‹ Fréquence des Mycoses pures ou associées à la TuberculoseChapitre 6 sur 13 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les mycoses sont restées longtemps ignorées de la Science Médicale, et même maintenant sont encore considérées comme des affections extrêmement rares, alors que leur fréquence est cependant assez grande. Si nous parcourons l’histoire de leur découverte (1), nous voyons que dès 1749. Réamur signale la présence de moisissure dans des œufs en incubation.

En 1815, Mayer décrit une moisissure découverte dans les sacs aériens d’un geai.

Jaeger, en 1816, trouve un champignon dans les voies aériennes d’un cygne. Hensinger, en 1826, chez une cigogne.

Theile voit chez un corbeau des lésions tuberculeuses avec par place des moisissures vertes.

En 1833, Osven découvre des moisissures vertes dans les

cavernes pulmonaires d’un flamant.

(1) Nous empruntons ces détails à l’ouvrage de M. SARTORY et BAILLY : «les Mycoses pulmonaires ».

Schænlein démontre, en 1830, la nature mycélienne du favus.

Rousseau et Serrurier observent un cas de mycose puimonaire chez un cerf du Bengale, en 1841.

À la même époque, Lomgenbeck signale un champignon dans l'écoulement nasal d’un cheval morveux.

Roger (1842) trouve des filaments mycéliens sur la plèvre d’un individu tuberculeux.

En 1845, Remak affirme que la plupart des crachats de phtisiques renferment des fibres de mycélium.

Pluyter rapporte, en 1847, un cas de mycose pulmonaire chez une femme morte de cette affection.

Robin, en 1853, montre le rôle pathogène des chambpignons dans son « Histoire naturelle des végétaux parasites de l’homme et des animaux ». Il découvrait à la même époque le parasite du « muguet ».

En 1856, Wirchone décrit trois cas de mycose pulmonaire. Conheim (1865), trouve dans la scissure interlobaire d’un malade mort de septicémie un tubercule formé de feutrage mycélien.

En 1875, Fresenius découvre l'aspergillus fumigatus. Les travaux de Renou, Chantemesse et Widal démontrent la fréquence d’une pseudo-tuberculose pulmonaire chez les gaveurs de pigeons, provoquée par l’aspergillus fumigatus.

Une observation de Fürbringer (1876) rend compte d'un

ES

cas de mycose pulmonaire dans lequel on découvre du mycélium dans un petit foyer de nécrose.

En 1890, Dieulafoy, Chantemesse et Widal, au cours de leur très importante communication au Congrès de Berlin, que nous citerons plus loin, ont posé la question des pneumomycoses primitives.

En 1802, toute une série d'auteurs français et étrangers : Wuillemin, Legrain, Busse, San Felice, Gilchrist, Montgomery, Waiker, Cleary, Irons et Graham, etc... isolent de différentes tumeurs de levures pathogènes. En 1806, paraît une étude de Lucet sur les mycoses.

Beurmann et Ramond signalent, en 1900, un nouveau cas de mycose produite par un champignon identifié par Matruchot, sous le nom de Sporotrichum Beurmanni.

… À la même époque, Roger et Sartory décrivaient plusieurs organismes nouveaux du genre oospora, constatés dans les crachats d'individus suspects de tuberculose pulmonaire.

Quelque temps après, Gougerot et Caraven ont individualisé l’hémisporose due à l'hémispora stellata.

En 1917-1910, on a décrit une série d'organismes nouveaux : endomyces pulmonales, endomyces cruzi, saccharomyces labiales, saccaromyces ferrani, etc. provenani d’expectoration de tumeurs d’abcès.

Après cet exposé sommaire, nous ne pouvo:: mieux faire que de citer la communication de Dieulafoy, Chantemesse et

Widal au Congrès de Berlin, en 1890, communication, qui à

mis en lumière [existence des pneumomycoses, affections

primitives.

Communication de Dieulajoy, Chantemesse, Widal, au Con-

grès de Berlin, 1890

Nous avons suivi l'évolution d’une pseudo-tuberculose d'origine mycosique sévissant sur les jeunes pigeons venus du Mâconnais ou d'Italie et vendus sur les marchés de Paris. Parmi ces animaux, il en est qui sont atteints d’une maladie de la bouche désignée vulgairement du nom de chancre. Les auteurs s'accordent à considérer cette lésion comme le produit de la diphtérie des pigeons, mais nous avons reconnu qu'à côté de ces tumeurs buccales, d’origine diphtérique, il existait d'autres tumeurs dûes à la végétation d’un champignon. Les animaux atteints de cette mycose présentent d lésions parfois localisées à la cavité buccale, mais qui, le plus souvent, se généralisent au poumon, au foie et plus rarement à l'œsophage, à l'intestin, aux reins. La lésion localisée au plancher buccal prend la forme d’un nodule blanchâtre, d’apparence caséeuse, du volume d’un pois à celui d’une petite noisette. Dans le poumon, elle affecte la forme de granulations tuberculeuses typiques, représentées par des tubercules miliaires tantôt transparents, tantôt opaques, isolés, déterminés ou agglomérés en masses caséeuses à la façon des tubercules de Laënnec. Ces tumeurs ne renferment pas de

bacilles de la tuberculose, mais contiennent à leur centre, ur

mÿcélium de champignon. Les cultures faites dans le laboratoire de M. ie Professeur Cornil, avec l’aide de M. Fayod, nous ont montré que ce champignon présentait tous les caractères de l’aspergillus fumigatus. Les spores ne germent pas au-dessous de 15°, et son mycélium prospère surtout à une température voisine de celle du corps humain. La culture du début revêt une couleur verdâtre, qui bientôt vire à la teinte terreuse ou grisâtre.

