‹ Frère André ThevetChapitre 19 sur 21 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Si l'on veut résumer l'œuvre de Thevet et le message qu'elle nous apporte, il apparaît que notre cordelier laisse derrière lui d importantes réalisations, pleines d'avenir. Ce n'est pas un savant spécialisé, ni un esprit très original, mais c'est un vulgarisateur oui a eu vent de quantité de choses, de problèmes de tout ordre, et qui a su en parler. Il n'a pas été le seul à voyager, à parcourir la Méditerranée, à visiter l'Amérique, mais il est un de ceux qui ont le mieux parlé des régions lointaines et mal connues de son temps. Il a réuni des portraits après Paul Jove et en même temps qu'Ortelius, mais il a su les utiliser mieux encore qu'eux. Il a fumé le cigare du Brésil après une génération au moins de marins normands, mais il a tenté avec ardeur d'en répandre l'usage. Il a trouvé dans les collections royales de .nombreuses curiosités, mais il a été le premier à les bien disposer, à en constituer un important cabinet. C'est vraiment un excellent metteur en œuvre.

Il est aussi sur certains points un esprit original et ouvert ; il prend parti dans la querelle des anciens et des modernes, et, à l'inverse de Biaise de Vigenère ou de Philibert Delorme, il est contre les antiques, les Romains, et pour les modernes, les Français. Il sait apprécier les œuvres de Michel-Ange ; il a chez lui de ses sculptures, et il professe « qu'elles ne peuvent être assez admirées », mais il estime qu'on peut mettre en parallèle la Renaissance italienne avec l'art gothique français. L'architecture ogivale des églises, la construction d'édifices comme la célèbre cuisine de l'abbaye de Marmoutier ont « je ne sais quoi de grand par l'étoffe et l'ingénieux artifice d icelles », et, pour lui, il faut placer très haut le fameux architecte médiéval Eudes de Montreuil,

auquel une notice est consacrée dans les. Hommes illus^ très (1). Moderne en ce qui concerne les arts, Thevet est aussi du côté des modernes en ce qui concerne la langue ; il estime qu'on doit employer des mots français, au besoin de vieux mots, et non traduire en français des mots latins. Il y tient, et il en avertit ses amis ; il écrit par exemple à Ortelius : « Surtout, ne vous esbahissez pas de ce que je donne des noms à plusieurs choses tout contraires, au moins divers et autres que ceux de Ptolémée, Strabon, et autres bons pères... Je défère beaucoup aux anciens, si trouve-je que ce n'est que pour le mieux de nommer les choses à présent selon qu'elles sont appelées aujourd'hui ».

Si on ajoute à ce portrait une intelligence vive malgré un esprit un peu brouillon, une faculté d'enthousiasme et une fantaisie débridée, tout ceci forme un caractère savoureux de savant du XVIe siècle, soucieux toujours de s'instruire et de faire profiter les autres de son savoir.

(1) L'église du Grand Couvent des Cordeliers lui est allribuée.

Page 1