‹ Fressin; histoire, archéologie, statistiqueChapitre 110 sur 136 · L^ÊOOLB AVANT LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

L^ÊOOLB AVANT LA RÉVOLUTION

L'école primaire était, avant la Révolution, sous l'autorité de l'Eglise. La lecture, l'écriture et le calcul étaient enseignés par le curé ou par ses délégués. L'inspection de l'école était faite par l'Archidiacre, quand il venait visiter la paroisse au nom de Tiivêque. L'enseignement profane avait pour fin première de conduire à l'enseignement religieux. Si le maître d'école était un laïque, ses élèves le nommaient Notre Maître ; les grandes personnes l'appelaient Magister, quand elles lui adressaient 1^ parole ; elles le nommaient Le Clerc, quand elles parlaient de lui. C'est qu'alors les fonctions de clerc, je ne dis pas de chantre, mais de clerc, c'est-à-dire de membre du clergé, d'auxiliaire du curé pour le service de l'église et pour l'administration des sacrements, n'étaient point la partie accessoire, mais bien la partie principale de sa besogne. Le magister le comprenait bien ainsi et s'en faisait gloire. — Il était heureux et fier de revêtir le surplis aux offices chantés, et jusque dans la coupe des cheveux qu'il portait longs par derrière, il avait à cœur de se montrer homme d'église. ^

Ceci est mis parfaitement en lumière à propos d'un curieux différend qui s'éleva, non loin d'ici, en 1747, à Cavron, entre le curé de cette paroisse et les

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habitants. Le curé Beuvry (l) desservait les trois villages de Wambercourt, de Saint-Martin et de Cavron, plus le hameau de la Loge Cornillon. Chaque dimanche il disait une messe à Wambercourt ; il- en disait une seconde, alternativement un dimanche à Saint-Martin, un dimanche à Cavron. Quand il n'y avait pas de messe à St Martin, les habitants de cette paroisse, qui était à la fois matrice et centrale, allaient, selon leur convenance, à Cavron ou à Wambercourt. De plus, les habitants de Saint-Martin avaient un clerc lay « pour instruire les enfans, et accompagner leur curé lorsqu'il va leur administrer le saint Viatique eu l'Extrême-Onction ».

Cavron a eu de tout temps un chapelain, et ainsi les habitants avaient messe et vêpres quand le curé de Saint-Martin n'allait pas chez eux. Mais depuis deux ans ils n'en veulent plus avoir. Ils se contentent d'une messe tous les quinze jours. Ils n'ont même pas un maître d'école pour apprendre à lire et écrire aux enfants... 'Ecoutons la plainte du curé Beuvry: « Le curé, écrit-il, est réduit à sonner lui-même le service divin, allumer les cierges, préparer le vin, Teau et autres choses nécessaires au sacrifice ; il est privé d'assistant, tant le jour que la nuit, lorsqu'il porte les Sacremens aux malades , et les saints décrets veulent que les curés soient accompagnés d'un clerc revêtu de stirplis dans l'administration des Sacrements. L'on peut voir pour cela le canon i8 du concile de Marcial '2), tenu en 1326. > Il ajoute d'autres considérations : Le curé ne peut s'aventurer la nuit, dans les rues de Cavron . sans un porteur de lanterne.

( 1 ) f rcrc utérin de Varlet, le curé d'EpcrIccques, mentionné aux fondations.

(a) Nous n'avons pas trouvé mention de ce concile dans l'histoire de l'Eglise, ni même le nom de la ville où il se tint.

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Si non, il est exposé à périr dans les boues et dans la rivière qui traverse le village, et qui n'a pour pont qu'une planche ou madrier. .

Les habitants de Cavron répondent qu'ils trouvent leur profit à faire venir, le dimanche, un Récollet du Biez.

