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Mais, contrairement à ce qu'affirment ces auteurs à a fin de leur communication, et qui est encore l'opinion courante aujourd'hui, la mycose, surtout celle de siège pulmonaire, n’est pas une affection rare.
La mycose pulmonaire présente dans ses signes autant physiques que fonctionnels une analogie troublante avec la tubercuiose pulmonaire. Rien d'étonnant à ce qu'on range assez souvent les mycoses parmi les tuberculoses et comme nous allons le voir par les observations qui vont suivre, c’est une erreur que beaucoup de médecins font ou sont tentés de faire. Cela tient autant à la similitude des symptômes des deux affections qu’à la réputation de rareté des mycoses.
Et pourtant, le diagnostic exact a d’autant plus d’importance à être porté que la vie du malade présente et future peut en être tout à fait transformée. Car, la mycose est loin de présenter le même pronostic que la tuberculose. Le traitement a beaucoup plus de prise sur elle, et nous allons voir plus loin comment des malades qui avaient été traités sans succès pendant des années comme tuberculeux, ont guéri très rapidement dès que le diagnostic exact de mvycose a été porté
et qu'un traitement approprié a été institué.
Voici, pour compléter ce travail, plusieurs observations prises par le D' Creuzé sur des malades atteints de mycose,
et qu’il a bien voulu me communiquer :
T5 — OBSERVATION Î
Mme de N..…, 23 ans, a été soignée entre quatorze et vingt ans pour de la tuberculose pulmonaire. Elle a fait des séjours pendant trois années consécutives à Levysin.
En dehors de ces cures, la malade vit une partie de l’année à Saint-Jean-de-Luz. Malgré les soins éclairés du médecin traitant et des médecins appelés en consultation, il persiste toujours une fébricule (38°) et des signes stéthoscopiques nets.
Les examens bactériologiques pratiqués régulièrement chaque semaine n’ont jamais montré la présence du bacille de Koch.
Sur ces entrefaites, la malade présente des symptômes d’appendicité. Celle-ci est opérée malgré l'opposition d’un des médecins qui soutient qu’il s’agit d’une double localisation mycosique; ayant trouvé à chaque examen microscopique, pratiqué par lui, des filaments mycéliens avec la disposition caractéristique de l’aspergillus.
L'appendice ne présente rien de caractéristique, paraîtil, et le susnommé n’est pas mis à même de l’examiner. Sur ses affirmations, la famille de la malade consent à laisser pratiquer l’ensemencement à la date du 1° juillet 1920. Après lavage de la bouche, on recueille dans un récipient stérile les expectorations du matin. On en prélève une partie qu'on
ensemence sur Raulin, l’autre partie est injectée à un cobaye,
qui a vécu trois ans et à l’autopsie duquel on n’a constaté aucune trace de lésion tuberculeuse.
L'expectoration ensemencée a donné une culture d’aspergillus niger. Les ensemencements répétés, contrôlés chaque fois par le Professeur Matruchot, ont toujours donné ce même asperpgillus.
Le médecin traitant s'étant rangé à cette étiologie, on traita la malade par le lipiodol sans grand succès. Des pilules toluisées préparées avec l’agent pathogène lui-même amènent une amélioration réelle, mais assez lente (trois mois).
On isole alors des selles de la malade un microbe attaquant la cellulose, qui sert à la préparation d’un auto-vaccin. Disparition complète de tous les symptômes en deux mois, à ce point qu'un des maîtres de la Physiologie, ayant examiné la patiente en 1923 a pu dire que s’il n’y avait pas eu les symptômes constatés par une quinzaine de médecins compétents, il aurait pu dire qu’il s'agissait non pas d'un poumon
guéri, mais d'un poumon absolument sain.
OBSERVATION II
Mme de B..., 28 ans, vient consulter en décembre 1920. Malade depuis cinq mois (juillet 1020), elle n’a eu jusqu'ici aucun symptôme net. Les examens de laboratoire n’ont jusqu'ici donné aucun renseignement. Eile présente une fièvre continue de 38°. Une radiographie alors faite montre les
deux poumons presque complètement opaques. Aucun signe
Nokr—
stéthoscopique net. Le diagnostic de tuberculose est alors porté.
Le jour même, une préparation faite avec des expectorations rendues une heure avant par la malade montre l'absence de bacilles de Koch, mais en revanche, la présence de nombreux débris mycéliens, en partie colorés en rouge brique.
À ce moment, une expectoration ensemencée par nous, quinze jours avant sur Raulin et laissée à la température de la chambre, montre une culture parfaitement développée de penicillum. Les médecins traitants et consultants se rangent à cette opinion qu'il s’agit d’une mycose. Ces mêmes éléments mycéliens sont retrouvés dans les urines.
Malgré l’avis contraire du médecin traitant (D' Menetrel), le dépôt urinaire est considéré comme constitué par du pus et une opération est décidée. L’ablation du rein montre un rein de dimensions normales avec absence de pus. Il présente dans sa partie moyenne une masse rouge-brique prise pour un infarctus. Une partie de celle-ci ensemencée avec toutes les précautions voulues donne dix jours après une même culture de penicillum.
