Le Maréchal de BmoNf À ses Juges
Je vous ai rétablis, Messieurs, sur les fleurs de lis, d'où les saturnales de la Ligue vous avaient chassés. Ce corps, qui dépend de vous aujourd'hui, n'a veine qui n'ait saigné pour vous. Cette main, qui a écrit ces lettres produites contre moi, a fait tout le contraire de ce qu'elle écrivait
Il est vrai, j'ai écrit, j'ai pensé, j'ai dit, j'ai parlé plus que je ne devais faire. Mais où est la loi qui punit de mort la légèreté de la langue et le mouvement de la pensée ? Ne pouvaisje pas desservir le Roi en Angleterre et en Suisse ? Cependant j'ai été irréprochable dans ces deux ambassades ; et, si vous considérez avec quel cortège je suis venu, dans quel état j'ai laissé les places de Bourgogne, vous reconnaîtrez la confiance d'un homme qui compte sur la parole de son Roi, et la
* Mézeray, dit Voltaire, s'élève au-dessus de lui-même en faisant parler ainsi le maréchal de Biron ; et il est égal, pour le moins, aux Ancients[dar.s cette harangue, du genre de celles dont ils parsemaient leurs ouvrages.
t Fils du précédent.
fidélité d'un sujet, bien éloigné de se rendre Souverain dans son gouvernement. ... ..
J'ai voulu mal faire ; mais ma volonté n'a point passé les bornes d'une première pensée, enveloppée dans les nuages de la colère et du dépit; et ce serait chose bien dure, que l'on commençât par moi à punir les pensées. La Reine d'Angleterre m'a dit que, si le Comte d'Essex eût demandé pardon, il l'aurait obtenu ; je le demande aujourd'hui : le Comte d'Essex était coupable, et moi, je suis innocent.
Est-il possible que le Roi ait oublié mes services ? Ne se souvient-il plus du siège d'Amiens, où il m'a vu tant de fois, couvert de feu et de plomb, courir tant de hasards, pour donner ou pour recevoir la mort 1 Le cruel ! il ne m'a jamais aimé que tant qu'il a cru que je lui étais nécessaire. Il éteint le flambeau en mon sang, après qu'il s'en est servi. Mon père a souffert la mort pour lui mettre la couronne sur la tête : j'ai reçu quarante blessures pour la maintenir ; et, pour récompense, il m'abat la tête des épaules. C'est à vous, Messieurs, d'empêcher une injustice qui déshonorerait son règne, et de lui conserver un serviteur, à l'Etat un bon guerrier, et au Roi d'Espagne un grand ennemi.
Le même.