A quoi le curé Beuvry réplique que c'est une vaine excuse , qu'on a fait venir un religieux du Bize quelques dimanches pour ménager la transition, que cela n'a pas duré, et qu'au surplus, il ne suffit pas d'avoir une messe. Bref, il demande à la Cour :

€ Qu'elle les condamne à prendre rncessamment à leur service, comme ils conviennent et disent d'avoir fait dans tous les temps, un prêtre pour leur administrer les Sacremens au défaut de leur curé, et un clerc lay pour l'instruction de leurs enfans, tant dans la religion que dans les autres choses convenables à leur éducation. »

Si cette pièce n'est pas précisément à l'éloge des habitants de Cavron en l'an 1747, elle est tfès curieuse, quant aux renseignements qu'elle renferme sur les fonctions des maîtres d'école à cette époque.

L'école de Fressin, aux siècles passés, était une école mixte, dirigée tantôt par un laïque tantôt par le vicaire de la paroisse. Les maîtres laïques étaient généralement obligés, pour recevoir une approbation régulière, de se rendre à Boulogne, où ils subissaient un examen devant l'évêque ou son délégué. En 1703, le clercq-chantre laïque et maître d'école à Fressin se nommait Lefebvre. Il avait une haute estime pour les fonctions qu'il était appelé à remplir à l'église, à l'imitation des Saints, dontplusieurs se jugèrent indignes de cette familiarité avec nos augustes mystères.

En 1715 , il était remplacé par un autre laïque nommé Jean Thomas. Ce < n^aistre d'eschoUç » était

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négligent. L'archidiacre François Abot lui donne une mauvaise note dans son registre, où il consigne cet avertissement : < Il doit mieux instruire. >

Dans le rapport de 1725, nous lisons au sujet de Fressin: < il n'y a point d'autre maître d'école que le vicaire (François Brunet) ; il tient l'école des garçons et des fiUes dans la même place. Les garçons sont rangés d'un côté de la place, et les filles de l'autre. On enseigne depuis huit heures du matin jusqu'à onze, et depuis deux jusqu'à cinq. Les garçons sortent en bon ordre quelque temps devant les filles. Knsuite on les conduit à l'église en bon ordre, où on fait le salut tous les jours. On est très content de son assiduité à l'école. >

Nous aurions peut-être ici deux bonnes leçons à prendre pour la tenue des enfants dans la rue et la manière de les façonner aux habitudes pieuses.

En 1780, le « magister » de Fressin se nommait Jean-François Branquart. Il reçoit 40 livres du comptable de la fabrique, pour avoir pendant quatre ans, de 1776 à I780, housse et balayé l'église ; 164 livres, pour avoir, pendant le même espace de temps, remonté tous les jours l'horloge publique ; 126 livres I sol pour avoir, en sa qualité de < maistre d'escole >, fait la classe aux enfants pauvres hors d'état de payer.

La rétribution scolaire, en 1725, était de 4 sols par mois pour les écoliers qui écrivent ; de 3 sols et demi pour ceux qui ne font que lire. (I)

(1) A Auchy, J.-B. Hugues, qui était maître d'école et clerc-lai'quc depuis dix-sept ans, fut sans doute conge'dië par le cure constitutionnel Lagache. Le Conseil général de la Commune fit alors faire des publications et apposer des affiches à Auchy et dans les communes voisines pour avoir un maître d'école. Personne ne se présenta. C'était en novembre 1792, l'an l*^*" de la République française. Force fut donc au Conseil général de traiter avec Hugues. On lui permit de recevoir 5 sols par mois des commençants et* de traiter

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Jean-François Branquart mourut le 23 mai I781 , âgé seulement de 46 ans.

Il fut immédiatement remplacé par un jeune homme du pays, nommé Jean-Baptiste Dupond, né en 17 $6» Établi «maître d'école,» J,-B. Dupond se maria l'année suivante.

L'école se tenait, avant la Révolution,, sur la place ou marais, que l'on nomma longtemps € le marais de l'école. >

§. 2 — Idée sommaire de l'Histoire

DE l'EnSBIGITEMENT EN FrAÎÎ^CB.

