Aux Ecclésiastiques peu zèles
En louant saint Paul d'avoir bravé les tribulations, les chaînes et la mort pour aller remplir son ministère à Jérusalem, quand il déclara qu'il ne craignait rien de tout ce qui pouvait lui arriver, et qu'il ajouta, ma vie ne m'est pas plus précieuse que moi-même, Bourdaloue s'arrête, et il ne songe plus au sacrifice et à la gloire de saint Paul, que pour en relever le contraste avec nos mœurs.
Maury. Eloquence de la Chaire
Que répondrez-vous à cet exemple, hommes du siècle, hommes lâches et mondains, qui, dans les emplois dont la Providence vous a chargés, et même dans les fonctions qui vous attachent, comme saint Paul, au service des autels, cherchez vos aises et votre repos ? Venez, venez vous confronter avec cet apôtre, et dans l'opposition que vous allez découvrir entre vous et lui, apprenez ce que vous devez être, et confondez-vous de ce que vous n'êtes pas, Saint Paul s'est immolé pour son ministère, et vous vous épargnez dans le vôtre; voilà le reproche que vous aurez à soutenir devant Dieu. Consultez-vous sur ce point. Je sais que l'amour propre vous persuade par ses artifices qu'on doit être content de vous comme vous l'êtes de vous mêmes. Mais, dites-moi,
ces ménagemens de votre personne si étudiés et si affectés ; ce refus d'un travail nécessaire que vous devez au public ; cette horreur de l'assiduité, que vous traitez d'esclavage et de servitude ; cette habitude de vous divertir beaucoup et de vous appliquer peu, au lieu de suivre l'ordre de Dieu, qui serait de vous divertir peu pour vous appliquer beaucoup ; cette liberté que vous prenez de vous décharger sur autrui des soins les plus personnels, et dont vous devez uniquement répondre ; cette facilité à vous émanciper des obligations onéreuses, mais indispensables, qui sont attachées à votre état ; cette peine à vous trouver où il faut que vous soyez, et cette disposition à être volontiers où il faut que vous ne soyez pas; cette fuite des affaires qui vous sont importunes et incommodes, quoique Dieu et les hommes ne vous aient faits ce que vous êtes que pour en être incommodés et importunés ; cette prudence de la chair à ne vous engager jamais ni pour la vérité ni pour la justice ; cette crainte de vous exposer et de vous perdre dans les occasions où Dieu demande que vous vous exposiez et que vous vous perdiez ; en un mot, ce secret que le monde vous a appris, et que vous pratiquez si bien, de de prendre de votre condition que ce qu'elle a de doux et d'honorable, et d'en laisser le pénible et le rigoureux ; ce n'est pas tout, cette indifférence, cette froideur, à la vue des scandales qui devraient enflammer votre zèle, et au contraire cette impatience sur les moindres défauts dont votre délicatesse est blessée ; cette sensibilité à vous offenser de tout, et à ne pouvoir rien supporter dans une place qui vous oblige à tout supporter et à ne vous offenser de rien ; enfin, ces plaintes et ces éclats dans les traverses et les contradictions ; tout cela convient-il à un homme qui, à l'exemple de saint Paul, veut être un ministre fidèle? Et puisque pour être tel il faut se résoudre à être victime, tout cela s'accorde-t-il avec l'état d'une victime ?
Bourdaloue. Panégyrique de Saint Paul.