SCENE II
La» Mêmes moins RIPAILLE, plus TRAN- QUILLE qui parait au fond.
roniface, à Tranquille, les autres le pourchassent en riant. Eb bien, que cherches-tu ? est-ce un gobelet? Allons, liensl Mais d’où sort-il donc ? Comme le vodà fait!
marmarou. Il est encore plus drôle qu'à l'ordinaire... [On rentoure.)
RomPACR. Est-ce que vous venez de courir le guilledou?
maamaroo. Mauvais sujet!
pavot. Libertin! (Rire jéNéitU.) tranquille. Mes bonnes gens, je vous prie, ne vuui moquez nas de moi aujourd'hui, car j’ai bien de la peine.
la pavot. Fauvre créature! (O» cette de rire.) ta a nouille. Qu‘esl-cc qu'il* ont pu faim d’une enfant si jeune!.,.
bonipacc. Tient I puisque nous sommes en train de rire, chante nous quelque rliose.
H a mi aboi . Oui, oui, une chanson!
Tons. Unerharuon! une chanson 1 tranquille. Non, non, je n'en sais pas. (Il veut s'eujuiver.]
marmarou. II en toit plus de mille, et des conte». et des légendes I
lovinci, lut prenant ton chapeau. Eh bien, une légende.
m.ih Maroc , lut prenant ton bâton. Un conte! pavot. Un conte gaillard !
Ton». Oui, oui, un conte! (On le fait asseoir ,) tranquille, après un temps. Non, pus un donte. une histoire.
pavot. Sera -t-e Ile drôle?
marmarou. N oui feras-tu rire ?
tranquille. Oui, je tAcheral...
tous. Ecoutons 1 écoutons! (On rentoure.) tranquille. 11 y avait une fois au pays de Miranda...
pavot. Ah I la «cène se passe sur le domaine d'Armagnac.
tranquille. Oui précisément. Il y avait un garçon de vingt ans qui n'avait ni pere, ni mère, et à qui lee moines donnaient a manger par charité. La nuit il dormait dans la niche qui est à la porta du couvent... et comme il avait loujoort ua vie ut livre à la main, et qu’il était studieux, on Pavait surnommé : le Songeur. Il avait déjà un peu de science et fl espérait bien, avec la temps, arriver à la découverte du grandttuvia*
•us if ace. Qu’ett-ce que c’est que ça?
marmarou. Béta, c’est la pierre philosophale ! tranquille. Prés du couvent, il y svaii un village; dans le village, il y avait une jeune fille. Elle était aussi fraîche, aussi rose, aussi joyeuse
1 u© le pauvre écolier était pèle, sérieui et triste i .uiré par sa chanson qui tombait d’écho eQérbo. du haut de la montagne... il allait comme malgré lui au devant d elle, H s'asseyait pour ( attendre tout au bout du sentier qui borde la montagne. Oh ! ce n’était pas pour lui parlrr... seulement, quand il la voyait venir de loin avec sa quenouille blonde au côté et son sourire d'ange sur les lèvres, il laissait choir son vieui livre et tombait a genuui.— Elle passait sans le voir! — U le croyait, du moios, mais il se trompait... (Acre «mc joie enfantine. \ Or un jour elle vint tout droit a lui et lui dit : NWrex-vous jamais me dire que vous m'aimex? Oh! non. certes, il n'aurait jamais ose! Oh! je sais bien. Ajouta-telle, qu elles meurent jeunes celles qui épousant les disciples de 1a science surnaturelle... mais je veut bien mourir jeune pour vous (aire heure ua...
