Bendoës, allié de la famille Royale, réfond à
Hormisdas.
Généreux Perses, que la haine de la tyrannie réunit dans les mêmes sentiments, entendez- vous votre tyrant, qui, du fond de sa prison, prétend encore régner sur vos têtes ? Il vous parle avec empire, il vous prescrit des lois, il accuse son fils, il dispose d'un sceptre qu'on a justement arraché de ses mains sanguinaires. Malgré la pesanteur de sa chute, il n'est pas encore revenu de l'ivresse où l'a plongé le pouvoir souverain dont il a tant abusé. Il ose vous donner des conseils, lui qui n'a pas su se conseiller lui-même. Quel garant vous produira-t-il de la sûreté de ses avis ? Sera-ce sa fortune ? il est
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dans les fers, et voudrait sans doute vous communiquer ses malheurs. Non, Hormisdas, nous n'avons point eu de part à tes crimes, nous ne partagerons pas tes disgrâces.
De quel front ose-t-il condamner les révoltés, lui qui s'est révolté le premier contre toutes les lois de la Perse % de quel front ose-t-il s'associer à ses ancêtres, dont il déshonore la mémoire ? Son règne n'a été qu'un brigandage ; son trône qu'un échafaud funeste, que ce bourreau de la Perse a trempé du sang de ses sujets. Jetez les yeux sur le Tygre, gonflé de tant de cadavres ensevelis dans ses eaux. il aurait souhaité faire de la Perse entière un vaste sépulcre ; monstre affamé de carnage, qui ne voulait régner que sur des morts.
C'est bien à lui de décider du mérite de ses enfants: c'est bien à lui de nous désigner un Monarque ; il n'en a jamais connu les devoirs. Cesse, Hormisdas, de parler en maître ; cesse de nous représenter nos lois ; elles s'élèvent sur ta tête, elles t'écrasent, et tu n'en dois plus sentir que la rigueur. Père dénaturé autant que barbare Monarque, tu te venges sur ton fils de l'impuissance où tu es maintenant de tourmenter tes sujets. Tu ne nous présentes le plus jeune, que pour outrager les droits de la nature ; tu t'efforces de prolonger tes- crimes au-delà même de ta vie.
Tu te fais honneur des tributs que nous paient les Turcs : les devons-nous à ton courage 1 Tu ne tiras jamais l'épée que contre tes sujets : c'est la bravoure de nos soldats qui nous a soumis cette nation barbare. Tu nous parles des Dilimnites : la cruauté les avait soulevés. Hélas ! aussi misérables, mais plus aveugles et plus lâches que ce peuple généreux, nous t'avons prêté nos bras pour le réduire, lorsque nous devions l'imiter.
Oses-tu nous dire que les Romains pleurent la perte de leurs villes ! ils rient bien plutôt de nos défaites ; les bords de l'Araxe fument encore du sang de nos guerriers.
Tes trésors regorgent d'or et d'argent ; mais nos maisons sont vides : nos villes, nos campagnes sont le théâtre de la plus affreuse misère. Tyran impitoyable, qui dévores tes peuples, qui te repais de leur sang ; plus semblable aux tigres de l'IIyrcanie qu'aux autres habitants de tes États, délivre nos yeux de ta présence, retourne dans ces sombres cachots que tu remplissais de nos frères ; vas y attendre ton supplice; que ta mort répare les maux que ta naissance a causés à la Perse ; que, pour le salut de l'humanité entière, elle apprenne à l'uni-
vers qu'un Roi cesse de l'être, qu'il perd même tout droit à la vie, dès qu'il devient l'ennemi de son peuple.
Le même. Ibid.