Cet article est un hors-d'œuvre! va peut-être s*écrier un lecteur prévenu. Hors-d'œuvre, si l'on veut; mais •nous estimons qu'il est de notre devoir, quand l'occasion se présente d'émettre une vérité utile, de saisir cette occasion, et c'est bien ici le cas. La vérité ne profitât-elle qu'à une seule intelligence, nous nous féliciterions de n'avoir pas trop pris garde aux règles de la composition littéraire, Veritas nos liberabit. Au

avec les autres. Mais voici qui met en évidence combien, dans l'idée populaire, même aux plus mauvais jours de la Révolution, la charge de maître d'école était unie aux fonctions de clerc-laïque. Quoique Hugues ne soit plus employé par le curé, le Conseil général lui impose l'obligation de balayer l'église une fois par semaine, de sonner V Àngeln$ le soir, le matin et à midi, de sonner la cloche tous les vendredis à tiois heures, et de fermer les barrières du cimetière, le tout moyennant la somme annuelle de 24 livres, qui lui sera payée par trimestre, par le receveur de la fabrique, sur un mandat des administrateurs. Il a la jouissance de la maison d'école avec ses dépendances et le jardin.

Le curé intrus se pla-gnit que la commune salariât Hugues malgré le vœu des bofis citoyens ; il demanda au Conseil général de lui fournir un assistant pour le servir à l'autel et aux administrations. Le Conseil répondit à sa demande par une fin de non-recevoir.

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surplus, un hors-d'œuvre, au milieu d'une lecture trop souvent aride, doit être un repos.

De l'article qui précède il résulte que l'école primaire, avant la Révolution, relevait de l'autorité religieuse. C'est trop peu dire : l'enseignement primaire était une des fonctions du ministère pastoral. Le maître d'école était le vicaire du curé ou le principal employé de son église.

Les pauvres recevaient gratuitement cet enseignement élémentaire, qui ne coûtait, d'ailleurs, que très peu aux plus riches. Tout était modeste, le local, le mobilier, la rétribution scolaire, le fourniment de rélève. Le programme aussi était des plus sommaires ; néanmoins on trouvait souvent dans nos paroisses une élite sachant écrire correctement et compter d'une manière suffisante. Le cours des années aurait donné à cet enseignement tous les développements dont il était susceptible.

L'enseignement secondaire, — plusieurs seront bien surpris de notre assertion, — était plus suivi et plus répandu qu'il ne l'est à l'heure présente. Il y avait des collèges dans toutes nos villes. Hesdin eut un collège dirigé par des Pères de la Compagnie de Jésus, et un petit séminaire limité à douze élèves qui suivaient les cours de ce collège. Tous les établissements d'enseignement secondaire étaient dirigés par des ecclésiastiques. Quand, sous Louis XV, la monarchie fit les affaires de ses ennemis en leur sacrifiant les Jésuites, nul ne pensa à leur substituer des maîtres laïques; on remplaça les Pères par des prêtres séculiers. On ne comprenait pas qu'une maison d'éducation pût n'être point placée sous la main et la direction de l'Eglise. ^

Quant à l'enseignement supérieur, il n'était pas arrivé à la hauteur qu'il a atteinte depuis. Les

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sciences et la médecine étaient dans l'enfance. La France comprenait vingt Universités, où la faculté de théologie tenait le premier rang, en fait comme en droit.

Sans sortir du cercle des dogmes définis, les Universités avaient des tendances diverses. Ainsi, par exemple, tandis que l'Université de Paris, qni jouissait pourtant d'une renommée européenne, aimait à s'aventurer sur les frontières de l'erreur, l'Université de Douai resta constamment ferme sur le terrain de l'orthodoxie. D'autre part, il n'y eut pas toujours un accord bien parfait entre les prêtres séculiers rattachés aux Universités, et ceux qui faisaient partie des Congrégations enseignantes.

Le principe ancien était donc la liberté, je veux dire la liberté naturelle d'enseigner, non une liberté réglementée par des lois.

.De même que nos pères ne demandaient pas à l'Etat de se charger de nourrir, de vêtir, de doter et d'état»lir leurs enfants, l'Etat ne songeait pas non plus à imposer aux familles une doctrine à lui, ni une méthode à lui, ni des maîtres à lui.

Mais comme la France était profondément etessentiellement chrétienne, elle acceptait sans en demander d'autres, l'enseignement que l'Église lui offrait, et l'Église, en fondant .ses Universités, ses collèges et sea écoles, obéissait au Maître qui lui avait dit : Allés, enseignez toutes les nations.

