‹ Frère tranquilleChapitre 12 sur 13 · HYMNE · texte numérisé non relu

HYMNE

— Salut, clair temple en nous où tourne l'univers ; Tout ce qu'on sent et qu'on pressent et ce qu'on rêve, D'une seule de tes indénombrables grèves, Nefs d'ombre où s'éblouit, peuple d'oiseaux, mes vers, Ne saurait épuiser ses lointains élastiques ;

Nombres, géométriques délires, fumées, Anges tournant, couleurs, volutes de musique, Chœurs de lumière, mots en fleurs : voix animées D'une vie essaimant par trombes eurythmiques ;

Où l'œil de notre esprit est l'immense Oiseau-Tour Dont si haut s'emporte le vol que de sa vue S'éteignent plaines, monts, continents, mers chenues : Car s'annulent ici haut et bas, nuit et jour, Et l'espace et le temps, Ixions insensés.

Là jaillissent, trouant l'orbe substantiel, Innombrable forêt des colonnes lancées Vers éternellement un intangible ciel, L'énorme assomption des humaines pensées, Fusant, fuyant, filant vers un monde irréel, Loin des grossiers encens et des ferveurs glacées.

Au centre frémissant (Dansez, les sœurs divines !) Les deux incessibles Princesses s'examinent ; L'une te darde, ô fièvre de vivre, ô nos joies ; L'autre mène voguer la ronde dévorante Des rêves que le mot plus ne nomme : Immortelles, Mon verbe trébuchant vous épelle en silence.

Page 1