‹ Frère tranquilleChapitre 13 sur 13 · FUTILE · texte numérisé non relu

FUTILE

Sous ce titre, M. François Bernouard traita un gracieux sujet en si gracieux vers libres que l'idée nous vint aussitôt d'en reprendre quelques-uns en vers réguliers, et voici les deux versions.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Sa jupe de velours

Lourd

En extase

Tombe

Le long de ses hanches

Et s'épanche

En forme de vase

Sombre

Puis avec art

Remonte

Harmoniant le maintien

De ses seins

Et semble montrer au passage

En étalage

Aux yeux volages

Deux jolis fruits

Jeunes de beautés

Et savamment cachés

De mousseline

Fine.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— Autour des lombes Tel un beau vase, Sa jupe bombe, Comme en extase, Et puis remonte Suavement A la rencontre Des seins charmants :

Qui se précisent, Rondeurs tendues, Sous la chemise Qui la rend nue.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Futile affective amante Qu'un air joli

De Lulli Rend dolente

Sans se hâter

Comme un papillon

De peluche

Bleuté

Cherche une rose

Et se pose

Votre éventail d'autruche

Fait des tourbillons

Près de vos lèvres

Si mièvres

De Sèvres

Roses.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— Elle me cache son visage Sous l'éventail qui va et vient, Et je crois voir un blanc nuage Voiler les roses d'un jardin ;

Mais l'éventail encor s'agite Et je me figure à présent Qu'autour des lèvres il palpite Un papillon d'or qui visite

Une rose couleur de sang.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Sa bouche est une chapelle d'amour Où les baisers sont des prières

Ses lèvres sont un sanctuaire

Et ne touchent

Nulle autre bouche

Que celle de son amant

Défaillant

Sans blasphémer

Le Baiser.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— La tant belle bouche m'appelle

Faut-il oser ?

0 rose et torride chapelle

Pour m'embraser, Doux et damnable sanctuaire

Où les prières

Sont des baisers !

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Frais

Futile offre son visage

Un pétale

Pâle

Uune rose rose de Mai

Avec deux trous pour voir la nuit

La nuit grande... la nuit

Infinie...

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— Son visage est un champ de fleurs Où ses prunelles sont deux puits Si profonds qu'on a la terreur De se perdre au fond de leur nuit.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Du bout fin de ses jolis doigts Rosés des pleurs

Du cœur

De son aimant

Amant

Futile envoie

Des baisers

De doux et longs baisers

Cachés

Qui vont de ses lèvres à ses doigts

De ses doigts aux lèvres aimées

Ainsi Futile envoie

Son Ame,..

En des baisers.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— Les fins bouts de ses menus doigts Qui m'envoient de si doux baisers, Je sais hélas trop bien pourquoi Ils sont si tendrement rosés :

C'est d'être sans fin arrosés Par les chapelets de pleurs Qu'elle soutire de mon cœur.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Jà

Son front s'incarna D'un émoi

Et pour voiler sa pudeur

Futile cache son visage

Image

De son cœur

D'un bouquet de fleurs

Et de loin

Par ces soins

En ses divins soupirs

Je vois deux fleurs qui se respirent.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— Or ses baisers on les a vus :

Aussitôt s'empourpre son front, Et c'est une rose de plus, Qu'elle cache (mais à quoi bon?) Avec un bouquet de fleurs :

Car ce fait, le faut-il dire, Deux fleurs qui s'entre-respirent.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Puis d'une douceur où la joie S'aperçoit

Mièvrement Futile abandonne

Toute sa personne

Et pardonne

Voilée d'un subtil demi-jour

D'où s'exhale en son frais et calme de voix

Son Amour...

LP: JEU-PARTI DE « FUTILE

— Cependant on me pardonne La surprise de tantôt, Cependant et aussitôt S'abandonne et puis se donne Toute la chère personne.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Ne pensez plus Futile C'est trop inutile

Et votre long silence Dans le soir qui s'allonge Froisse mon espérance D'un mensonge.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— Ne pense plus, Futile, C'est tant inutile, Pense ni ne songe, Ni ne dis : je t'aime :

Ton silence même Est encor mensonge.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Elle sommeille

Calme et belle...

...un parfum me grise

Et sous la douce dentelle

D'une pudique et fine chemise

Son frêle corps est un beau fruit

Dont souffre ma gourmandise

Au rythme de son souffle

Ses seins souples

Vibrent sous le silence de la nuit

Triste... craintif... indécis

Je vous regarde pendant

Que dans le temps

Le bonheur

Fuit.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— Elle dort D'un sommeil tout parfumé,

Tout son corps M'implore encor de l'aimer ;

A travers La vapeur qu'est sa chemise

Cette chair Se tend pour ma gourmandise

Les deux seins Gonflés de suc et de sève

Vers mes faims Sous son souffle se soulèvent ;

Et tremblant, Je considère avec crainte

Le corps blanc Qui soupire après l'étreinte,

Sans me dire, Indigne de ce beau fruit :