La malade succombe trente-six heures après l’opération. Cette localisation double au poumon et au rein se ren-
contre assez fréquemment.
RES 26 En" OBSERVATION III
Mme C..…., 53 ans, nous est amenée en novembre 1923, pour les symptômes suivants : elle est soignée depuis vingt ans pour des coliques néphrétiques à époques assez rapprochées; elle présente des accès douloureux et fébriles correspondant, croit-on, à l’expulsion de calculs. Il est à noter que jamais, sauf une fois, il n’a été possible d’en trouver. Encore, cette unique fois, le calcul ramené était mou et rongé; nous verrons plus loin de quoi il s'agissait.
Le rein est si sensible qu’un examen fait avec tous ies ménagements provoque des accès qui se terminent par ure débâcle s’accompagnant d’un dépôt épais, lourd, blanchâtre, pouvant par son volume remplir la moitié du récipient.
L'examen montre cependant, ‘r rein de dimensions normales, mais sensible à l’excès. Les crises s’accompagnent de poussées fébriles.
La malade avait eu vers 1021-1922 des crises vioientes, répétées et presque continues. Un examen pratiqué alors par le Docteur Bucquet ne donna aucun renseignement précis. La radiographie ne montre ni calcul, ni aucune lésion. La température ne dépasse pas 38°. Avec un véritable courage, soutenu par son bon sens clinique, le chirurgien refuse, mal-
gré l'entourage de faire une intervention clinique.
En mars 1922, le cathétérisme, alors pratiqué ne mon-
tre rien de particulier, ainsi que l’analyse chimique, sauf la présence de masses mycéliennes.
Après l'examen, le Docteur Chenais fait alors pratiquer l'ensemencement des urines prélevées aseptiquement. Celuici donne une mycose qui serait l'agent de la peste noire ?
On conseille comme traitement le salicylate de soude que la malade ne peut supporter et qu’elle refuse de continuer.
Cures, en 1922 et 1923 à Vittel mais la seconde est faite incomplètement par suite de son état général.
À partir de ce moment, la malade s’affaiblit et s’amaigrit sensiblement. Elle se plaint de douleurs aiguëes dans la région rénale; la station debout de même que la marche sont impossibles.
En novembre 1923, nous voyons la malade. Elle est amaigrie et marche avec peine; le rein est alors de dimensions presques normales, mais sensible à l’excès. De plus, une excroissance assez dure, située au niveau des grandes lèvres et sectionnée par le chirurgien, en mars 1922, a récidivé quelques jours après. Cette végétation s’est multipliée et envahit maintenant toute la région comprise entre la fourchette et le pourtour de l’anus; elle cause du prurit.
L'absence de calcul constaté tant sur les urines qu’à la radiographie, l’inutilité des séjours à Vittel et des régimes sévères, l’anesthésie, l’amaigrissement de la malade, l’absence
de signes cliniques nets, nous font penser à une mycose, que
nous avions soupçonnée en entendant raconter par un tiers l’histoire de la malade.
Cette impression d'une mycose rénale se change en certitude après l'examen microscopique et bactériologique des urines. La quantité par vingt-quatre heures est normale 1.200 CC., couleur jaune sale; il y a un dépôt épais, glaireux, blanchâtre et lourd, remplissant la moitié d’une bouteille d’un litre. Ni sucre, ni albumine. Les éléments sont normaux, sauf les urates. La plus grosse partie du dépôt est constituée par des masses mycéliennes dont les filaments présentent trois ordres de coloration : noir-rouge, vert et bleu-vert; le tout entremêlé de cristaux d’urate de soude.
Chose curieuse : après centrifugation, il existe au centre une partie rouge-sang constituée uniquement par la partie la plus lourde du dépôt, c’est-à-dire par des cristaux d’urates qui sont colorés. |
L'examen microscopique montre qu’une partie du pigment rouge des filaments s’est fixé sur les cristaux tandis qu’à côté, le même pigment existe encore sur les filaments qui sont entremêlés avec les dits cristaux.
Au point de vue bactériologique, on trouve des staphylocoques, des micrococcus à grain positif, et des levures en quantité normale.
Les débris ensemencés sur Raulin, carotte et jus de pruneaux ont poussé sur les deux derniers milieux et ont donné
un gazon vert clair peu accentué devenant plus foncé par le
vieillissement puis complètement noir après trois semaines.
La réaction de Wassermann est négative. La réaction de
fixation est au contraire positive sur le champignon obtenu.
Le traitement employé a été le suivant : vaccin antimycosique préparé d’une part avec le champignon ensemencé et attaqué par un champignon parasite. Contre les bactéries, préparation d'un auto-vaccin bactériolÿysé par agents ‘antagonistes. L'un et l’autre sont préparés sous forme de pilules toluisées à prendre à raison de quatre par jour. On alterne le premier vaccin avec des injections d’iode.
