‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 79 sur 174 · Bossuet, Pascal et Fénélon · texte numérisé non relu

Bossuet, Pascal et Fénélon

Qui n'admire la majesté, la pompe, la magnificence, l'enthousiasme de Bossuet, et la vaste étendue de ce génie impétueux, fécond, sublime ? Qui conçoit sans étonnement la profondeur incroyable de Pascal, son raisonnement invincible, sa mémoire surnaturelle, sa connaissance universelle et prématurée ? Le premier élève l'esprit, l'autre le confond et le trouble. L'un éclate comme un tonnerre dans un tourbillon orageux, et par ses soudaines hardiesses échappe aux génies trop timides; l'autre presse, étonne, illumine, fait sentir despotiquement l'ascendant de la vérité, et, comme si c'était un être d'une autre nature que nous, sa vive intelligence explique toutes les conditions, toutes les affections et toutes les pensées des hommes, et paraît toujours supérieure à leurs conceptions incertaines. Génie simple et puissant, il assemble des choses qu'on croyait être incompatibles : la véhémence, l'enthousiasme, la naïveté, avec les profondeurs les plus cachées de l'art ; mais d'un art qui, bien loin de gêner la nature, n'est lui-même qu'une nature plus parfaite, et l'original des préceptes. Que dirai-je encore ? Bossuet fait voir plus de fécondité, et Pascal a plus d'invention ; Bossuet est plus impétueux, et Pascal plus transcendant. L'un excite l'admiration par de plus fréquentes saillies ; l'autre, toujours plein et solide, l'épuisé par un caractère plus concis et plus soutenu.

Maij toi (FÉNÉLON) qui les as surpassés en aménités et en

grâces, ombre illustre, aimable génie ; toi qui fis régner la vertu par l'onction et par la douceur, pourrais-je oublier la noblesse et le charme de ta parole, lorsqu'il est question d'éloquence 1 Né pour cultiver la sagesse et l'humanité dans les rois> ta voix ingénue fit retentir au pied du trône les calamités du genre humain foulé par les tyrants, et défendit, contre les artifices de la flatterie, la cause abandonnée des peuples. Quelle bonté de cœur ! quelle sincérité se remarque dans tes écrits! quel éclat de paroles et d'images ! Qui sema jamais tant de fleurs dans un style si naturel, si mélodieux et si tendre ? Qui orna jamais la raison d'une si touchante parure? Ah î que de trésors, d'abondance, dans ta riche simplicité !

Vatjvenargues. Les Orateurs.

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