SCENE IV
Lis Mères, TRANQUILLE, entrant du fond.
jean-le-brun. Bon, je suie pris.
la duchesse. Andcol, pourquoi retenez- vous ce jeune homme?
tranquille. Tout i l'heure, madame, c’est vous qui l'empécheres de sortir.
la ducubssb. Moi !
tranquille. Ecoute, enfant!... Tu vols celte femme... 11 y a quinte ans qu'elle attend et que j'attends comme elle l'heure trois fois bénie où nous pourrons poser nos lèvres sur le front de l'enfant disparu. Il y a quinte ans... entends-tu bien ! quinte longues années do fatigues, de larmes et de souffrances .. que cette pensée « que cet espoir soutiennent notre courage et fortifient notre faiblesse... Madame, soyez forte dana le bonheur comme dans l’adversité!... Enfant, remercie Dieu et cours dans scs bras : c'est U mère! JRAN-I.B-BRUN- Ciel l jl an-le- blond. Ma mère 1 I.A duchesse. Tu te trompes, mon enfant... le voila I
jean-le-brcx, à Tranquille . Tu le voie, tu ne m'as dit que des folies.
tranquille. Est-ce elle ou moi que Dieu frappe de démence?
LA Dtir.itESSR. Pauvre ami, il a tant souhaité cette joie, qu'il prend pour la réalité ce qui n'est au'un rêve de sou cœur... Ecoule bien, Jean d'Armagnac, cet homme que lu vota U, t'a sauvé la vie quand tu étais enfant... rends-lui grâce, car il a été pour noua le salut et la providence jean-le-rlond, allant à lui. Ab! brave homme la duchesse. Tune réponds pas à mon (ils?
tranquille. Si fait!... ühl je lui donnerais tout mon sang, k votre (Ut - A Jcan-te-Blo n-fi; oui oui, je vous reconnais bien, vous avez vaillant ment servi lé roi cette nuit... et que... Dieu vous garde.., Ul détourne les yeux et remonte i f écart.)
la duciieX'R. Laiste-nous, mon enfant. |
jëan-le blond. Ma mère!
la duchesse. Rassure-loi, mon enfant, rassuretoi; mais laisse-nous.... laisse-nous... (Elle le pousse reri la porte de droite.)
jean-le- BRU N , à la Duchesse. J'ai failli, grâce aux lubies de ce pauvre homme, vous appeler ma mère : permeltcr-inoi de vous aimer cl de vous serrir comme si vous l'éliei, madame. (11 va pour sortir.) Au revoir, Tranquille!
tranquilik, lui arrachant son épée. Madame, il va sc battrel et c’eat moi qui lui barre le passage.
la DCciirssB. Il va faire l'œuvre d un vassal fidèle .. Va. noble enfant, et puisses-tu pendant une heure retenir les cm, émis de moo fil», et tromper leurs épées, tu auras sauvé d’Armagnac 1 jean- lé-brun. J'y cours, madame !
f RAXQDIiLE, avec éclat. Et moi, je t’ordonne de rester! Madame, il n’y a que l'enfer qui puisse égarer une mère ! Comment! je voua rends votre fils, et vous l'envoyez à la mort!
la duchesse, Tranquille, reviens à loi!... mon fils, tu rien* de le voir... c'est lui! j'ai retrouvé sur son cœur cet écusson de nos armes, ce signe que tu avais tracé toi-même en traits indélébiles.
tranquille. Le blason 1 mais lui aussi, madame, il l'a I
LA duchesse. Lui aussi !
jeax-iü-brun. Ce signe, c’rstdonc une preuve? tranquille. Oh! pauvre mère... Ah I je comprends! c’est une ruse soufflée par le démon à vos ennemis implacables. (SseonohlIalAt.) C’est cela! ils sont deux? lequel?.... (Arec un rtre de méprit.) Ah! ah! lia ont cru que nous tomberions dans re piège infâme I (Jocc éclat.) Est-ce que le cri de l'âme peut mentir? voyez mes yeux qui sc remplissent de larmes, voyez ma main qui tremble en prenant sa miin... Lea insensés !... qui puis-je aimer en ce monde... Marion est au Ciel avec mon fils et ma fille... je ne suis ni époux ni père!... je ne suis rien qu'un pauvre homme qui vous a donné sa vie, à vous, et a votre enfant. Kb bien ! votre enfant, le voila !... car c’est celuilà que j’ilrae^e l'aime' oh ! je ne peux pas dire combien je l'aime!
jran-le-brcn. Ah ! il m’émeut malgré mol I tranquille. Vous vous taises? tous ne l’avex pas encore regardé... mais regardex-le... mats regardex-le donc!.... Ah ! c’est bien hardi ce que je vais vous dire... mais cette erreur, si vous ia commettiez, ce aérait un crime monstrueux et sans nom!
la duchesse. Tranquille!
tranquille. Ab! pardon, pardon... mais il va *e battre, mais dans un instant, peut-être, on va nous le rapporter pâle, sanglant, mort. Et quelle preuve avez-vous que ce ne soit pas votre entant?.... et si vous vous êtes trompée, madame? la duchesse. Mon Dieu I mon Dieu!
tranquille. Oui, oui, invoquez-le, madame car c’est Dieu qui m'a parlé, et Dieu ne peut mentir !
JEAN— LB-MU-N, ému. Si c'était vrai, pourtant. la duchesse, éperdue. Qui? toi?... tu serais (Elle ouvre les bras comme malgré elle, et attire vers son coeur Jtan-le-Rrun quelle regarde fixement. Tranquille, tremblant ruit cette scène muette.) .Non! non I pardonnez-moi, mon enfant, pardonnez-moi, mais vous n'êles pas mou fils !
tranquille, accablé. L’enfer a vaincu I (Il tombe assis près de ta table.)
jean'LE-irun, triste et doux, d Tranquille. Tranquille, elle a raison!
la dcches'-e. Tu l’entends, ce jenne homme est avec moi contre toi.., si tu le prenais pour juge, il te condamnerait; n'essaie plusde m'arrêter dans la route où je marche... ne dis plus que la voix qui parle en toi est la voix de Dieu .. car sais-tu où elle parle la voix de Dieu? c'est dans le cœur des mères.
jean-le-IRUN, s'approchant de la Duchesse pendant que Tranquille reste anéanti. Madame, le temps d'écrire à Mirelte. (A part.) Je saurai bien trouver une autre épéel... [Il sort à gauche.)
LA duchesse. Kl moi.au prieuré. ( A Tranquille et lui montrant la chambre oü est Jean-te-Bhmd.) Tranquille, mon fila est là, il doit attendre mon retour ou un avis de moi ! ne t’éloigne pas, veille à celle porte, et, comme un sujet fidelr, garde l’béritier de ton maître I l Ella sort.)