on dépouille ainsi sans égard, sans pudeur, Je retourne à Scyros, loin de ces rois perfides,

Relever le ton sur le premier hémistiche :

Et plus qu'Ulysse encor, j'accuse les Atrides,

Changement de ton dans le bas :

Ce sont eux qui, méchants avec impunité, Protecteurs de la fraude et de iniquité, Infectent tous les cœurs de leurs lâches maximes.

Toute la force de l'expression sur le vers suivant :

Et l'abus du pouvoir enfante tous les crimes.

Changement de ton :

0 ciel ! que l'ennemi de ces rois odieux

Soit Vami de Pyrrhus et soit Vami des Dieux •

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