D'aucuns se persuadent que les choses n'iraient pas plus mal, même de nos jours, si l'Etat, se contentant de ses Écoles spéciales, laissait toute liberté aux particuliers et aux associations, aux pères de familles, aux paroisses et aux communes, d'ouvrir des écoles, ne se réservant que le droit de les encourager et d'intervenir en cas de désordre.

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Au régime de liberté succéda le régime du bon plaisir.

La Révolution avait tout détruit ; il fallut réédifier. En 1808, Napoléon V créa l'Université impériale. Loin d'en exclure la Religion, il l'invitait à y entrer pour le bien de sa dynastie. Le clergé devait, dans sa pensée, être un instrument de règne . L'empereur imposa à ses professeurs laïques un costume particulier, une toge qui les faisait ressembler à des magistrats. Il eut voulu les voir renoncer à la famille et rester dans le célibat,

L'Université devait avoir le monopole de l'enseignement. Par elle, Napoléon voulait façonner les jeunes générations au gré de ses aspirations autoritaires, les mouler à sa convenance. Œuvre de génie, mais engin de despotisme. Aucun collège ne put s'ouvrir, en dehors de l'Université, que moyennant une autorisation spéciale difficilement accordée, et à condition de suivre les méthodes et les programmes officiels et d'acquitter une sorte de tribut à la corporation d'État.

Malgré les avances faites par Napoléon au clergé, malgré sa volonté clairement manifestée que la Religion fût à la base de l'enseignement universitaire, il se forma dès le principe une doctrine particulière en opposition avec la doctrine catholique. Cela était fatal, dès lors que le corps enseignant ne se confondait pas avec l'Église ou ne relevait pas absolument d'elle. Un corps enseignant a nécessairement une doctrine, et si ce corps n'a point de règle, sa doctrine sera déréglée. Ceci soit dit pour le corps en général, pour l'institution, sans méconnaître les très honorables exceptions qui

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s'y rencontrent. On a vu en effet d'excellents chrétiens parmi les professeurs de l'Université, et même d'éniinents apologistes.

Que l'Université soit d'instinct anti-catholiqu«, on a pu le voir quand le hasard des événements eut fait passer le pouvoir aux mains des chrétiens. Institution d'Etat, elle fit alors une opposition sourde aux détenteurs de l'autorité.

Toutefois, l'Eglise n'eut longtemps à gémir de l'éducation universitaire que pour les lycées et les collèges.

L'enseignement supérieur donné dans les Facultés était généralement moins sectaire. 11 ne s'adressait, d'ailleurs, qu'au très petit nombre, et ceux qui le suivaient étaient plus en état de le juger.

Quant à l'enseignement primaire, il resta confessionnel et paroissial sous Napoléon, sous Louis XVIII et sous Charles X, comme il avait été^ sous l'ancien régime. Le maire et les conseillers municipaux, les pères de familles et le Curé eurent le choix du maître

La loi Guizot, promulguée en 1833, modifia cette situation. L'école primaire entra davantage dans l'Université. Mais l'Université voulut encore que les prières et l'instruction religieuse fussent l'objet des premiers articles du Règlement. Les livres de lecture furent toujours les anciens et bons livres de religion : le Catéchisme, l'Histoire de l'Ancien Testament, la Vie de Notre-.Seigneur Jésus-Christ, les Devoirs du Chrétien envers Dieu, etc.

Cependant, l'esprit universitaire avait plus ou moins pénétré dans nos communes rurales; l'enseignement perdait de sa simplicité, et les programmes sacrifiaient la solidité à l'étendue. Il arriva aussi un moment, après février 1848, où un certain nombre de jeunes instituteurs manifestèrent des tendances qui effrayèrent des hommes d'Etat sceptiques tels que M. Thiers et M. Cousin, au

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point de les porter à faire alliance avec de.s catholiques tels que Montalembert et Falloux, qui demandaient depuis dix-huit ans la liberté d'enseignement toujours promise et jamais accordée.

Nous arrivons à une troisième période de l'histoire de l'enseignement en France : la période d'une demiliberté difficilement obtenue, plusieurs fois mutilée, et qui ne dispense pas ceux qui veulent en profiter de contribuer de leurs deniers à l'entretien de l'enseignement d'Etat.