L'action du traitement est indéniable. I] est suivi depuis novembre 1923 jusqu'à ces derniers temps, à raison de trois semaines d’iode — un mois de repos —quatre semaines de vaccin — repos de deux à trois mois.
Ce traitement provoque chaque fois une sorte de débâcle urinaire : urines louches, dépôt très abondant, puis celles-ci deviennent claires. Malgré des occupations pénibles et une vie très active, des imprudences, le malade se maintient et peut se livrer à des marches modérées et faire de l’automo- bile ans qu’il en résulte rien de fâcheux. A la date de juillet 1927, le malade se porte parfaitement et peut mener une vie
très active.
OBSERVATION IV
Enfant B..., 3 ans 1, malade depuis 6 mois, vient con-
sulter en mars 1924. Il présente une température moyenne
de 38°2, elle ne descend jamais au-dessous; par contre, il y a parfois des poussées allant jusqu’à 41°5. Malgré le concours dévoué de spécialistes réputés, le diagnostic reste incertain. On fait alors radiographier l'enfant (mars 1924). Voici le compte rendu radioscopique d’après le D Thoyer-Rozat, chef-adjoint du laboratoire de radiologie de la Pitié :
I. — L'examen radioscopique complété par une radiographie montre qu'il existe dans l'hémi-thorax gauche une zone d’obscurité siégeant dans le voisinage de la masse du cœur, qu'elle masque d’ailleurs en partie et occupe à ce niveau toute la largeur de l’hémi-thorax.
La base du poumon, toutefois, est respectée et le sinus costo-diaphragmatique de ce côté reste clair.
Sur le cliché, cette obscurité paraît uniforme et sa densité est à peu près analogue à celle du cœur ; il ne paraît donc pas s'agir là d’une image liquidienne mais plutôt d’une densification du parenchyme. Les contours de cette région sont assez imprécis; elle paraît cependant plutôt arrondie; l’examen, sous différentes incidences permet de la localiser dans. le plan antéro-latéral de l'hémi-thorax.
II. — À droite, la transparence des champs pulmonaires semble normale à l'écran; la radiographie, cependant, montre dans la région du hile de nombreux ganglions paraissant en voie de calcification. Il existe également de ce côté un réseau d’arborisation plus serré et plus marqué que normalement
En résimé, l'enfant présente à gauche une ombre opaque
siégeant à la base et s'étendant sur un bon tiers du poumon. Cependant, l’enfant, en six mois, n’a perdu que 750 grammes. Pas de signes stéthoscopiques,. à part une légère matité à la percussion de la région atteinte. L'enfant reste joueur entre ses poussées fébriles. L'hémoculture, comme il fallait s’y attendre, n’a donné aucun résultat. Il y a désaccord entre lediagnostic porté de tuberculose et l'absence de la plupari
des signes cliniques.
Se basant sur la fréquence des localisations multiples au cours des mycoses, on fait un examen des urines qui donne la clef du mystère : il existe un dépôt remplissant la moitié de la bouteille contenant l'urine. Ce dépôt est constitué, pour la plus grande part, comme la chose est fréquente au cours des mycoses rénales, par des cristaux de phosphates ammoniacaux-magnésiens et surtout par des fibres mycéliennes à coloration orangée. Cepigment orange se détache des filaments par centrifugation pour venir colorer les cristaux et donner macroscopiquement par dépôt -des cristaux au centre du culot de centrifugation l’apparence d'une masse constituée par du sang.
A l'examen microscopique, aucun élément globulaire sanguin. Réaction négative au gaiac et à la benzidine.
L'enfant est traité alors par l’iode : X gouttes matin et soir. Au bout de trois jours, la température est tombée à 37°6
au maximum.
Après 17 jours de traitement, la radioscopie donne les résulats suivants : (mai 1924)
L'examen radioscopique, complété par une radiographie, montre qu'il existe toujours à la base gauche, une zone d’obscurité mais que par Comparaison avec l'examen antérieur, elle présente une notable diminution de son étendue. Sa densité reste sensiblement la même et son opacité toujours uniforme.
Le reste du poumon ne présente pas d’autre particularité.
Le traitement est continué par l'iode pendant quinze jours par mois et des pilules de vaccin antimycosique. Trois mois après, la température de 37°5 se maintient, l’enfant pèse dix-huit livres. Et un troisième examen radioscopique fait en octobre 1924 donne les résultats suivants :
Par comparaison avec les deux précédents examens, on trouve cette fois encore une diminution notable de la zône d’obscurité précédemment signalée.
Le bord gauche du cœur est presque entièrement dégagé maintenant et l’on ne trouve plus dans le voisinage de la pointe qu’une petite zône nuageuse et de densité très atténuée.
À la date de juillet 1927, l’enfant âgé de sept ans, se porte parfaitement bien. Il a pu supporter la rougeole, les oreillons, la grippe, sans que son état général s’en ressente.
Voici maintenant trois observations du D’ Savoire qui