SCENE IL
Lis Mêmun, LE ROI CHARLES VIT! et* roi Satomon, BLANCHE en reine de Saba, MIRETTE dans le cortège, GRA VILLE, TARCHIN, SkifiNKCR». Cortège. (ici personnages sowten costume* hébreux suivant la fantaisie du xv* siècle.)
I la folle. Le roi Salomon ! Noël! ncël 1
gravilli. Me*»icur«, je vous annonce le roi Salomon et la reine de Saba !
ON héraut d'armes. Le roi!
dr autre héraut. La reioet (U Bot s'avance rutc» de ton cortège ci. dans le même moment, celui de la Reine de Saba arme par la droite. Tout le monde te démasque.) blanche. Sire!
l* roi. Madame, c’est de COrient que nous viennent tous les parfums et toutes les beautés; j’ai quitté mon palais des Toumeiles. parce qu'on m'a dit que la reine de Saba partagerait ce ue nuit, avec le roi Salomon, la coupe des fiançailles heureuses...
blanche. Sire, C'est mon devoir de tremper me lèvre dans ie breuvage de votre majesté... tKlIe patte à gauche et disparaît un instant après avec Mirette.)
Tarchin, bas d Mirette. Ma petite Mirette. j’aurai peut-être à vous parler ce soir... [Mirette retourne pris de Blanche.)
oRAVtue, z'mrfsnant. Sire, permelter-moi de déposer à mon tour aux pieds de...
lb roi. l'interrompant. Bien! bien ! je sais le reste par coeur! Ta fête est jolie, comte, et ces masques en tombant ont découvert de gracieux visages. ;S’irtlerroB»jtar»l et fronçant le sourcil.) Vous ne nom aviez pas invite, sire de Gravide! je me suis iovilé ruoi-méme... je n’aime pas que mes sujets jouent le rOle de roil Ce rôle n appartient qu’a mol, Charies VI II, de France !
gha ville Sire, votre humble et déroué sujet... lb roi. Ailous, amuse-moi, comte de U Marche et nous serons amis jusqu'à voir...
tarchin. Jusqu'à voir !...
«ravillb. Sire, toute» que renferme mon domaine. ..
le roi. se tournant vers Ut Seigneurs. Messieurs, c'est me dernière nuit de liberté: ja U veux belle et joyeuse... Encore quelques heures de folie, puisque la «agevse forcée me prendre au collet dès le point du jour.
«ravillb. Le rei sera toujours le mattre...
Lt roi, rteenuni. Non pas!... e’est pour obéir que le roi se martel. . M propos, je ne sait quel malin enchanteur... avait méchamment areu mêlé les ubsteeles sur la routede notre royele fiancée... Nais, grâce a Dieu, les ob»larles ont été brisé», un rayon de soleil a dissipé 1rs nuages «te la calomnie. un sourire de la belle duché*»» a fait le jour dans cette nuit déloyale. Gela doit vous réjouir
e ecwr. seigneur comte... el quant à mol, je sols au comble de mes vœux.
rinçais, bat aux Seiçneurt, à droite. Anne de Bretagne gouvernera la France.
i.k roi. La reine ett jeune, la reine est belle, main ce n>st pas un éventail qu'elle porte dans •a blanche main!...
graville, souriant. Serait-ce une épée?
L* roi. C'est un sceptre', un sceptre de fer!... ah ! ab ! je serai sage... (On rit.) Mais vous aussi, messieurs... (Il la menace du doigt en riant.) Vous avez ouT parler, je le crois bien, des barons du pays de llrclagne... rudes et fauves comme des loups!... La durbesse Anne, qui sera demain madame la Reine, les a dressés si bel et si bien, ces loups, qu'ils venaient, pour n'être point battus, lui léehrr la main comme des lévriers de race!... La duchesse Anne s'est ennuyée de eela... que taire en un pays où il n'y a plus de loups?... Kl le a regardé du côté de la France où les lévriers eutmêrnca ont désappris à lécher les mains de leurs maîtres et mordent comme des animaux saisis de mal rage... Elle a souri, la duchesse Anne... elle a'est dit: Voilà de la besogne nouvelle !.. avec ce pauvre petit roi de Paris, je serai la grande reine... et ce sera plaisir que de ranger autour de son trrtne, à genoux et tête nue, tous ces vassaut insolents qui le tiennent prisonnier dans son palais I... Elle s est dit cela, messieurs... le petit roi n est point fier et n'y voit point de mal... Il pense, le pauvre petit roi, que la France a grand besoin d'étre gouvernée... il va donc boire gai ment sa dernière coupe; faites comme lui si le cœur vous en dit, et allons souper messieurs! (Il monte f escalier ti disparaît avec tout le monde.)
graville. Je suis perdu... j'ai lu mou arrêt dans scs yeux!...
tarchin. Rb bien, la partie «ai engagée, il est venu au-devant de vous I...
r.RAVii i r. Ou), mais entouré de sa garde écossaise... de bonnes épées...
tarchi.v. A Florence, nous avons mieux que l'épée...
grayillb. Oh ! démon ! ne me tente pas!
