‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 76 sur 174 · Mahomet · texte numérisé non relu

Mahomet

Aux extrémités de l'Asie, et sur les confins de l'Afrique, existait un peuple qui, par sa position et son courage, avait échappé aux conquêtes des Perses, d'Alexandre et des Romains. De ses nombreuses tribus, les unes devaient leur subsistance à l'agriculture, les autres avaient conservé la vie pastorale : toutes se livraient au commerce, et quelques-unes au brigan-

dage. Réunies par une même origine, par un même langage, par quelques habitudes religieuses, elles formaient une grande nation, dont cependant aucun lien politique n'unissait les portions diverses. Tout à coup s'éleva, au milieu d'elles, un homme doué d'un ardent enthousiasme et d'une politique profonde, né avec les talens d'un poète et ceux d'un guerrier. Il conçoit le hardi projet de réunir en un seul corps les tribus arabes, et il a le courage de l'exécuter. Pour donner un chef à une nation jusqu'alors indomptée, il commence par élever sur les débris de l'ancien culte une religion plus épurée. Législateur, prophète, pontife, juge, général d'armée, tous les moyens de subjuguer les hommes sont entre ses mains, et il sait les employer avec habileté, mais avec grandeur.

Il débite un ramas de fables, qu'il dit avoir reçues du ciel, mais il gagne des batailles. La prière et les plaisirs de l'amour partagent ses moments. Après avoir joui vingt ans d'un pouvoir sans bornes, dont il n'existe point d'autre exemple, il déclare que s'il a commis une injustice, il est prêt à la réparer. Tout se tait: une seule femme ose réclamer une petite somme de monnaie. Il meurt ; et l'enthousiasme qu'il a communiqué à son peuple va changer la face des trois parties du monde. Condorcet. Progrès de V esprit humain.

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