II. — Causes occasionnelles
10 La cause primordiale est sans conteste le traumatisme exercé par la bouche de l'enfant au moment de la succion. Les enfants plus ou moins affamés üraillent, mâchonnent le bout. Ils saisissent le mamelon dans une gouttière formée par la langue et le palais, de telle sorte que quand ils tirent tous leurs efforts aboutissent à l'extrémité non soutenue du mamelon vers lequel les liquides affluent : l’épiderme est soulevé, comme sous l’action d’une ventouse, par un véritable épanchement sanguin formant des phlyctènes que les tétées suivantes crèveront (Deluze).
La cicatrisation sera toujours retardée par le traumatisme buccal.
Gette action prépondérante est d’ailleurs souvent favorisée par la négligence de la mère.
2° Ainsi, la plupart des mamans — sauf de rares
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exceptions — pour éviter les cris del’enfant pendant la nuit et même pendant le jour, sous prétexte de tranquillité, prennent la détestable habitude de laisser l'enfant au sein tant qu'il veut, de l'y laisser même s’y endormir. Le sein est donné trop souvent, l'allaitement est mal réglé.
Outre les inconvénients graves qui peuvent résulter pour l'enfant de pareils procédés, l’épiderme se trouve dans un état constant de macération sous l'influence de la salive du nourrisson et du lait qui s'écoule des canaux galactophores. Le produit de sécrélion sébacé protecteur est enlevé, l’épiderme se ramollit et ne tarde pas à s’exfolier. Le derme est mis à nu, s’excorie et ainsi est produite une petite plaie qui au lieu de marcher vers la guérison tendra à s'étendre sous la double influence de l'infection et de la succion exercée par l'enfant.
Pour Bouchut, « la grande quantité de lait qui mouille sans cesse le linge force à mettre le bout du sein dans des bouteilles plates spéciales où il peut en quelque sorte macérer. J'ai vu tout récemment, ajoute Bouchut, une nourrice, qui avait durant un voyage de vingt-quatre heures gardé deux de ces bouteilles aplaties, spéciales, plus ou moins longtemps sur le sein et qui avait l’aréole mammaireet le mamelon rouges, tuméfiés et couverts de petites érosions superficielles ».
Ces faits, sans doute assez rares, ne sauraient
nous retenir.
3° Dans le même ordre d'idées, nous attachons,
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quant à nous, une grande importance au manque de soins de propreté. Par inexpérience, maladresse, ou négligence, les nourrices n’ont pas l'habitude de prendre les précautions les plus élémentaires. Elles donnent le sein, puis couchent l’enfant, referment leur corsage, et c’est tout : il reste dans les’ replis du mamelon un mélange de salive et de lait qui fermente et irrite les téguments ; il s’y forme des croûtes que le traumatisme buccal soulève, laissant à nu une surface ulcérée.
4° Nous arrivons maintenant aux causes qui relèvent d’un état buccal de l’enfant et qui ont été surtout incriminées par Rossi, Churchill, et Jacquemier.
& Il arrive aussi quelquefois, dit Mauriceau, que d’autres enfants ont la bouche tellement échauffée que les bouts des mamelles viennent à s’en ulcérer, comme quand ils l’ont pleine de ces petits ulcères qu’on nomme aphtes, ou même et d'autant plus facilement s'ils ont la maladie vénérienne, laquelle ils peuvent aussi communiquer à leur nourrice, et pour lors, les ulcères qui en sont causés, ne cèdent pas facilement aux remèdes ordinaires. »
Pour Rossi, ces petits ulcères ou aphtes dont parle Mauriceau, sont la cause première des lésions mamelonnaires. Ayant observé des aphtes chez l'enfant d’une femme, il conclut que l’affection de la bouche est toujours le point de départ et l’origine de la maladie du mamelon chez la mère. Dix-sept observations sont consignées dans ses notes à l’appui de son affirmation. Dans un cas où le mamelon était
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rétracté, où par conséquent la succion était difficile, Rossi n’a rien observé, parce que la bouche de l’enfant était saine. Donnant les enfants atteints d’ulcération à des fémmes sans crevasses, les crevasses ont apparu aussitôt. Et comme dans un cas, il y a eu des crevasses sans lésions buccales, il en conclut que l’ulcération de l’enfant devait être cicatrisée.
Il nous paraît bien difficile d'admettre que les crevasses aient cette seule origine. Rossi exagère manifestement. D'abord il base ses affirmations sur dixsept observations seulement ; et quand une fois il se trouve en défaut, il admet simplement que l’ulcération devait avoir existé : cette argumentation nous paraît bien peu scientifique. Nous avons observé, salle Lachapelle, 341 femmes, dont 124 ont eu des crevasses et nous ne nous souvenons pas avoir observé un seul cas de stomatite aphteuse chez les nouveau-nés.
Pour le muguet, Gubler admet aussi la contagion directe de la bouche de l’enfant au sein de la mère. « À l’hôpital des Enfants-Malades où le muguet est endémique, Parrot n’a constaté aucun cas bien net de contagion ; et Serin, sur plus de 1.500 enfants atteints de muguet, n’en a pas vu un seul communiquer la maladie à sa nourrice » (Varnier).
Une chose nous paraît certaine, c’est que l’acidité de la salive, tenant à la fermentation du lait retenu dans la bouche des enfants mal soignés, joue un rôle important dans l’irritation du mamelon.
Nous reviendrons plus longuement sur ce fait
quand nous traiterons de la prophylaxie et du trai-
tement.
Pour nous résumer, quatre causes, selon nous, sont prépondérantes, à savoir :
1° La mauvaise conformation du mamelon ;
2° Le traumatisme exercé par la bouche de l’enfant au moment de la succion ;
3 La négligence ou l’inexpérience de la mère qui laisse l’enfant paresser au sein.
4° Le manque des soins de propreté du mamelon.
5° Le défaut de soins hygiéniques de la bouche du
nourrisson. .