Àrer-vous vu parfois dan» leur berceau deui p«- i lits enfants jumeau* ... avec la jeune mère, inquiète, attentive, joyeuse, veillant sur le sommeil de ses anges bien aimés t leur bonheur ne dura qu’un an. Elle s’endormit, un »nir d'été, les mains en croit sur sa poiirine, en priant Dieu pour aes enfant» et leur père... elle mourut!... Quand les moines de »amt Benoit emportèrent son corps en chantant le Libéra, le songeur ne bougea pas. Il était de pierre .. scs drus petits pleuraient dans leur berceau, il ne le* entendait pas. Quand h nuit futveuue, unie vit se traîner sur le» mains et sur les genoux jusqu’au cimetière. U chercha la tombe la plus fraîche, il se coucha dessus. l.e lendemain, il y était encore, et tout le jour, et la nuit suivante; il était fou... ah! il était foui Mais on vint lut dire que ses enfants avaient faim,., — Mes enfants avaient faim t mes enfants, mes chers petits enfants !
la fayot, attirant lou* les assistants un peu ù JVeart, Mai», je le savais bien, c'e*l son histoire
qu'il vou* raconte a preuve que j’étais là
quand ou les a mariés... et que c'est moi qui l'ai •ait venir de Mirande pour être percepteur de Jean d'Armagnac, notre petit aelgoauf.-- « q«« je lui ai place tes deux petit» curants ici près, au bourg d'Arcu«'jl.
tranquille, te forant. Oui, elle dit vrai... «H« le connaissait bien Mario», ma femme, et mes deux eiif nls OU! qu.unl ou me permettait d’aller les voir... c'était filai Je voyais toujours de loin ma petite Marie... elle a' appelait llaric comme sa mère, rite venait, elle courait, clic rourait comme une fuite jusqu'au moment où elle tombait essoufflée dans mes bras... Ce matin, je ii’iil J rien vu sur la route. Au icuti de la porte, Andéol, -- e'est mon petit garçon, — Andéôl était assil i*t pleurait... Eh bien: cl l'autre? et U saur ? et ma fille?.,. On 1e retrouvera, papa... 11 y avait huit jour» que ma fille était perdue!!!
la favot. Perdue! Mais as-tu couru, cherché... tranquille, baigné de larmes. Le premier soir un a’estdU; attendons a demain... le lendemain, ma fille n’était pas la. on s’est dit : attend oui encore... je leur donnais si peu à ces paysans ’ C’est ma faute! j’aurais dû rester avec eux... me ftire artisan... j’étais trop faible!... soldat!... ah ! je n’ai pas de courage !... je no peut rien 1 rien I... Mais répondez mol dune I qu'ont -il* pu faire d'une enfant de cinq ans!... O ma petite Marie ! ma petite Mine! je n’étais donc pas assez misérable! voyez-vou». (J«r éoar*»wn*.) J'ai été fou... je mourrai fou 1 (Il tombe assit à gauche.] la favot. Voyons, il vous reste un fils, Andcol... songez a votre fils et soyez homme!
tranquille, souriant tout à coup. Oui, oui, erst vrai, j’ai un fils... et quant è eelui-la, du moins, son sort est assuré... Donnez-moi du vio, je vous prie.
favot, lui versant à boire. C’est ça, buvez un coup pour vous remettre.
la pavot. Voyons, remettez-vous!
tsakquilib. après avoir bu, d'une vois assurée. Ce sera un enfant hcureui que mon Gts; U a un emploi dans la maison d’ Armagnac, la pavot, joyeusement. Bah l vraiment !
tranquille. Oui.
la FAvor. Quel emploi?
tranquille. Il y a u ii an, avant nue monseigneur fut fait prisonnier; il voulait placer auprès du petit Jean d' Armagnac, un enfant de son âge... Il dbail : quand mon fi s Jean fêta une faute, on fouettera l'autre enfant pour que la justice au son cours... Guillaume de Soles m a dit hier : Monseigneur va reveuir, il faut allet chercher tou fils. Tranquille, alin qu il soit fouetté à 11 place de notre jeune maître.
tocs, avec pitié. Oh! (L’un lui rend son manteau, {‘autre ion bâton.)
tranquille, Voilé l’emploi que mon fils doit avoir é l'hôtel d'Armagnar... Maintenant, merci de votre compassion, bonnes gens.-, réjouissexvoua. buvez, e ut assez penser a moi [Il s'éloigne en disant.) Il sera heureux mon fils. jl sort.)
bonifacje. Cet homme- la doit avoir bien de la raucuue dans le cœur I