Le Duc de Rohan à ses troupes
Après avoir sauvé l'Alsace, ce gênerai s'était approché de Bâle ; à la faveur de la nuit, il entra en Suisse, et parut inopinément, au bout de douze jours de marche, à Coire, où les Grisons, serrés de près par les Impériaux, le reçurent avec de grandes démonstrations de joie. Il fut d'abord repoussé par les ennemis qui l'attaquèrent avec des forces supérieures ; mais il n'était jamais plus redoutable qu'après une défaite ; il trompa l'ennemi par une contre-marche, et parut sur les hauteurs de Cassiano, à la vue des Impériaux étonnés. C'est alors qu'il adressa à ses troupes cette courte harangue, comparable aux plus belles des anciens capitaines:
" Nous avons passé des lieux presque inaccessibles pour venir en cette vallée ; nous y sommes enfermés de tous côtés. Voilà l'armée impériale qui se met en bataille devant nous ; les Grisons sont derrière, qui n'attendent que l'événement de cette journée pour nous charger, si nous tournons le dos. Les Valtelins ne sont pas moins disposés à achever ce qui restera de nous. De penser à la retraite, vous n'avez qu'à lever les yeux pour en voir l'impossibilité ; ce ne sont, de tous côtés, que précipices insurmontables, de sorte- que notre salut dépend de notre seul courage. Pour Dieu ! mes amis, tandis que les
armes de notre Roi triomphent partout avec tant d'éclat, ne souffrons pas qu'elles périssent entre nos mains ; faisons, par une généreuse résolution, que ce petit vallon, presque inconnu au monde, devienne considérable à la postérité, et soit aujourd'hui le théâtre de notre gloire."
Rohan fut vainqueur, et sa fortune ne se démentit pas.
Rohan.