LA DUCHESSE
tranquille, acte désespoir. Le démon ! c’est le démon qui a inventé cet horrible supplice. Oh! non. Dieu ne peut pas permettre-., c'cst impossible... Oh: le misérable! Oh! pillé mon Dieu I C'est trop! c'est trop!
blanche. Père, je suis Itère et heureuse d'être Totrc fille.
je an-le-rron. Père, voici pré* de vous vos deux enfants qui vous demandent un regard.
tranquille. Marion, je les ai retrouvés tou* les deux, regarde mon cœur... et voi* si je les aime! la mciiesse. Oh ! mon enfant est perdu !
tranquille, se tournant vers elle brusquement. La voilà!... toujours entreeux et moi... fil écarte ses enfants et s'avance vers la Duchesse.) Je ne les cherchai* pas... c'est la bonté de Dieu qui me les a rendus .. Ayez pitié de moi, ne me les prenez pas, madame, l'eudaot quinze an*, qu’ai- je fait pour eux? quelle part de ma vie leur Ai-je donnée 1... vt>u* étiez mère il ne fallait pas que je fusse père, moi!... (Aoec «noient*.) ^ oui leviei
FRÈRF. TRANQUILLE.
bien quelle était ma folle ! La folie d'Armagnac! I In folie du dévouement aveugle et stupide!... La folie du vassal !... La folie de l'esclave!...
m. anche. Pere, il y a des larmes dan» ses yeux ! tranquille, l’arrêtant. Prends garde!... elle le fascinera comme elle m'a fascinée. Prends garde ! [Changeant de ton.) Bile pleure, c'est vrai... Elle sait bien qu’un père ne peut pas livrer tes deux enfants aux bourreaux... K'cst-cc pas, madame, vous avez beau me connaître, vous n'espérez pas cela?
la duchesse. Tranquille, vous nous avez trop donné, et nous avons trop accepté de vous... je ne vous demande plus rien... Laissez approcher vos enfant* (A lllancl u.) Toi. Blanche, lu e* ma fille. (EUe la baise au front.) Lar il l'aime d’un profond amour et je lui avai* promis d’être ta mère. (A Jeande-Brun.) Vous, que Dieu vous récompense... Une fois déjà j'ai permis que vou* prissiez sa place en face de la mort; pardonnez-moi. j'ai aussilna folie, c’est l'égoïsme de l’amour, c’est lazage de la lionne, c'est la folie des mères 1...
tranquille. Oh ! si je pouvais mourir à força de souffrir!
la duchesse. Quoi qu'il arrive , puissiez-vous être heureux tous ensemble. .. Isabelle d’Annagnac, après son fil», n'a rien de pins cher que vous et lui t
tranquille, ù part. Un père qui ferait cela!... il faudrait que Dieu l’eût frappé de démencel ahl c’cst que j'ai toute ma raison l
la duchesse. Adieu. Tranquille... je vais réciter les dernière* prières sur le dernier d'Armagnac... Ne vou* occupez plus de moi... adieu. . (Elle s’éloigne et va i agenouiller ai* prie-Dieu.)
jean-le-bri.n, la suivant des yeux. Pauvre femme .
blanche. Comme son âme est brisée !.. .
tranquille. Taisez-vous... pourquoi songer aux autres... chacun pour soi, sur celte terre... M'aimez- voua, mes enfants?
blanche et jean. Père ! bon père!
tranquille. Répétez-moi cela! père ! bon père ! Que lu es belle, Marie, ma fille adorée. ..Ta mère s'appelait aussi Marie devant Dieu... et on l’appelait Marion, la-bas, chez nous, à Mirandc... elle nous regarde cil ce moment... Andéol, mon beau, mon jeune Andéol, mon cœur avant mes lèvres t'avait appelé, moo fils. Oh! ne sommesnous pas assez de trois pour être heureux... nous resterons ensemble, toujours, toujours.
jran-le-brcn. Voilà donc pourquoi, û ma sœur, j'étais si heureux de vous servir.
blanche. Voilà donc pourquoi, 6 mon frère!
vous étiez le plus cher et le plus aimé de mes serviteurs.
tranouiue. Oht je sens la vie couler à flou dans me» veioes... me» enfants! me» enfants (L'horloge sonne au loin.)
la ducuessb, avec un cri. Ahl ils viennent! ils viennent!
tranquille. Ah ! il ne vous aura pu!...
blanche. Mon père! mon pèrel la vie de Jean d’Armagnac est dans vos mains, et avec sa vie la micnnr, car je l'aime! je l’aime ! et je ne lui survivrai pas. Mon père, pardonnez-moi. niais s’il meurt, je mourrai; laissez moi donc mourir pour qu’il vive! (Elle tombe à genoux.) tranquille. Et toi... et loi.
jf.an-lf.-brun. Ce n’est pas mol qui ai mis ma main dans celle de Jean d'Armagnac, c'est Dieu qui a voulu qu elles fussent unie» comme les mains de deux frères.
tranquille. Est ce Dieu qui parle!.... (On entend du bruit et des pas.) Mon fll», ma fille... voici le bourreau qui entr'ouvre la porte... vous pouvez vous sauter en révélant la retrailr de Jean d'Armagnac. (la Duchesse se redresse peu à peu et prête ardemment l'oreille.) Vous pouvez sauver Jean d'Armagnac en gardant le silence... choisissez vous même... Si vous voulez mourir.... eh bien ! nom mourrons ensemble!
jeavu -brün cl blanche. Oui I nous mourrons!
tranquille, les attirant à fui. Eh bien, alors, mes enfants... serrez-vous contre moi !.. il ne faut pas que la mort puisse nous séparer !