La loi du 15 mars 1850 ne s'occupa point de l'enseignement supérieur. Elle donna plus de facilité pour ouvrir des écoles primaires et des maisons d'enseignement secondaire. Quantité de collèges catholiques datent de cette époque.

Quelques temps, la dénomination d'Université cessa d'être en usage ; les maisons de l'Etat s'appelèrent les maisons de l'instruction publique. On espéra briser le particularisme de la corporation en créant des Académies départementales.

Quelques esprits extrêmes critiquèrent amèrement la loi de 1850 comme une loi insuffisante. A les entendre, M. de Montalembert, M. de Falloux, l'abbé Dupanloup et autres, faisaient les affaires de l'Université; sans eux, le Président de la République aurait détruit l'œuvre de son oncle. Mgr Parisis, qui avait tant désiré la loi, fut ébranlé par ces critiques et n'osa point la voter.

Devenu maître absolu, Napoléon lil se chargea

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lui-même de justifier les catholiques qui avaient fait la loi de liberté. On ne tarda pas à supprimer les Académies départementales; on les remplaça par seize Académies universitaires, et, pendant tout 4'Empire, le système du gouvernement fut constamment de fortifier l'Université et d'apporter des entraves au développement des maisons libres.

En dépit de toutes ces variations, la Religion était toujours en honneur à l'école primaire publique. Le gouvernement ne traitait pas en ennemis ceux qui usaient de la liberté que la loi leur laissait. Un prêtre chargé de paroisse pouvait ouvrir une école en concurrence avec l'école communale, ainsi que le fit un jour M. Bonhomme. Parce que l'on était membre de l'Université, on n'était pas pour cela privé de la liberté de choisir pour ses enfants la maison d'éducation qui avait vos" préférences; ainsi M. EUiott, professeur d'Anglais au Collège d'Arras, pouvait mettre son neveu, Georges Harris, au Petit Séminaire, et M. Laserre, inspecteur de l'enseignement primaire à Saint- Orner, mettait son fils au Collège Sainte-Marie à Aire, tandis qu'un autre inspecteur, M. Legrand, de S^ Pol, envoyait le sien occuper une chaire à Marcq, sans rien avoir à redouter de ses chefs.

En ce temps-là, nul inspecteur ne serait allé à l'école du village sans avoir au préalable visité le presbytère. J'en ai vu un, l'année de la guerre, qui me prônait l'école obligatoire, et qui se récriait, quand, pour justifier l'opposition des catholiques, je lui disais que Fécole obligatoire pourrait bien devenir un jour l'école sans Religion. Il reconnaissait qu'il n'y a vraiment qu^nne seule chose de néeessairi\ et il avaît l'air presque scandalisé de ce qu'il appelait mon indifférence à l'endroit de l'instruction religieuse des jeunes écoliers. Hélas ! par une étrange contradiction, on

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critique aujourd'hui les siècles anciens où l'autorité civile usait de son influence pour cettt seu/â chose nécessaire, et Ton emploie le Compelle intrarey la contrainte matérielle ou morale, pour un enseignement infiniment moins indispensable, quelquefois potir un enseignement funeste !

En 1876, l'Assemblée Nationale donna enfin la liberté de l'enseignement supérieur. La même Assemblée se proposa aussi, sous le ministère de M. Ernoul, d'améliorer l'école primaire et de modifier la loi existante dans le sens d'une plus grande liberté laissée aux Communes et aux pères de famille.

La réaction ne tarda pas à suivre. On a enlevé aux groupes de Facultés libres leur nom d'Universités; on leur a retiré toute participation aux jurys d'examen et à la collation des grades. Et, en attendant qu'on s'en prenne aux Collèges libres, on s'est attaqué à l'enseignement populaire, en changeant radicalement le caractère des écoles publiques, qui étaient restées avant tout des écoles chrétiennes.

Les événements ont détruit en France l'unité religieuse. On comprend que les dissidents craignent le prosélytisme d'un maître catholique. Que l'on ouvre une école protestante où il y a vingt enfants protestants. Mais que tout enfant catholique trouve .aussi dans sa commune une école de sa Religion. A notre sens, il est essentiel que l'école soit confessionnelle.

