FUTILE
Sous ce titre, M. François Bernouard traita un gracieux sujet en si gracieux vers libres que l'idée nous vint aussitôt d'en reprendre quelques-uns en vers réguliers, et voici les deux versions.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Sa jupe de velours
Lourd
En extase
Tombe
Le long de ses hanches
Et s'épanche
En forme de vase
Sombre
Puis avec art
Remonte
Harmoniant le maintien
De ses seins
Et semble montrer au passage
En étalage
Aux yeux volages
Deux jolis fruits
Jeunes de beautés
Et savamment cachés
De mousseline
Fine.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— Autour des lombes Tel un beau vase, Sa jupe bombe, Comme en extase, Et puis remonte Suavement A la rencontre Des seins charmants :
Qui se précisent, Rondeurs tendues, Sous la chemise Qui la rend nue.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Futile affective amante Qu'un air joli
De Lulli Rend dolente
Sans se hâter
Comme un papillon
De peluche
Bleuté
Cherche une rose
Et se pose
Votre éventail d'autruche
Fait des tourbillons
Près de vos lèvres
Si mièvres
De Sèvres
Roses.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— Elle me cache son visage Sous l'éventail qui va et vient, Et je crois voir un blanc nuage Voiler les roses d'un jardin ;
Mais l'éventail encor s'agite Et je me figure à présent Qu'autour des lèvres il palpite Un papillon d'or qui visite
Une rose couleur de sang.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Sa bouche est une chapelle d'amour Où les baisers sont des prières
Ses lèvres sont un sanctuaire
Et ne touchent
Nulle autre bouche
Que celle de son amant
Défaillant
Sans blasphémer
Le Baiser.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— La tant belle bouche m'appelle
Faut-il oser ?
0 rose et torride chapelle
Pour m'embraser, Doux et damnable sanctuaire
Où les prières
Sont des baisers !
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Frais
Futile offre son visage
Un pétale
Pâle
Uune rose rose de Mai
Avec deux trous pour voir la nuit
La nuit grande... la nuit
Infinie...
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— Son visage est un champ de fleurs Où ses prunelles sont deux puits Si profonds qu'on a la terreur De se perdre au fond de leur nuit.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Du bout fin de ses jolis doigts Rosés des pleurs
Du cœur
De son aimant
Amant
Futile envoie
Des baisers
De doux et longs baisers
Cachés
Qui vont de ses lèvres à ses doigts
De ses doigts aux lèvres aimées
Ainsi Futile envoie
Son Ame,..
En des baisers.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— Les fins bouts de ses menus doigts Qui m'envoient de si doux baisers, Je sais hélas trop bien pourquoi Ils sont si tendrement rosés :
C'est d'être sans fin arrosés Par les chapelets de pleurs Qu'elle soutire de mon cœur.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Jà
Son front s'incarna D'un émoi
Et pour voiler sa pudeur
Futile cache son visage
Image
De son cœur
D'un bouquet de fleurs
Et de loin
Par ces soins
En ses divins soupirs
Je vois deux fleurs qui se respirent.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— Or ses baisers on les a vus :
Aussitôt s'empourpre son front, Et c'est une rose de plus, Qu'elle cache (mais à quoi bon?) Avec un bouquet de fleurs :
Car ce fait, le faut-il dire, Deux fleurs qui s'entre-respirent.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Puis d'une douceur où la joie S'aperçoit
Mièvrement Futile abandonne
Toute sa personne
Et pardonne
Voilée d'un subtil demi-jour
D'où s'exhale en son frais et calme de voix
Son Amour...
LP: JEU-PARTI DE « FUTILE
— Cependant on me pardonne La surprise de tantôt, Cependant et aussitôt S'abandonne et puis se donne Toute la chère personne.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Ne pensez plus Futile C'est trop inutile
Et votre long silence Dans le soir qui s'allonge Froisse mon espérance D'un mensonge.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— Ne pense plus, Futile, C'est tant inutile, Pense ni ne songe, Ni ne dis : je t'aime :
Ton silence même Est encor mensonge.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Elle sommeille
Calme et belle...
...un parfum me grise
Et sous la douce dentelle
D'une pudique et fine chemise
Son frêle corps est un beau fruit
Dont souffre ma gourmandise
Au rythme de son souffle
Ses seins souples
Vibrent sous le silence de la nuit
Triste... craintif... indécis
Je vous regarde pendant
Que dans le temps
Le bonheur
Fuit.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— Elle dort D'un sommeil tout parfumé,
Tout son corps M'implore encor de l'aimer ;
A travers La vapeur qu'est sa chemise
Cette chair Se tend pour ma gourmandise
Les deux seins Gonflés de suc et de sève
Vers mes faims Sous son souffle se soulèvent ;
Et tremblant, Je considère avec crainte
Le corps blanc Qui soupire après l'étreinte,
Sans me dire, Indigne de ce beau fruit :
L'heure expire, Et le doux bonheur s'enfuit.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Ni la violette ni la rose
Ni le réséda vert et rose
Ne possèdent une douce odeur
Aussi subtile
Futile
Que celle de la fleur Du lilas blanc De vos flancs.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— La violette ni la rose, Le réséda vert et rose N'ont odeur aussi subtile Que ton frêle corps, Futile, Et la fleur de lilas blanc Qu'immortalise ton flanc.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Ah Futile votre amour
N'est jaloux
Quand mes yeux doux
Regardent tout autour
De vous
Et dans vos yeux distraits
La trace
D'un long regret
Passe.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— Futile, ah que ton amour N'est-il jaloux davantage Quand vont en vagabondage Mes regards tout à Tentour De ton doux corps délaissé?
