DUO HEROÏQUE
Ombre et lumière.
— Fille du Nord, salut !
— Es-tu ressuscitée?
— Pouvais-je donc mourir?
— Belle, comme elle est belle Harmonieuse enfant laisse-toi contempler !
Je le savais qu'elle viendrait, et moi vers elle J'appelais dans la nuit et chantais : Où est-elle? Je te cherchais, ma sœur, c'est toi qui m'as trouvée !
— Je t'ai trouvée sans voir, sans savoir ; quand je danse, Quand je lève mes bras s'agite l'univers
Et se figure un mort qui sort de son tombeau ; Les mondes à mon pas se meuvent en cadence, Je vais sans savoir où, et mes deux bras ouverts, Mon corps ingénument danse et c'est toujours beau !
— Tais-toi, ne parle plus, laisse-toi contempler, Danse, et sens l'univers amoureux de ta trace Qui t'enlace et te presse, et, ravi, l'air trembler ;
Harmonieuse enfant, mère et sœur, ô Déesse, Danse, ne parle pas, laisse-toi contempler !
— Toi, parle-moi, rêve tout haut, vierge endormie, Ta somnambule voix est ma raison : tu vois
Et je vais, et tu vois où je vais, grave amie :
Où, je ne sais mais vers toi toujours : parle-moi !
— Je parle dans la nuit et médite et devine ; Nul ne m'entend et rien de ma voix n'est perdu : A travers les cerveaux et les cœurs je chemine Comme la goutte d'eau par la racine bue :
Mais toi qui m'es impénétrable et me domine, Insaisissable flamme en marche, quelle es-tu?
— Je suis la Vie et suis l'Amour et la Beauté.
— Je suis le Rêve, la Pensée et sa Musique,
Et c'est l'Amour aussi, l'amour grave et mystique D'un feu intérieur purement sustenté.
— Je suis la Loi.
— Je suis la Grâce et le Salut.
— Celui qui se conquiert.
— Et moi celui qu'on donne, Et qu'on reçoit aussi, qui ne vient de personne ; Aumônière de l'aumône imméritée,
Je suis l'Amour divin, je suis la Charité.
LA DÉVOTION AUX PRINCESSES GARDIENNES
— A tous je donne, moi, bien commun, la Lumière.
— Moi, le Mystère, la lumière d'au-delà, Son horreur et sa sainteté ; je suis la voix Qui dans la nuit rêve tout haut.
— Et moi je danse, Je danse et sous mon pied s'ordonne l'univers : Parle ! je vais danser.
— Enlaçons-nous, ma sœur, Ecoute-nous pendant que moi je nous contemple, A nous deux qui faisons l'unique intercesseur A l'humain ébloui ouvrant le seuil du temple.