I. — Causes prédisposantes
1° Au premier rang de ces causes, tous les auteurs placent la primiparité :
59,9 0/0 de primipares atteintes 51,1 o/o de multipares d'après Courgey.
La peau, dit-il, chez la multipare est plus dense, plus épaisse et plus forte ; il reconnait qu'il y a des exceptions et il cite, suivant Deluze, le cas d’une
pa
femme qui, ayant nourri huit enfants, avait des érosions au huitième.
« IL va de soi, dit Varnier, d’une façon générale toujours, car il n’y a rien d’absolu, que la femme qui à déjà allaité doit avoir les bouts de seins mieux formés, grâce à l’action des succions antérieures ; ils se sont cuirassés contre le contact des lèvres, leur sensibilité s’est émoussée, la peau a subi une sorte de tannage qui la dispose moins aux éraillurés. » Il cite les chiffres de Rossi, de Courgey, et plus loin il ajoute : « Mais encore une fois, il n’y a rien d’absolu et il ne faudrait pas croire qu’il suflise d’un certain nombre d’allaitements pour assurer à la nourrice une immunité absolue. »... &Il y a à tenir compte de la prédisposition individuelle ».
Nos chiffres, que nous rappelons :
Sur 124 cas de crevasses, nous en avons trouvé :
51 chez les primipares : soit 38, 93 o/o 73 chez les multipares : soit 34, 96 o/o
sont sensiblement différents de ceux des auteurs précédents. Mais nous nous garderons de nier l’influence de la primiparité comme cause prédisposante. Cependant nous croyons pouvoir affirmer qu’elle ne joue pas un rôle aussi important qu’on le dit, que beaucoup de femmes y sont fatalement vouées : car nous avons trop souvent entendu les femmes nourrissant pour les cinquième, sixième et même neuvième fois, nous dire qu’elles avaient été
atteintes à chaque allaitement. Nous renvoyons |
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d’ailleurs pour corroborer notre affirmation à la statistique que nous‘avons faite dans ce but.
2° & [y a à tenir compte de la prédisposition individuelle », dit Varnier. Est-ce à dire que les femmes lymphatiques, à peau fine, lisse et délicate y soient plus sujettes ? Les rousses seraïent atteintes dans une proportion de 60 o/o, d’après Courgey ; de 45 o/o d’après Mr Dluska : remarquons qu’il y a déjà une grande différence entre ces deux chiffres. En tout cas, c’est un point assez complexe. Disons d’ailleurs que les auteurs précédents ne tirent pas des conclusions formelles des chiffres qu'ils apporlent.
3° Que la primiparité ait une influence importante, et qu'on puisse admettre à la rigueur le lymphatisme, nous l’accordons ; mais la cause primordiale des crevasses est un état défectueux du mamelon :
Sur 25 femmes atteintes de lésion du mamelon, Piorry, cité par Varnier, a trouvé 18 mamelons ombiliqués ou sessiles ;
Courgey sur 526 nourrices a trouvé 70 mamelons
mal conformés ; | . Mme Dluska, sur 317 mamelons bien conformés, 117 où 36,5 o/o ont présenté des crevasses, alors que sur 116 mamelons mal conformés, 64 ou 55,1 0/0 ont présenté des crevasses ;
Platzer, dans un travail récent, donne 47 0/0 de lésions dans les cas de mamelons cylindriques et 57 0/0 dans les cas de mamelons conoïdes.
Le mamelon présente en effet trois types différents :
a) Sa base esttournée du côté de la mamelle et son sommet saillant, bien dégagé du côté de la bouche de l’enfant. On comprend que ce soit le type le plus avantageux ; facilement préhensible, l'enfant ne fait aucun effort, ne le tiraille pas, ne le mâchonne pas, parce que le lait vient facilement.
b) Le deuxième type présente juste la conformation inverse : le sommet est du côté de la mamelle, étranglé ; la base large, en massue, du côté de la bouche de l'enfant ; cette base est parcourue par les sillons longitudinaux, circulaires ettransversaux qui lui donnent comme un aspect turgescent et framboisé. La stagnation des liquides y sera facile ; et, par contre, le nettoyage plus délicat. On comprend que des érosions y surviennent facilement. Elles y sont cependant moins fréquentes que dans le troisième type.
c) Ici le mamelon est petit, sessile, ombiliqué ; il disparaît pour ainsi dire au centre de l’aréole ; les fibres élastiques qui le composent et prennent leur insertion à son centre, sont trop courtes, l’attirent en arrière et forment des dépressions qui facilitent plus encore que dans le cas précédent la stagnation des liquides, partant la pullulation des microbes qui vivent toujours à l’état de saprophytes dans ces replis. L’épiderme y est d’une ténuité extrême. D’autre part, l'enfant fait effort pour saisir un mamelon qui se dérobe, il s’irrite, détermine la chute de cet épithélium et l’ulcération apparaît.
À côté de cette endothélie congénitale, il existe
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une endothélie accidentelle, résultant soit de ce qu'on a mis trop tard l’enfant au sein(J. Duval), soit de la compression exercée par le corset. Nous aimons croire que ces cas ne sont pas très fréquents ; mais il ne nous paraît pas superflu de dénoncer,1p rèS tant d’autres, les méfaits du corset, dans les conditions surtout où les femmes d'aujourd'hui aiment le porter : car l'hygiène et la mode sont deux choses incompatibles.
Au reste, l’allaitement dans ce dernier type est impossible le plus souvent. Nous avons vu une femme présentant ce type de mamelon, qui avait des crevasses le lendemain de l’accouchement, sans que l’enfant ait été mis au sein (salle Lachapelle, n° de l’observation 766-[° pare).
4 Pour Donné, la cause la plus fréquente serait la mauvaise qualité en lait.
Il nous paraît difficile d'admettre une pareille interprétation. D'abord qu'est-ce que Donné entend par mauvaise qualité du lait ? Le mauvais lait est rare, chez une femme qui a la ferme volonté de donner le sein à son enfant. Et puis, ce mauvais état du lait se jugerait plutôt par le poids de l’enfant que par des lésions du sein. Presque tous les enfants des femmes atteintes de crevasses augmentent de poids régulièrement, à moins que n’interviennent des causes étrangères. Donc, si le lait était mauvais, certes il pourrait y avoir des crevasses, mais la balance nous renseignerait bien vite.
5° Enfin, le diabète, l’albumine et tous les états
Rouzaud 3
OP ed cachectiques en général prédisposent aux crevasses, comme d'ailleurs à toutes les lésions cutanées.
Nous placerons donc au premier rang des causes prédisposantes, la mauvaise conformation du mamelon : nous reconnaissons à la primiparité un rôle certain, mais secondaire. Quant au lymphatisme et à la mauvaise qualité du lait, ils nous paraissent jouer un rôle bien problématique, sans que pour cela nous voulions les rayer de la nomenclature.