En inoculant des spores de l’aspergillus fumigatus ainsi cultivé à des pigeons, nous avons obtenu expérimentalement, suivant la voie d’inoculation et suivant la dose inoculée, une évolution plus ou moins rapide des différentes lésions tuberculeuses, qui se développent spontanément chez ces animaux. L'’inoculation pratiquée dans la veine axillaire du pigeon amène la mort en trois ou quatre jours. Les lésions tuberculeuses portent alors principalement sur le foie qui est farci de eranulations nucléaires, moins grosses qu'une tête d’épingle ; le poumon ne contient que quelques granulations très petites et discrètes. Injectées dans la trachée, les spores tuent les animaux en un temps plus long, variant de dix à vingt jours suivant la dose. Les lésions sont alors prédominantes dans le poumon où les tubercules agglomérées peuvent simuler des blocs d'infiltration pneumonique ou former des masses caséeuses.

Les lésions histologiques qui sont de tous points compa-

rables à celles de la tuberculose bacillaire sont particulière-

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ment intéressantes à étudier dans les différentes formes de cette mycose. Sur une coupe de poumon, colorée par la méthode de Weigert, on voit une grande quantité de nodules tuberculeux, entourés à leur périphérie de cellules géantes. On peut suivre facilement l'évolution de ces nodules. Les plus jeunes sont formées par une agglomération de cellules leucocytiques ou épithélioides autour d'un ou de plusieurs rameaux mycéliques. Les granulations plus anciennes présentent à leur centre un feutrage de mycélium, dont les rameaux entrelacés se colorent mieux à la périphérie, au voisinage immédiat des cellules géantes. Dans certains cas, le tubercule est uniquement représenté par une très grande cellule à noyaux multiples, dont le protoplasme contient une ramification de mycélium, soit vivante et bien colorée, soit altérée dans sa structure, monoliforme, décolorée et comme en partie digérée par la phagocytose pour dire le mot.

Les rameaux mycéliques apparaissent parfois disséminés et espacés au milieu d’une grande masse de cellules dites embryonnaires.

Quelques-uns des ces tubercules ont atteint l’évolution fibreuses, le centre n’est plus représenté que par un protoplasme fibrillaire contenant de petits blocs bleuâtres, vestiges du champignon, ou même ne renfermant plus rien, comme Si le tubercule avait détruit le parasite, preuve d’une guérison locale. Autour de ces tubercules, l'infiltration leucocy-

tique s'étend parfois jusque dans les alvéoles adjacentes,

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constituant ainsi des blocs de pneumonie sillonnés de vaisseaux à volume variable.

Certains de ces vaisseaux sont remplis d’un coagulum de globules blancs, les autres sont dilatés et gorgés de globules rouges. Cette congestion sanguine, péri-tuberculeuse est toujours très développée.

L’aspergillus peut végéter dans les canaux bronchiques et pousser ses prolongements jusqu'à la surface de la plèvre qu'il recouvre alors d’une couche de moisissure.

Nous avons pu saisir dans un cas un des modes étiologiques de la maladie. Chez un de nos pigeons morts de tuberculose mycélique spontanée, nous avons trouvé dans une bronche une graine alimentaire formant le centre de l'infiltration tuberculeuse du poumon. Ce corps étranger avait évidemment servi de véhicule aux spores de l’aspergillus.

Il y a longtemps déjà que des moisissures ont été retrouvées dans les sacs aériens de certains animaux et surtout les oiseaux. Les premières observations, celles de O.-C. Mayer, notamment, remontent au commencemnt de ce siècle. En ces dernières années, Grawitz s’est attaché à démontrer les qualités infectieuses de certains aspergillus en injectant leurs spores dans le système circulatoire du lapin et Lichteim a prouvé que le rôle prépondérant revenait à l’aspergillus fumigatus.

La propriété de déterminer des lésions sitnulant macros-

copiquement le tubercule avait été signalé par M. Bouchard,

To

en 1864; et M. Laulainé, en 1884, étudiant la pneumonie déterminée expérimentalement chez le lapin, par injection dans le sang des spores de l’aspergillus glaucus, décrivait des follicules développées dans l’intérieur des capillaires.

Aujourd'hui que la question des pseudo-tuberculoses est à l’ordre du jour, il nous a parü intéressant de démontrer qu'il existait une tuberculose mycosique aspergillaire, dont les diverses lésions histologiques sont calquées sur celles de la tuberculose commune. Cette maladie doit prendre rang à côté des pseudo-tuberculoses microbiennes, signalées en ces derniers temps.

