‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 47 sur 174 · Sur la fausse conversion d'un pécheur · texte numérisé non relu

Sur la fausse conversion d'un pécheur

Le traître Judas parait avoir les principales marques extérieures de la pénitence, et promettre toutes les autres. Quelles sont en effet les marques de la véritable pénitence ? Fautil confesser son crime? Judas confesse le sien. Faut-il le réparer ? Judas rapporte les trente pièces d'argent. Faut-il braver le péril 1 Judas va dans le temple même, reprocher à ses conseillers iniques leurs cruautés et leur perfidie : plus courageux que Saint-Pierre qui sort de la cour de Caïphe,

142 LE LECTEUR ET l'oRATEUR FRANÇAIS.

plus courageux que tout le collège apostolique. Faut-il pour se convertir avoir de ces douleurs vives, aiguës, accablantes ? Judas trouve dans son crime un venin qui empoisonne toute sa vie.

Je suppose maintenant, mes frères, que l'Ecriture ne nous eût raconté que ces circonstances de la mort de Judas, et qu'elle en eût supprimé la dernière, son suicide ; je suppose un de ces directeurs relâchés, toujours prêts à ouvrir les portes du ciel aux premières apparences de conversion. Quelle idée se fût-il formée touchant le salut de Judas ? ou pour rapprocher cette question de notre dessein, supposez un malade ordinaire entre les mains d'un tel directeur, un malade qui commence par donner toutes les marques extérieures de repentance; le directeur ne se précipitera-t-il pas à lui dire que ce sont là des caractères infaillibles de conversion, des effets de ces dons de Dieu qui sont sans retour et sans repentance ? Cependant tout cela peut se trouver dans un réprouvé ; tout cela peut se trouver dans un homme abandonné de Dieu * tout cela peut se trouver dans un homme qui va servir dans un instant de proie aux flammes éternelles.

A quoi nous conduit cette réflexion ? Nous voudrions nous en servir pour autoriser les soupçons que nous formons si souvent contre votre salut. Quand il s'agit de la perte de vos âmes, tout nous épouvante ; le moindre doute nous effraie. Laissez nous donc vous demander des preuves de votre conversion qui soient hors de toute équivoque. Laissez-nous vous prescrire les maximes les plus sévères. Laissez-nous travailler à vous mettre dans un état qui nous assure que vous êtes élus, que votre salutest hors de toute atteinte, et faire de cette certitude un devoir de notre ministère.. Outrons-nous eucore la matière à votre avis ? Quel est donc le motif qui vous rassure ? Quoi ! ce désir de participer au fruit de la mort du Christ, désir où l'on ne veut faire entrer pour rien ni amendement ni conversion, est-ce là votre pénitence ? En cela Judas vous a surpassés. Il a cru qu'ayant tant de corruption dans le cœur, ce serait outrager la justice que d'avoir recours à la miséricorde ; et il rend en cela à Dieu un plus grand hommage que vous, qui lui demandant pardon de ces mêmes péchés dans lesquels vous voulez persister, le faites en quelque sorte entrer en communication de corruption avec vous, et le rendez complice de vos crimes. Quoi! ces aveux de vos fautes, cette stérile sincérité qui vous fait reconnaître que vous êtes coupables, et qui ne vous porte point à devenir

innocents, est-ce lace que vous appelez pénitence ? En cela Judas a fait autant que vous, s'il n'en a fait davantage. Il n'a point eu honte d'avouer les crimes que l'on avoue le moins, l'avarice et la perfidie : Tai péché en trahissant le sanginno* cent. Quoi ! ces larmes que vous versez dans notre sein, ces soupirs ?.. Je n'ose étendre plus loin cet odieux parallèle, Connaissons-nous, et corrigeons-nous.

Saurin. Sermon sur le désespoir de Judas.

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