L'heure expire, Et le doux bonheur s'enfuit.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Ni la violette ni la rose

Ni le réséda vert et rose

Ne possèdent une douce odeur

Aussi subtile

Futile

Que celle de la fleur Du lilas blanc De vos flancs.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— La violette ni la rose, Le réséda vert et rose N'ont odeur aussi subtile Que ton frêle corps, Futile, Et la fleur de lilas blanc Qu'immortalise ton flanc.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Ah Futile votre amour

N'est jaloux

Quand mes yeux doux

Regardent tout autour

De vous

Et dans vos yeux distraits

La trace

D'un long regret

Passe.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— Futile, ah que ton amour N'est-il jaloux davantage Quand vont en vagabondage Mes regards tout à Tentour De ton doux corps délaissé?

Pourquoi dans tes yeux distraits Passe-t-il comme un regret De je ne sais quel passé?

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Futile ]* écris ces vers Aux rythmes de travers Dans les heures inutiles Des longs jours imprécis De ïan dix~neuf~cent six

Je garde en moi

Vos émois

Et vous rends vos soupirs

Puis aussi

Les jolis

Souvenirs

De vos oublis.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— Je trace ces vers, Futile Pour occuper les ennuis D'heures qui sont inutiles Depuis l'heure où tu m'as fui :

Qu'ils te rendent tes soupirs, S'il se peut, mon souvenir ; Mais la fleur de nos émois Et tout ce que tu oublies, Je le réserve pour moi.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Oh rossignol

A l'esprit fol

Pour l'amour inclémente

Tu chantes dans l'aimable nuit

Et Futile aujourd'hui

Dans mon cœur

Met la nuit

Pour que je chante

Mes douleurs

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— Dans la nuit le rossignol chante En souvenir de l'inclémente,

Mais aujourd'hui C'est Futile qui dans mon cœur

A mis la nuit, Pour que je chante mes douleurs

Et mon ennui.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Toi vu bien des pays

Des plaines et des montagnes

Et des femmes

Sans retrouver

Ton Ame

Toi vu bien des puits Où Veau luit

Des mers et des deux

Sans retrouver

Tes yeux

Parmi les beautés que fai vues

Plus jamais je ne fai revue

Pourtant ou en mes douleurs

Tu vivais en mon cœur

Où tu pleures

Quand je pleure

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— J'ai vu bien des pays, Des plaines, des montagnes, Et des femmes aussi Sans retrouver mon âme :

Et partout les soucis,

Les soucis m'accompagnent !

Et des puits où l'eau luit, Où l'eau luit et m'appelle, Des mers, des cieux aussi Sans trouver tes prunelles :

Ah, que j'ai de soucis Lorsque je me rappelle !

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Sans espoir d'espérance C'est à toi que je pense Quand je pense au Printemps Aux soirs tombants d'antan

Mon amour t'aime encor Bien trop pour {oublier Et trop pour {embrasser Oh ! mon cœur bat si fort

Sans espoir d'espérance C'est à toi que je pense Et tu m'as oublié.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

— Sans espoir d'espérance,

C'est à toi, c'est à toi que je pense , Quand au Printemps je pense, Aux soirs tombants d'antan.

Mon amour t'aime encore,

— Oh mon cœur, oh mon cœur bat si fort ! Bien trop pour t 'oublier

Bien trop pour t'embrasser.

Sans espoir d'espérance, C'est à toi, c'est à toi que je pense, Quand au Printemps je pense, Toi qui m'as oublié.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

D'avoir trop aimé ma maîtresse Qui ne mas jamais bien compris J'ai beaucoup souffert et fai pris Une haine obscure des caresses

D'avoir trop aimé ma maîtresse Et son cœur que je n'ai compris J'en ai méprisé mon esprit Et mon amour et ma jeunesse...

... Comme le temps est passé Notre amour est trépassé Tout est bien... tu m'as quitté En emportant tes caresses

Ah qu aurions-nous fait l'été Dans les mois où l'églantier Jette au cœur des bonds d'ivresse Toi de ta jeune beauté Moi de ma vieille jeunesse.

LE JEU-PARTI DE « FUTILE

Qu as-tu fait, toi que voilà... ?

Verlaine.

Comme le temps est passé

— Moi pleurant, pleurant sans cesse Tout est bien, tu m'as laissé :

Qu'as-tu fait de mes caresses?

Ah, qu'aurons-nous fait l'été

— Moi pleurant, pleurant sans cesse - Dans les mois où l'églantier

Jette au cœur l'aube et l'ivresse?

Qu'as-tu fait de ta beauté

— Moi pleurant, pleurant sans cesse - Qu'as-tu fait de ta beauté,

Moi, de ma vieille jeunesse?

ACHEVE D IMPRIMER LE 12 SEPTEMBRE 1922 PAR F. PAILLART A ABBEVILLE (SOMME).

La Bibliothèque Université d'Ottawa

Échéance

The Library

University of Ottawa

Date due

ITO "do'niliii^

Page 1