Cet aspergillus fumigatus possède des propriétés pathogènes envers un grand nombre d'espèces animales. Chez le canard, au cours d’une épizootie ayant sévi au Jardin d’acclimatation de Paris, M. Cornil a reconnu l'existence d’une tuberculose dûe à la végétation de ce champignon. Chez un singe auquel nous avions injecté quelques spores dans la trachée, nous avons retrouvé dans les bronches une végétation mycélique.

L’aspergillus fumigatus étend jusqu'à l'espèce humaine ses propriétés pathogènes et le contact avec des animaux conaminés est susceptible de déterminer chez l’homme des pneumopathies particulières.

Il existe à Paris une classe d'individus exerçant la profession de gaveur de pigeons. Chez eux, il est de notion

vulgaire que le gavage occasionne à la longue une maladie

chronique du poumon. Nous avons pour notre compte observé trois gaveurs atteints d'une pneumopathie dont l’évolution est celle de la tuberculose pulmonaire chronique. Elle est caractérisée par de l’essoufflement, de la toux, de l’expectoration purulente, de petites hémophysies à répétition et parfois des manifestations pleurales. L'examen de la poitrine décèle des signes de bronchite et d'induration pulmonaire, en général, localisée se révélant par la faiblesse de la respiration et un peu de submatité. La température est relativement peu élevée, et cependant les malades pâlissent, maigrissent et passent par des périodes d’aggravation et d'amélioration. Chez l’un d'eux, nous suivons ces alternatives depuis plus de deux ans. Dans aucun cas, nous n'avons constaté la présence de baciiles de Koch dans les crachats. La similitude des symptômes présentés par ces trois hommes exerçant le même métier a fait rechercher si leur maladie ne relevait pas d’une même cause inhérente à leur profession.

Partant des faits cliniques, nous avons été amenés à étudier la pseudo-tuberculose des pigeons, dont nous avons retracé l’histoire. Les gaveurs attribuent leur maladie pulmonaire à leurs efforts d'expiration constants. Pour pratiquer le gavage, ils emplissent leur bouche d’un mélange d'eau et de graines, puis ouvrant le bec de l'animal, ils y appliquent leurs lèvres pour chasser par expiration une partie du mélange. Chaque homme dans certains établissements peut gaver ainsi

quelques milliers de pigeons par jour,

Ce n'est pas à cette origine mécanique qu'il faut suivant nous, attribuer leurs pneumopathies, mais vraisemblablement à l’aspergillus puisé soit à la surface des graines dont ils s'emplissent la bouche, soit au contact direct de la tumeur buccale des pigeons.

La preuve absolue du diagnostic en pareille matière ne peut être fournie que par une autopsie, maïs l'examen microscopique et l’inoculation des crachats de nos malades nous ont fourni des résultats remarquables.

À plusieurs reprises, mais non régulièrement, nous avons remarqué dans l’expectoration sanguinolente, la présence de petits filaments portant une ou deux ramifications que l’on pouvait considérer comme des fragments de mycélium. L’inoculation d’un crachat de malade en voie de guérison et qui rendait une expectoration muco-purulente teintée de sang, à un pigeon a produit une fois une tuberculose mycosique due à l’aspergillus; l’ensemencement des crachats sur des tubes de gélose mis à l’étuve, a fourni la culture d’une colonie du même aspergillus.

Ces faits sont à rapprocher de ceux où l'on a constaté chez l’homme la présence de l’aspergillus fumigatus.

Les maladies de l'oreille, causées par le développement de ce champignon, et signalées pour la première fois par Mever, en 1844, ont été depuis fréquemment observées, comme en témoigne le mémoire récent de Licbermann. L’as-

pergillus a été rencontré aussi dans les fosses nasales et sur

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la conjonctive. Mais les cas où l’on a pu le constater dans le poumon de l’homme intéressent plus particulièrement notre sujet. Pour ne citer que les faits les plus importants, nous Signalerons les quatre cas observés par Virchow, en 1856, ceux de Friedreich, de Würtzburg, de Dusch et Pagentacher, le cas de Fürbringer, dont le diagnostic, en raison de l'examen des crachats fut porté pendant la vie du malade et vérifié à l’autopsie, et enfin celui plus récent de Lichteim où l’aspergillus fumigatus fut nettement caractérisé.

Puisque des pneumopathies aspersilleuses ont été signalées chez l’homme, nous sommes en droit de soupçonner la même affection chez nos malades, en raison des qualités de leur expectoration et de leur contact prolongé avec des animaux ou avec des graines alimentaires contaminées par le même aspergillus.

Notre but en présentant cette note, n'a donc pas été d'étudier seulement une pseudo-tuberculose mycosique 1ntéressante au point de vue de l'anatomie pathologique, nous avons voulu aussi appeler l'attention des médecins et des hygiénistes sur une variété rare de pneumopathie causée par la présence d’un champignon.

DIEULAFOY, CHANTEMESSE, WIDAL.

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