Tv rciii*. J'ai su employer mon t- , niji» depuis tantAt... Paris est à nous et Anne de Rcaujeu sera neutre.
gravilli. Fais ce que tu voudras... mais que ce soit bien faill... (11 remonte au fond audtvani de Mirette, en costume de la reine de Saba, qui parair et tort avec lui. — Au même mirant Blanche parait avec U costume de Muette en donnant le bras à Jean-le- Blond.)
tarchin, allant à eux.— A Jean-le-Blond. Pardon, mon brl amoureureux, tout a l'heure je vous rendrai celle charmante enfant... [Jtan-le- BUmd , occupé de la reine de Saba, va attendre au pted de l'escalier. — A Blanche.) C'est vous. Mi retle ?...
blanche. Ouil
tarchin. Faites en sorte, ma belle petite Mlrette, que votre maliresve n'approche point de ses lèvres le breuvage d'adieu qui sera offert a sa majesté- Gravill» est violent, impétueut, jaloux. Il y aurait un scandale. Uein ! c est ronvenu, vous la préviendrez, n'esl-ce pas? A revoir. Mirettel... (A Jean-le- B fond.) Vous le voyez, mon gentilhomme, je ne vous ai pris qu’une minute. (11 sort.)
jb*n- le-blond. De grâce. Mirette. dites -moi, quand vais-je enfin la voir? [Blanche Ote son marque.! Vous, madame! (A part.) C'est elle-même !
■larche. L'hrure, le moment, la coupe, je Mi* tout... lui aussi croyait parier à Mirette!... c'est par le poison qu’ils veulent eu finir.
jban-i eblo.nd. Le poison! qui donc est menacé ici?
blanchl. Prévenir le roi, e’e«l le plus sûr... je le sauve, oui. mais j'empérhe le crime de s'accomplir, et Gravide resté debout, me garde en son pouvoir.
jran-lb blond. Mal* parlez-moi an nom du ciel, madame. Vous m'avex dit de venir, me voici prêt à vous obéir.
blanche. Oui, c'est vrai, et c'est Dieu qni m'a inspirée quand j'ai donné des ordres pour qu'on vous amenât prés de moi. — Ecoutez... j'ai mis en votre coeur un bien grand espoir, pauvre jrune homme!. . vous tn'aimrz, je le sais; vous avez dû faire des rêves insensés !
js.AM-LR Bi.osD. Hélas! oui... j'ai rêvé le fiel I BLANCHR. E* criiez- vous, el soyez homme:...
Je suis Blanche d'Arraagnac et le sang royal coule dans mes veines... Vous êtes un artisan, voua
n'avez point de nom!... il y a entre nous deux un abîme. — Qu'avez-vous donc?
jiir-lmlovd. Je vous aimais ardemment, respectueusement, comme on adore les anges... Je vous avais fait un autel dans mon cœur. . et je ine mourais a vos genoux. Ce que devnil être l'avenir, je n’y songeais pas, madame. Je vous aimais! il n'y avait que cela dois mon àme.
blanche, rêveuse. Quand l'union ici b»s est impossible, quand la distance est si grande que nul effort humain ne peut la combler, il reste je ne sais quoi que je sens et que je ne peux dire... deui cœurs séparés peuvent s'appeler et s’entendre... Aimer, aimer 1... n 'est-ce pas assez, n'estce pas tout?... Et qu'y a-t-il au dessus d'un baiser chaste, échangé en présence de Dieu ? audessus d'une promesse sainte, scellée par une larme ou par un sourire!
jean-l*-biosd. avec une passion contenue. Il n'y a rien!...
BiAMcut. Eh bien!... pour être aimé ainsi, que donneriez-vous?
jea-n-lr-blo.xd. Je n'ai que ma vie... voulezvous que je vous la donne?
■LiMciiB. Non quelqu'un mourra, mais ce ne sera pas vous...' une coupe sera présentée au roi. au moment de son départ. Cette coupe contiendra du poison... Il faut qu’elle soit vidée jusqu'à la dernière goutte!... il le faut.
jkan-li-blond. El par qui, madame? suvenz Far moi t car ma mort sera la condamnation des assassins.
je i m— iK-BLnvn Morte! Et moi, madame, pourquoi m’avcz-vous donc appelé?
blanche. Farce que j’ai un autre devoir à remplir, parce que je vous choisis pour bêtifier de ma U>be, parce qu’uue fois nnrte, je veut qu'il reste une voit pour dire le nom des coupables, une main pour arracher de l'échafaud l’écusson réhabilité d’Armagnac, un cœur d'où jaillisse cette parole : La fille de Nemours, condamnée comme traître, est morte pour sauver le roi!... voulcz-vous être cette voix, cette main, ce cœur?
jun- i.r-blono. Vous ! mourir... mais ma voix s'éteindrait dans mes larmes, ma main tomberait paralysée, mon cœur ne battrait plus... Non! je ne veut pas I je ne peux pas! (11 passe A gauche . Mtàcn, Ainsi, j'avais tort d'espérer en lui ! JKAN-LR-BLOMD. (Jue vous faut-il? un accusateur pour les traîtres, un vengeur pour votre père! soyez l'atcusatcur et soyez le vengeur... [jf <>u cernent de Blanche.) Oh ! je n'oublie pas qu'il vous faut une victime! je suis seul au monde, madame, je n'ai point d'.vffértions à briser en quitt.mt cette terre... les larmes d'une mère ne mouilleront point ma tombe! je suit seul et je ne vivais que par mon amour... Ob! ne me refusez pas! .Si j'avais eu un souhait a former, s'il m'eût été donné de choisir moi-même ma dcsiinéc, ohl n'eussé-jc pas demandé le sort si beau que je réclame. Je vais mourir tout jeune, dans la joie du triomphe, te sourire aux lèvres, l’éclair dans les yeux, sans souffrance, sans regrets, avant de m'être lassé aux fatigues de la vie!... Oh! merci, madame, merci! je vais mourir en vous servant .. je vais mourir h-ureuxl...
■ à part ) je vais mourir aimé!... (la Duchesse eu costume travesti a paru depuis un instant au fond.)