ACTE III
où les voix se mettent au diapason criard des artistes, j'ai prêté une oreille avide, et je n’ai recueilli que le bruit des lèvres, le plus stupide de tous les bi uits. Pendant trois mois j’ai tenu dans fties mains tous les journaux du soir, avec l’intention de. ne lire que des visages de pass .nts,de ne connaître d’autre journal que celui que par laient mes voisins. Jamais un mot, un de ces mots
3 ui donnent une idée, qui sont les noms des chemins par où oit passer ma vengeance. J’ai entendu, j’ai entendu des misérables se vanter de beaucoup de mauvaises actions, mais pas un de celle dont je pour.-uis l’auteur! J’ai appris les secrets des autres et je ne sais pas le mien!... Souvent, tous les jours, je rencontre sur mon chemin un visage qui me déplaît, qui m’offusque, qui m’irrite, comme celui de ce monsieur de Sivry tout à l’heure, et je crois alors à l’instinct, à la Providence, au jugement de Difu... Et rien ! lien! toujours rien!... Partout où je vais, une voix intérieure me crie : 11 doit être là, devant toi, il te heurte en passant, il te regarde en face, il te parle peutêtre!... Et je ne puis m’écrier : C’est lui! je ne puis pas le saisir avec une main de fer, le juger, le fléti ir, l’écraser !... Oh ! pas un rayon, pas un signe indicateur; pas même le doute qui conduit à la vérité!... Vous m’avez abandonné, mon Dieu!... mes forces me trahissent et mon courage va défaillir... Soutenez-moi, mon Dieu! SOUteneZ-moi ! (il tombe comme épuisé sur un baoc placé au pied d’uo arbre* — An ténor est rentré en scène, a achevé de desservir les glaces, puis se rappiocbe de Robert.)
ANTÉNOR
Monsieur le marquis, votre monnaie.
ROBERT
Laissez-moi.
ANTÉNOR
Pardon, monsieur le marquis, j’ai reçu de vous un billet de cent fiancs, et je n’ai à prendre que neuf francs cinquante centimes; en conscience, je ne peux pas...
ROBERT, <|ue la voix tlu Garçon a liui pai frapper, et l'examinant.
Attends !... attends donc!... Cette voix... cette ligure... je te^ conuais.
Je ne dis pas non, je suis très-connu dans tous les cafés et tous les restaurants de Parjs : à la Rotonde, au café Anglais, aux Provençaux, chez Vachette, chez Philippe, et à la Maisond’Or.
ROBERT
La Maison-d Or !... oui, c’est là, c’est là que je t’ai vu pour la première fois le quinze juin.
ANTENOR
Le quinze juin!?., la veille de mon départ... vilaine soirée!...
Unhommemort ..je voudrais l’oublier que je nele pourrais pas.
ROBERT
Écoute... Efforce-toi, en effet, de ne rien oublier... rassemble bien tous tes souvenirs.
ANTÉNOR
Mes souvenirs sur la mort de ce monsieur ?
ROBERT. >
Eh! non, mais tu servais à la fois...
ANTÈSOR.
Deux cabinets, le numéro sept et le numéro huit, oui, monsieur le marquis.
Te rappellerais 4u quelles pouvaient être les personnes?
AXTÉNOR.
Qui dînaient dans le numéro sept?... parfaitement! Un frère et sa sœur, des étrangers, des Italiens... La soeur, belle comme un ange !... Le frère, un homme superbe... Tenez, de votre taille à peu près, et avec eux, je crois, un prétendu.
ROBERT
Non, non, ce n’est pas cela. En face?
ARTÉNOR.
Le numéro huit?... Pardieu! si je me souviens, des habitués éternels de la maison... Monsieur de Sivry, monsieur de Verneuil, mademoiselle Olympe de Beaulreiilis.
ROBERT
Olympe ! de Sivry ! Yerneuil !
AISTÉKOR.
Tous les trois ici, monsieur, tous les trois.
ROBERT, i lui-mème.
Ici... oui, je les ai vus, je puis les revoir encore.
AHTÉ.NOR.
Vous dites, monsieur?
ROBERT
Continue, mon garçon, continue... De Sivry, Veraeuil, Olympe... Olympe de Beautreillis?
ANTÉNOR
Oui, monsieur, jolie femme, très-distinguée, fille d’un portier, pianiste, écuyère, danseuse, éleve du Conservatoire, etc. Son véritable noin, Françoise Duval.
HUBERT, s’écriant et regardant l’agenda.
Françoise Duval !
AWTÉKOR.
Olympe est son nom de théâtre à l’Hippodrome, et ses bonnes amies les plus mortelles lui ont donné le sobriquet de la Femme aux Agendas.