‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 53 sur 174 · L'Écriture Sainte · texte numérisé non relu

L'Écriture Sainte

Un monument existe, qu'il n'est pas permis de comparer aux œuvres de l'homme, mais qui nous offre d'abord toute réalisée la perfection idéale du génie poétique ; c'est vous que j'atteste, Saintes Ecritures, tracées par des mortels choisis, sous la dictée même de Dieu. Ici se manifeste l'inspiration dans sa pureté la plus sublime. Elle est évidente et hautement avouée ; la religion la proclame, et devant elle s'humilie respectueusement le monde chrétien. Ici encore éclate l'imagination dans toute sa splendeur, car il fallait que les paroles divines fussent transmises à des mortels par une bouche mortelle.

O incomparable magnificence î Combien de beautés nobles et touchantes dans ce livre sacré ! Quelle variété, quel éclat et quelle simplicité tout ensemble ! Le poëte chante la créa-

tion de l'univers : ô merveille ! le génie du poëte n'est pas audessous d'un tel sujet ! Un seul mot nous rend comme présents à l'œuvre du Créateur ; à sa parole nous voyons naître ce qui n'était pas. Immobiles de respect et de crainte, nous nous perdons dans un étonnement infini. . . . tant l'inspiration divine a de force ! tant elle sait se revêtir d'images éclatantes pour se manifester à nous !

Ici, le Roi-prophète s'abandonne à cet enthousiasme sacré. Il confie au Seigneur ses joies et ses douleurs, ses regrets et ses espérances. Jamais la lyre ne rendit des sons plus éloquents ; jamais des traits plus variés et plus frappants ne figurèrent aux yeux des hommes de plus religieuses pensées.

Là, par la voix d'Isaïe, l'Esprit saint impose silence au ciel et à la terre ; il vient annoncer au peuple infidèle les vengeances du Seigneur. Plein de l'inspiration divine, le prophète, pour la rendre sensible, puise comme dans un carquois inépuisable les traits brûlants de l'imagination. Il ne craint pas de faire apparaître Dieu même ; il nous découvre les séraphins enflammés qui gardent le trône de Jéhovah, et nous fait entendre l'hymne de l'éternel amour.

Et toi, sombre Ezéchiel, et toi aussi, inconsolable Jérômie, l'Esprit saint qui vous agite donne une force pénétrante à vos menaces et à vos gémissements. Ministre de votre enthousiasme, l'imagination vous prête ses armes puissantes. Des images vives étalent aux yeux de Jérusalem sa honte, ses forfaits, et déjà lui montrent dans un avenir prochain son châtiment inévitable.

Entendez-vous ce mortel qui adresse au Seigneur des plaintes si touchantes ? Il n'y a qu'un moment, on le voyait élevé audessus de tous les fils des hommes ; et le voilà brisé par le malheur ! 11 a toujours marché dans la voie des justes, et le souffle de la colère divine a fait écouler ses jours comme une eau fugitive ! Mais il s'abaisse sous la main qui le frappe : il respecte le secret de l'Eternel.

Naïve innocence des premiers âges ! tendres et généreux sentiments ! vous venez aussi vous peindre dans ce livre avec les plus fraîches couleurs. Aimable fille de Noëmi, qu'on éprouve une vertueuse émotion à la vue de ta piété filiale ! Qu'on est séduit agréablement par cette teinte si douce et si délicate que le poète inspiré a su répandre sur le plus gracieux tableau !

Près de la poésie des Saintes Ecritures, la poésie profane est comme ces étoiles lumineuses qui disparaissent devant l'éclat

du soleil. La poésie sacrée coule incessamment, sans travail, sans effort, d'une source intarissable ; le génie des poètes profanes est bien moins indépendant et moins facile, même dans ses plus admirables créations. Il n'y a rien d'humain dans la poésie des Écritures ; jamais, dans les autres poètes, l'homme ne disparaît tout entier.

Théry. Discours à V Académie française. 1821.

Page 1