‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 81 sur 174 · HORMISDAS DANS LES FERS, À SES SUJETS RÉVOLTÉS · texte numérisé non relu

HORMISDAS DANS LES FERS, À SES SUJETS RÉVOLTÉS

Témoins et auteurs de mes maux, votre prisonnier est votre Roi. Je ne vois plus que l'insulte dans ces regards où je voyais le respect et la crainte. Adoré jusqu'à ce jour, revêtu de la pourpre la plus éclatante, maître du plus puissant Empire qu'éclaire le soleil, le dieu suprême de la Perse, me voilà chargé de fers, couvert d'opprobres, réduit à la plus affreuse misère. Je vous suis odieux, et votre haine vous persuade que je mérite ces horribles traitements: mais qu'ont mérité mes ancêtres, ces Monarques victorieux, fondateurs de cet Empire, qui ont transmis à leur postérité les droits qu'ils ont acquis a vos respects par leurs actions immortelles ? Les outrages dont vous m'accablez retombent sur eux : oui, tous les Sassanides gémissent avec moi dans un cachot ténébreux ; ils sont avec moi couchés dans la poussière. Les Artaxercès, les Sapor, les Chosroës, tremblent avec moi sous les regards d'un geôlier impitoyable ; ils attendent le bourreau.

Mais si les droits les plus sacrés sont effacés de vos cœurs, si les lois n'ont plus de pouvoir, si vous foulez aux pieds la majesté souveraine, la justice, la reconnaissance, écoutez encore une fois votre Prince, écoutez mon amour pour la Perse : il respire encore malgré vos outrages, et il ne s'éteindra qu'avec moi. Satrapes et seigneurs, vous tenez entre vos bras les colonnes du plus noble, du plus puissant, du plus ancien Empire de l'univers . la révolte les ébranle aujourd'hui, c'est à vous de les affermir ; c'est à vous de soutenir ce vaste édifice, dont la chute vous écraserait. Que deviendra votre pouvoir, s'il ne reste plus d'obéissance ? Serez- vous grands, si tout se dérobe sous vos pieds ? La sédition confond les rangs; elle élève la poussière des Etats ; elle rompt cette chaîne politique qui descend du Prince jusqu'au dernier de ses sujets. Il faut qu'un vaisseau périsse, si chacun des matelots s'érige en pilote, et ne prend l'ordre que de son caprice. Vous êtes maintenant agités d'une violente tempête ; Varame a les armes à la main, il débauche vos troupes, il soulève vos provinces. Il menace d'envahir, de mettre à feu et à sang le Perse entière. Quel moment choisissez- vous pour vous défaire de votre Roi ? Ja-

mais un chef ne vous fut plus nécessaire. Et ce chef sera-ce Chosroës ? Je sais que vous jetez les yeux sur lui : croyez-en celui qui l'a vu naître, celui qui a vu croître ses inclinations perverses, que les soins paternels n'ont pu réformer. Faut-il que j'accuse mon fils? mais ce fils malheureux serait le fléau de la Perse. Jamais je n'aperçus en lui aucun des caractères de la majesté royale : sans génie, sans élévation dans l'âme, esclave de ses passions, impétueux dans ses désirs, livré sans réflexion à tous ses caprices, emporté, intraitable, inhumain, aussi avide d'argent qu'indifférent pour l'honneur et la gloire, ennemi de la paix, également incapable de se gouverner et d'écouter un bon conseil ; jugez des qualités de son cœur par cet air sombre et farouche qu'il porte dans ses regards !

Si vous êtes obstinés à changer de Prince, si vous ne pouvez souffrir Hormisdas, il vous offre un Roi : c'est un frère de Chosroës ; mais il ne l'est pas d'esprit et de caractère. Plus heureux qu'Hormisdas, plus digne de régner que Chosroës, il fera revivre ces Monarques sages et généreux dont la mémoire vous est précieuse. Hélas! j'ai marché sur leurs traces. N'ai-je pas étendu leurs conquêtes? Interrogez les Turcs, qui vous paient aujourd'hui le tribut qu'ils vous avaient imposé ; interrogez les Dilimnites, que j'ai forcés dans leurs montagnes à plier sous le joug qu'ils refusaient de porter ; interrogez les Romains, qui pleurent la perte de Martyropolis...

Mais oubliez tous mes triomphes ; ce n'est plus à mes yeux

qu'un songe brillant, qui ne me laisse que la misère et l'attente

d'une mort cruelle. Je consens à m'oublier moi-même. C'est

à vous de prendre un parti dont la Perse n'ait pas à se repentir.

Le Beau. Histoire du Bas-Empire.

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