Pourquoi dans tes yeux distraits Passe-t-il comme un regret De je ne sais quel passé?
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Futile ]* écris ces vers Aux rythmes de travers Dans les heures inutiles Des longs jours imprécis De ïan dix~neuf~cent six
Je garde en moi
Vos émois
Et vous rends vos soupirs
Puis aussi
Les jolis
Souvenirs
De vos oublis.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— Je trace ces vers, Futile Pour occuper les ennuis D'heures qui sont inutiles Depuis l'heure où tu m'as fui :
Qu'ils te rendent tes soupirs, S'il se peut, mon souvenir ; Mais la fleur de nos émois Et tout ce que tu oublies, Je le réserve pour moi.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Oh rossignol
A l'esprit fol
Pour l'amour inclémente
Tu chantes dans l'aimable nuit
Et Futile aujourd'hui
Dans mon cœur
Met la nuit
Pour que je chante
Mes douleurs
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— Dans la nuit le rossignol chante En souvenir de l'inclémente,
Mais aujourd'hui C'est Futile qui dans mon cœur
A mis la nuit, Pour que je chante mes douleurs
Et mon ennui.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Toi vu bien des pays
Des plaines et des montagnes
Et des femmes
Sans retrouver
Ton Ame
Toi vu bien des puits Où Veau luit
Des mers et des deux
Sans retrouver
Tes yeux
Parmi les beautés que fai vues
Plus jamais je ne fai revue
Pourtant ou en mes douleurs
Tu vivais en mon cœur
Où tu pleures
Quand je pleure
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— J'ai vu bien des pays, Des plaines, des montagnes, Et des femmes aussi Sans retrouver mon âme :
Et partout les soucis,
Les soucis m'accompagnent !
Et des puits où l'eau luit, Où l'eau luit et m'appelle, Des mers, des cieux aussi Sans trouver tes prunelles :
Ah, que j'ai de soucis Lorsque je me rappelle !
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Sans espoir d'espérance C'est à toi que je pense Quand je pense au Printemps Aux soirs tombants d'antan
Mon amour t'aime encor Bien trop pour {oublier Et trop pour {embrasser Oh ! mon cœur bat si fort
Sans espoir d'espérance C'est à toi que je pense Et tu m'as oublié.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
— Sans espoir d'espérance,
C'est à toi, c'est à toi que je pense , Quand au Printemps je pense, Aux soirs tombants d'antan.
Mon amour t'aime encore,
— Oh mon cœur, oh mon cœur bat si fort ! Bien trop pour t 'oublier
Bien trop pour t'embrasser.
Sans espoir d'espérance, C'est à toi, c'est à toi que je pense, Quand au Printemps je pense, Toi qui m'as oublié.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
D'avoir trop aimé ma maîtresse Qui ne mas jamais bien compris J'ai beaucoup souffert et fai pris Une haine obscure des caresses
D'avoir trop aimé ma maîtresse Et son cœur que je n'ai compris J'en ai méprisé mon esprit Et mon amour et ma jeunesse...
... Comme le temps est passé Notre amour est trépassé Tout est bien... tu m'as quitté En emportant tes caresses
Ah qu aurions-nous fait l'été Dans les mois où l'églantier Jette au cœur des bonds d'ivresse Toi de ta jeune beauté Moi de ma vieille jeunesse.
LE JEU-PARTI DE « FUTILE
Qu as-tu fait, toi que voilà... ?
Verlaine.
Comme le temps est passé
— Moi pleurant, pleurant sans cesse Tout est bien, tu m'as laissé :
Qu'as-tu fait de mes caresses?
Ah, qu'aurons-nous fait l'été
— Moi pleurant, pleurant sans cesse - Dans les mois où l'églantier
Jette au cœur l'aube et l'ivresse?
Qu'as-tu fait de ta beauté
— Moi pleurant, pleurant sans cesse - Qu'as-tu fait de ta beauté,
Moi, de ma vieille jeunesse?
ACHEVE D IMPRIMER LE 12 SEPTEMBRE 1922 PAR F. PAILLART A ABBEVILLE (SOMME).
La Bibliothèque Université d'Ottawa
Échéance
The Library
University of Ottawa
Date due
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