(Levant les yeux.) Et toi, Marina, ma femme, une prière rour nous, si tu es prés de Dieul (Il les embrasse. I Un dernier baiser. (Jean-le-Brun et Blanche C embrassent avec résignation.) Nous sommes prêts! : Humeur* très- fortes au dehors.)
N.» A' Invent: 'T4T3o -
ripaille parai» à la fenêtre. Êtes-vous là' êtes-vous seuls? c'est moi!
tous. Ripaille! (fi saute dans l’intérieur.) ri faille, aidant Jean- le- Blond à franchir la fenêtre. Viens, petitJean I (Aux autres.) On donne l'assaut!
jkan-le-blond, jetant à terre des épées, et courant dans les bras de sa mère. Nous apportons des armes!... Tarchin se défend comme un lion!
tranquille , remettant une épée à Jcan-U- Bbnd. Tu embrasseras ta mère quand nous serons vainqueurs. (A la Duchesse et d Blanche.) Allez, allez implorer Dieu 1 la duchesse, à Jean- le- Blond. Jean de Nemours, je ne le retiens plus, cette fois! (EUe sort ruiiNe de Blanche parla droite.)
ripaille. Ah ! nous allons en découdre ! ... j’ai un compte à régler avec le Tarcbino!
tranquille, l'épé* à la main Allons, du cœur, enfants! cette mort-là vaut mieux que l'autre! Armagnac, à la bataille!
tous, l'épée à la main. A la bataille! (//* sortent à gauche. — Le iWdtre change.)
Neuvième Tnblcsin.
Une Eglise. — A gauche au fond, l’entré* d une chapelle.
SCENF. PREMIERE.
Paraissent des Gardes portant des oriflammes . qui se placent au fond ; viennent ensuite des Chevaliers, qui se placent devant eux; puis des Gens nu Peuple, qui s'agenouillent à droite, en faisant face à fa chapelle; eruwile LA DUCHESSE, qui entre par la gauche, et vient toute seule sur le devant de la scène- A son entrée, on crie: Vive Armagnac! un jxu après parait TRANQUILLE.
la duchesse. Pendant qu’il était là entre scs déni enfants, et que j'aiteodais l’arrêt de mon 61a... j'ai fait un vœu et un serment. Le vau, vous l’avez exaucé, seigneur... le serment, je rais l'accomplir.
tr a nouille, allantà eife. Soyez bénie, madame, vous, la plus grande et la plus noble des femmes, vous, qui avci dit, pour récompenser un pauvre homme : Je veux qu'il soit mon époux, et je I aime.
la duchesse. Tranquille, en disant eda, je n’ai point menti.
TRANOUILLE- Madame, je ne songerai au ,i voire gloire... Regardez-moi. ils avalent tort de se moquer du pauvre Tranquille, le vassal dévoué, songeur perdu dans ses études et absorbé dan» ses tendresses; Tranquille, sous le manteau ducal, mériterait leurs risées, j'y suis habitué, mais leur* railleries Iraient jusqu'à vous, et je ne veux
C s ! (A ce moment, /mraissenl par la droite, Jean- Blond et Blanche, Jean-lc Brun et MirtiU, se tenant par la nwrir». Ils passent et vont s agenouiller à l'entrée de la chapelle. En même temps entrent des seigneurs et des dames de la cour . Les orgues jouent depuis le commencement de la scène.)
i.a DOcattsB. Les voilât ils viennent!... ils marchent à l'autel I
tranquille. Ayez pitié! ne les éveillez pas de leur bonheur l Dieu m'a soutenu jusqu'ici, mais la force m'abandonne; laissez-moi m'éloigner sans qu'ils me voient.
la duchesse. Partir 1 vous éloigner ?
tranquille, s'approchant. Tenez, madame, il y a la-bas dan» un petit coin de vos domaine*, vous savez, celte maisonnette entourée de grand* arbres; vou* vou* rappelez, bu temps de noue misère, que nou» dision» : Ah! *i c’était encore a nous! Eh bien! donnez-la moi! j'aurai là mes livres, mes rêves, la solitude... de vieux ami».. . no* enfant* viendront m'y voir... tou* les accompagnerez quelquefois, n’est-ce pas, madame?... i.a drciiesse. Oui...
tranquille. Merci! adieu 1 adieu! (U s'incline et se retourne en envoyant des baisers aux époux, lus Duchesse remonte cl s’agenouille. L’orgue etlêit avec plut de force et les parfums de I encens flottent sur les fronts meiiue*. — Tableau.)