‹ Fréron, ou, L'illustre critiqueChapitre 4 sur 12 · FRÉRON ET LES COMÉDIENS · texte numérisé non relu

FRÉRON ET LES COMÉDIENS

En jouant l'Écossaise , les Comédiens- Français n'obéissaient pas seulement au ressentiment de M. de Voltaire; ils donnaient aussi satisfaction à leurs rancunes personnelles. Fréron ne les ménageait pas; il leur disait sensément et nettement la vérité, ce qui est la chose que les comédiens aiment le moins à entendre. Ils furent donc charmés de ce succès , et ils représentèrent la pièce trois fois par semaine. Pendant ce temps , Voltaire en faisait imprimer une seconde édition , augmentée de la Requête aux Parisiens, et d'un Avertissement où il continue de parler au nom de Jérôme Carré. On n'en lira pas sans stupeur l'extrait suivant :

u Comme ce Fréron avait eu l'inadvertance de se reconnaître dans la comédie de l'Écossaise , le public le reconnut aussi . La comédie était sue de tout le monde par

cœur avant qu'on la jouât , et cependant elle fut reçue avec un succès prodigieux. M. Jérôme Carré, au sortir du spectacle, fut embrassé par plus de cent personnes, (c Que vous êtes aimable, monsieur Carré, (( lui disait-on , d'avoir fait justice de cet (f homme dont les mœurs sont encore plus K odieuses que la plume 1 — Eh ! Messieurs, « répondit Carré, vous me faites plus d'hon- <( neur que je ne mérite ; je ne suis qu'un (' pauvre traducteur d'une comédie pleine <c de morale et d'intérêt. » Comme il parlait ainsi sur l'escalier, il fut barbouillé de deux baisers par la femme de Fréron. « Que u je vous suis obligée, dit-elle, d'avoir « puni mon mari ! Mais vous ne le corri- « gérez point. »

D'aussi épouvantables plaisanteries se passent de commentaires.

Que faisait Fréron cependant ? Le croirait-on t il retournait à la deuxième représentation de l'Ecossaise, comme s'il avait voulu en appeler du public ivre au public à jeun. Cette nouvelle épreuve ne servit qu'à le convaincre de la puissance et de

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