RIPAILLE, JEAN-LE-BLOND
ripaille, qui te frotte encore t'épaule. Ab cà, maître Jean, vous avez une façon un peu rude d’aborder votre monde, aavex-vous!
jean-le-rlond. Maître Ripaille, si j'ai pu jusqu'ici considérer comme mon ami un soldat brave et lidele, il ne me convient plus de fréquenter un coquin.
ripaille. Qu’entends-je? Aliez-voui oublier le respect que vous devez à l'homme qui a veillé paternellement sur votre enfance, à l'bommcqui...
Jean-le-Blond. Tu étais à ta tête des soldais qui ont attaqué l'escorte,
ripaille. La nuit, on peut se tromper...
lEAN i.i-BLONo. Mais ton épaule a témoigné contre toil Plus qu'un mot. — Tu es venu souvent me voir, en effet, quand j’étais en apprentissage, et même tu m'as montré de l'amitié en plusieurs rencontres... cela vaut quelque chose, et je neveux cependant rien avoir à toi. Voila ma bourse, tout ce que je possède est la dedans. Prends et soyons quittes, [il remonte vers le fond d gauche.)
ripaille, mettant la bourse dans sa poche arec beaucoup de sang-froid. El tu vas suivre, comme cela, jusqu'à Paris, cette belle héritière d' Armagnac, celte délicieuse Blanche de Nemours. Ah! je savais bien que je t'arrêterais avec ee nom-là.
jean-le-blond. Je n'ai pas de comptes a voua rendre.
ripaille. C'est juste, Us sont réglés. Mais à quoi bon des cactaotcries? Il est clair, mon jeune tailleur de pierres, que vous vouiez disputer la
main de Blanche d'Armagnac à aon fiancé monseigneur de Grarille, comte de la Marche.
jram-i.e-blond. Ah 1 pa» de raillerie, s'il vous plalu
ripaille. Je ne raille pas. Quand on est jeune, qu'on est joli garçon, qu’on est l'élève d’nn professeur d'escrime comme Jérôme Ripaille, et qu’on possède, en outre, l’avantage de n'avoir jamais connu ni père, ni mère, on a le droit de tout oser et de tout espérer. Seulement, je vous en préviens, maître Jean, je suis peut-être un coquin, comme vous dites, mais croyez-moi, vous vous exposez, en allant à Paris, à voir un bien vilain monde. D'abord messire de Graville, qui, tout fiancé qu il est à notre belle Blanche, n'en est pnstnoins le préféré de madame la régente Anne de Beaujeu, de jolies mœurs, bein ? Ensuite il signor cavaliero Vincentc Tarrhino. un chat-tigre habillé de velours... Ab mais j’y pense, vous voilé une ressource toute trouvée pour le cas ou les movens de vivre viendraient à vous manquer. I.e petit roi Charles VIII qui veut s’émanciper, doit épouser la duchesse de Bretagne, mais comme ce mariage démolirait la pu iasance d'Anne de Beaujeu, que messire de Gravillecst le favori dois dame, cl que Tarrhino est l'Ame damnée de mes sire de Graville... il en résulte que le doucereux Tarcbino, pour faire manquer ce mariage, cherche partout des faux témoins qui lèvent la main at déclarent que cette pauvre duchesse de Uretagne est une enfant supposée, que sa mère mit au monde un garçon et non pas une fille... Oh! ee n'est pas la première fois que chez les Gravide, on s'amusa comme ça à meure des garçons à la place drs filles, où des filles à la place dea garçons. Moi, je n’ai pasvoulu lever la main, on m'a chassé, et d'homme d'armes de Gravide que j'éta: s me voilà réduità courir lesfollesaventurcs... Mais on les paie grassement, res faux témoins, et ai vous...
JEAN-LE-BLOND. Vous m'insultes, je crois! (ffïpaille fait un mourenvent) Atsex! tirez de votre côté, et moi du mien... {Il entra dans la chaumière.)
ripaille. Soit... et bonne chance, petit Jean , (A part, en remontant.) Va. va, si jamais j'ai besoin de loi, je saurai bien te retrouver. [Il re- '■ monte au fond et regarde à gauche.) Mais qui diable nous arrive la?... est-ce que j’ai la berlue?... I Mais non! Comment! ce seraiteux! Tranquille!
c'est bien Tranquille! elcettc femme... e’eat die! ' La durhesae d’Armagnac! Les voilà donc reve- [ nus du fin fond de l'Allemagne, où je les avais . laissés, il y a quinte ans!... Peste! ils n'ont pas fait furtune depuis ce temps !... Ou’esl-ce qu'ils vont me dire?... que je les ai quittés et que je I me suis enfui avec l’enfant... {On voit paraître à gauche à travers les arbres un homme conduisant un duc rur lequel une femme est assise . — Ils traversent le fond et s'arrêtent au haut du sentier. Au même moment, J ean-U-Btond sort de la chaumière portant sur l'èpaute son sac de voyage. — Il se dispose h s’éloigner.)