‹ Frère d'EmpereurChapitre 24 sur 51 · JOURNAUX · texte numérisé non relu

JOURNAUX

, T r^ , Monsieur le Ministre,

Au sujet du sieur Panthon.

J'ai l'honneur de vous transmettre les renseignements que vous m'avez demandés sur le sieur Georges Panthon, dit Henry Heer, né à Rouen, demeurant boulevard Clichy n° 12, qui a déposé les déclarations exigées par la loi du 18 juillet 1828.

Le pétitionnaire, célibataire, a écrit dans plusieurs journaux de province ; son journal doit prendre le caractère et les allures critiques du Figaro et du Nain Jaune. On a recueilli d'assez bons renseignements sur son compte. Sa position de fortune est nulle. Ses opinions politiques sont inconnues; mais on n'a pas lieu de supposer qu'elles soient hostiles au Gouvernement.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'hommage de mes respects.

Le Préfet de police, PiÉxm.

thon pourraient voler' au succès ^ Tout eût' semblé le mieux du monde à l'intéressé' — si, fâcheusement; l'expéditeur officiel n'avait pas omis d'affranchir ladite réponse. Sans la moindre hésitation, sans crainte aucune de nuire à ses affaires par cet acte d'indépendance osée, notre Henry Heer avait renvoyé la lettre, avec cette leçon pour son Excellence :

« Je ne suis pas ministre et ne reçois que les lettres affranchies. »

Ici s'arrête la courte histoire du journal VAmou?^ dans les dossiers du ministère (1).

Les rapports de police sont la pierre de touche indispensable de l'agrément ou du refus ministériel. On y admire un complet d'informations et une précision de. détails, qui ne laissent rien à désirer. Tels de ceux-là sont arrivés sur le bureau du ministre. Son Excellence veut s'en instruire en personne; car, il s'agit, cette fois, de gens d'importance. Un ami du comte de Morny, un publiciste resté célèbre, le fondateur d'un des plus grands journaux parisiens, a sollicité l'adhésion gouvernementale au lancement qu'il prémédite d'une feuille nouvelle. On s'est mis en quête, sans retard, des comportements de sa vie publique et privée. Un rapport a été dressé, mais quel rapport ! Voici, pour commencer :

« Le sieur X... est connu depuis longtemps à la Préfecture de police, comme un intrigant, un chevalier d'industrie, un escroc et un grec. »

(1) Nous' avons retrouvé, sous l'enfouissement des pièces officielles, au bureau de la Presse (Arciiives du ministère de l'Intérieur) l'enveloppe même, avec cette cette mention de la Direction des Postes: Refusé.

Et ce sont, à la suite, des gentillesses de même acabit, appuyées de pièces probantes et d'extraits tirés en droite ligne des sommiers judiciaires (pour une série de condamnations^ qui ne sont pas toutes d'ordre politique); enfin la conclusion définitive, péremptoire et tranchante :

« En somme le sieur X... est un homme sans moralité, sans foi politique, criblé de dettes et prêt à-servir tous les partis. »

Voilà notre personnage joliment accoutré... Nouveau mémoire policier, nouveau déshabillage, et combien peu flatteur, quant à la ressemblance générale du portrait! Un grand entrepreneur de publicité, le plus habile d'entre ses confrères à transformer toute nouvelle en bruit, tout bruit en réclame, toute réclame^ en argent, A'illemessant en un mot, a déposé cette déclaration : que la Chronique de Paris renonce, désormais, à traiter d'aucune matière politique et d'économie sociale, mais qu'elle désirera continuer de paraître sous le même titre, deux fois par mois (1). A travers les lignes Yille-

1,1) La Chronique de Paris avait eu à pâtir de certaines mésaventures graves et diverses, comme nous en avons découvert des preuves dans une lettre manuscrite du Procureur de la République au Préfet de police. En outre, ses attaches légitimistes lui valurent maintes délations privées, dont elle eut à ressentir les effets malfaisants; — nous parlons de ces petites délations perfides, que prodiguaient au pouvoir maintes gens d'alors, très empressés à médire du prochain — toujours par zèle intègre et par amour du bien public. Tel, ce billet doux que nous sûmes tirer d'une cachette officielle, où l'on aurait pu le croire enseveli pour toujours :

Arrivée du ^8 avril 4862.

Monsieur le Ministre,

C'est un ami déclaré du Gouvernement, qui vous supplie de ne pas tolérer plus longtemps les injures de la Chronique de Paris, journal ultralégitimiste contre le chef de l'État et le Corps législatif.

Dans le plus récent numéro, on traite le Président àe viveur^ et on dit

messant laisse pressentir d'autres projets en formation. Il n'en a pas fallu davantage pour qu'on ait mis en mouvement, d'urgence, les ressorts d'une enquête personnelle très serrée (1). Elle le fut, en effet. Quelle diligence appliquée à tout recueillir et à tout dire! Ce n'est plus un rapport, une page d'information individuelle; c'est un lourd réquisitoire, d'où certaines pièces voudraient bien être absentes. Rien n'y est omis, pas un détail nuisible n'y est oublié sur la naissance — non légitime — de Villemessant, sur l'éducation assez négligée de son enfance, ses premiers essais dans la vie, à Blois, comme courtier en vins; les circonstances qu'entraînèrent une ou deux faillites de son commerce, à Tours et à Châteauroux; sa vie accidentée à Paris; ses créations de feuilles éphémères, telles que la Sylphide et la Corbeille, entremêlées de certains démêlés avec la justice, pour des motifs particuliers. On y relate toutes ces choses et plus encore : sa passion excessive des cartes (2), et des histoires de femmes, et des suites de rixes ; sans plus

que les députés ont obtenu comme une faveur de ne pas servir à table. Ce journal se distingue par un ton de grossière insolence vraiment au delà des limites permises.

J'ai cru devoir, Monsieur le Ministre, appeler votre attention à ce sujet.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Ministre, votre très humble serviteur.

F. Delbecque, Rue de l'Echiquier.

(1) Ordre du Ministre :

8 juillet i832.

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