L'école neutre I La neutralité est-elle chose possible? Notre-Seigneur a dit : Celui qui n'est pas avec moi est contre moi.

Ces petits enfants qui vont à l'école du village, ils sont nés par le baptême à la vie spirituelle. Cette vie a besoin d'être sans cesse alimentée. La cloche de l'église sonne V Angélus à midi, à l'heure oiî les enfants sortent de la classe ; chez eux, leurs parents les font

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mettre à genoux pour adorer le Verbe qui s'est fait chair ; le vendredi, à 3 heures, la cloche rappelle aux fidèles qu'un Dieu est mort pour eux sur la Croix, et les invite à réciter 5 Pater et 5 Ave : d'autres fois, la même cloche sonne pour les avertir qu'un membre de la famille paroissiale vient de paraître devant Dieu et réclame l'aumône d'un De Profnndis, Jadis, en toutes ces circonstances, on interrompait un instant la classe, et l'enfant contractait d'excellentes habitudes qu'il conservait toute sa vie. La neutralité scolaire met un obstacle à cette alimentation surnaturelle. La plupart de nos instituteurs, du moins parmi ceux qui sont entrés dans la carrière avant les nouvelles lois, ont été élevés dans des sentiments de foi, par des parents chrétiens, et souvent dans des établissements chrétiens. Ils entendent l'appel du divin Maître : Laissez venir à moi les petits enfants. Ils voudraient répondre à cet appel. Dans le choix des livres, dans les dictées orthographiques, les devoirs de rédaction, les leçons d'histoire, dans tout l'ensemble de leur enseignement, ils peuvent, sans effort de leur part, sans fatigue pour l'enfant, élever l'âme de cet enfant vers Dieu, pour qui elle a été créée, et ils n'ont pas le droit d'user de ce moj^n, ils n'ont pas le droit de remplir leur premier, leur plus agréable devoir! Les petits ont demandé du pain^ et ils n^ont trouvé personne pour leur en donner.

Quelle lacune ! Et que dire des écoles dont les titulaires sont manifestement étrangers, sinon hostiles à la foi catholique et aux pratiques qu'elle impose ?

Les Chambrçs ne se réunissent pas seulement pour voter le budget et discuter des lois nouvelles ; elles modifient bien souvent et abrogent parfois des lois anciennes, et naeme des lois qu'elles ont votées la veille. Depuis dix ans, on a révisé la Constitution ; on a même changé deux fois le mode d'élection des députés. Or,

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ô'il est permis de demander tel ou tel changement dans la législation, il doit l'être surtout de demander que la Religion, dont Montesquieu a dit qu'elle était nécessaire au bonheur des Etats, soit de nouveau placée à la base de l'éducation dans tout établissement, tant public que privé. Tout catholique doit préparer cette œuvre de réparation par ses votes, ses conseils et surtout par ses prièies.

§ 3. — If os ÉCOLES DEPUIS LA KÉVOLUTION.

En 1802, Jacques-Joseph Michault était maître d'école à Fressin. Il avait une fort belle écriture.

Cette année-là, en décembre, on convoqua le Conseil général de la Commune pour le 5 nivôse, en vertu d'une circulaire du 4 frimaire (24 novembre) relative à l'organisation des écoles primaires. Désormais, M. Michault prit le titre d'instituteur.

Le 5 fructidor an XII (23 août 1804, il fut décidé que le lendemain, 6 fructidor, il y aurait un concours pour pourvoir au remplacement du sieur Michault, qui avait quitté Fressin. Le poste se trouvait vacant ; il importait donc de trouver un instituteur pour la réouverture des écoles.

Le nouvel instituteur fut l'ancien maître d'école de 1781, Jean-Baptiste Dupond, dont l'écriture laissait beaucoup à désirer. Mais il avait une belle voix, et c'était une qualité dont on faisait beaucoup de cas.

Dupond exerça les fonctions d'instituteur à Fressin depuis 1804 jusqu'en 1817 sans brevet. Mais une ordonnance royale du 29 février 181 6 ayant rendu le brevet obligatoire, Jean-Baptiste Dupond, bien qu'âgé alors

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