LES TROIS FEMMES
A la SCOtiSCh! (Plusieurs jeunes gens paraissent au fdnd, cherchant de* danseuses.)
VERNELIL.
Viens donc, de Sivry, tu pouiras au moins regarder.
OLYMPE
Et vous, monsieur 'de Verrières...
ROBERT
Moi! pardon, mon enfant, je me réserve pour la fin de la soirée, pour...
OLYMPE
Ah! oui, je sais... pour le dernier galop, celui que Musard a bapiisé du surnom que je vous ai donné... Marquis infernal; au revoir...
ROBERT
Au revoir, ma belle marraine !
VERÎIEUIL.
Mesdames, l’archet s’attend pas... A la scotisch! (Sortie.) SCÈNE V.
ROBERT, seul, puis ANTÉNOR.
Je suis seul et je puis quitter mon masque de folie. Le marquis Infernal, moi!... Ah! ah! ah! ris donc, pauvre frère à la recherche de l'infâme qui a déshonoré ta soeur ! Trois mois ! trois mois ! trois mois tout entiers de recherches inutiles! (Tirant
de sa poche l'agenda (pic Fabricio lui a reiris à la lin de l'acte précédent.) Rien
qui vienne dénoncer à nu fureur lo misérable à qui appartient ce portefeuille, le misérable qui a écrit ces li mes honteuses, le récit de toute une vie de perversité et de débauche! Ce portefeuille, impossible de trouver celui à qui il appartient... d’où il est venu... Chez les marchands, pas de réponse... on -uppose qu’il vient d’une fabrique de Londres... voila tout !... Je m’avise ae retourner dans ce restauiant où j’avais dîné le quinze juin avec ma sœur et Adriani... Je me dis que peut-être le crime part de cette maison... J’interroge, je veux savoir quelles per-
sonnes ont dîné ce jour-lii dans le cabinet qui taisait face au nôtre. La date du quinze juin frappe, en effet, les maîtres de rétablissement; mais ils ne savent qu’une chose, c’esi qu à cette date, à huit heures du soir, un homme blessé moi tellement dans une màison voisine est venu expirer dans leurs salons; pour le reste, ajoutent-ils... (iri, Anlénor iculrr el se met à desservir les tables où Ton a pris les glaces. Robert, sans le reconnaître on plutôt sans faire attention à lui, continue de parler en n.archant avec hésitation.) « Pour le rGSÎG,
le garçon de service pourrait seul vous renseigner, et, par malheur, te garçon a quitté le soir même notre établissement; nous ne savons pas ce qu’il est devenu. »
ANTÉNOR
Monsieur le marquis, ces glaces sont-elles à votre compte ?
/ ROBERT
C'est bien, payez-vous.
Un billet de cent francs, je vais vous rapporter votre monnaie.
ROBERT, marchant toujours de plus en plus agité.
Je vais à la police : « Monsieur, me dit-on, nous trouverons » votre homme... rien n’est plus aisé; il y a chez nous des » limiers de génie. Nous aurons un faux dandy, un renard cou- » vert de la peau du lion, et qui se faufilera dans toutes les » sociétés douteuses, où la jeunes-e indiscrète et fanfaronne » chante ses victoires entre la flamme du punch et la fumée de » tabac... Qui sait? le vice est vaniteux, et nous entendrons » peut-être raconter le crime par le coupable lui-même... c’est » presque toujours ainsi que nous prenons les voleurs. » J'ai refusé; mais, ayant trouvé l’idée bonne, j’ai voulu me servira moi-même d’agent el de limier, et j’ai fouillé Paris dans tous ses recoins dorés, dans tous ses repaires fangeux et lustrés au vernis. Je me suis assis devant tous les tapis verts clandestins, où l’on biseaute les cartes et les femmes à huis-clos; je suis entré dans des réduits nocturnes interdits au soleil, où des beautés frelatées ont des éclats de rire qui ressemblent à des sanglots; là, j’ai vu passer devant moi des haillons vrais, du velours faux, des faces badigeonnées, des fantômes à patente, des vie ; Uards galvanisés, des jeunes gens octogénaifes, des parodies de l’amour, un monde hideux qui parle un argot enrou : , une langue d’alcool, et qui, en vous touchant, laisse sur la main le froid glacial des reptiles. J’ai entendu des propos fous, des entretiens sans suite, des paroles oiseu>es, des échos de tour de Babel, et je suis soi ti en me demandant si Dieu nous a donné la jeunesse pour la vieillir à la minu'e en La boucanant dans un estaminet! Que de fois j’ai mesuié la longueur des loyers de théâtre! Dans ce flux e> ce reflux des entractes où tant de paroles se croisent, tant de viens se disent, tant de confidences éclatent, tant de secrets se divulguent, dans ce concert du public