SCÈNE PREMIÈRE
ADRIEN, seul d'abord ; puis ROBERT, BLANCHE, DE SIVRY, VERNEUIL, Invités, Paysans.
(Adrien est assis sur un banc de pierre, à l'entrée de l'allée de pins. — Un cortège descend de la terrasse et marche vers la chapelle. Viennent d'abord les gens de la maison, paysans et paysannes corses, puis Robert de Sullauze , donnant la main à Blanche en toilette de mariage; puis Sivry et Verneuil, donnant chacun la main à une dame; puis des invités et dames en toilette, tenant moitié du costume corse et moitié des modes parisiennes, puis d’autres paysans et paysannes qui ferment la marche. Adrien est debout, et suit avec tristesse la marche du cortège. Il regarde Blanche avec douleur et retombe assis sur le banc. Blanche, près d’entrer dans la chapelle, semble près de défaillir; son f rère la soutient. — Musique religieuse dans la chapelle.)
ADRIEN, allant regarder à 1 entrée de la chapelle.
La voilà... elle est à genoux auprès de lui et sa main dans la
sienne... le prêtre bénit et pardonne !... Elle est sa femme!... Le coupable triomphe, le frère est satisfait dans son honneur... il n'y a qu’un homme sacrifié daus cette fête de réparation... c'est moi !... Demain toutes les douleurs seront oubliées; ce trésor d'angoisse de toute une famiile devient mon héritage; c’est moi qui vais le dévorer sans l'épuiser!... Trésor de llirmes, de deuil et de désespoir... Merci, Robert de Sullauze, merci! votre amitié me juge bien... vous m'avez entraîné ici à votre suite. Vous m’avez "défendu de vous quitter ce soir, jp resterai... ma vie est enchaînée à la vôtre. Je passerai sans cesse devant vous comme un remords vivant. Les voici.
(Sortie? de l’église. Ici, tout le monde sort de l’église, mais pins confusément et Bans l’ordre qui présidait tout à l’heuré à ta cérémonie. — De Sivry donne la main à Blanche, Verneuil à une autre dame, et les divers personnages s’éloignent par la terrasse, les uns à eroite, les autres à gauche.)
0 ROBERT, à Adrien.
Ne vous éloignez pas... vous m’êtes nécessaire ici. ..je reviens...
(Sortie générale.)
DE VERNEUIL; sans quitter la main de la dame avec qui il est entré; dit à demi-voix à de Sivry.
Tu es plus heureux que sage... Au Heu de te tuer, on te marie!... A la place des aiîreux spadassins que nous avons tant redoutés pendant la route, une jolie femme et une noce !
de sivry.
Tais-toi! c’est un bonheur si étrange, si imprévu, que malgré moi je doute encore.