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L'ÉPAULE

Le nom de ce fief s'est écrit de plusieurs manières L'Épault, L'Espault, L'Espaulle, L'Épaulle, etc.

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Une carte du diocèse de Boulogne, dressée sou» M. de Pressy, marque une église ou chapelle à « Lespault. )>

Jean de Lespault fut l'un des plus généreux bienfaiteurs de l'église de Fressin.

Le dernier seigneur de L'Espault fut Messire Philippe-Marie-Joseph Quarré du Repaire, qui fut aussi le dernier seigneur d'Hermaville. Il avait en censives, à Fressin, un revenu de 50 livres, et, en droits seigneuriaux, 15 livres (i).

M. Quarré du Repaire était le trisaïeul des châtelains actuels de Bouvigny-Boyelle. La famille Herreng de Boisgérard a vendu la plus grande partie de sa propriété de Fressin aux auteurs du propriétaire actuel, qui est M, Emile Desmons. Toutefois, ils en ont conservé une partie, environ soixante-dix mesures.

La terre de L'Épault comprenait environ deux cent dix-huit mesures.

En 1628, M. de la Dienné a donné à l'église de Fressin un fief de son nom, attenant au fief de l'Épaule. Par ce fief, l'Église était seigneur temporel.

§ 3. — Le Tronquot.

Le centre de ce fief, à mi-côte sur la rive gauche de la Planquette, n'est qu'à quelques centaines de mètres de l'église de Fressin. Il en est fait mention dans des titres du XIV<= siècle. Vers 13 10, un Guillaume, Cadet de Créquy est dit seigneur du <Tronquoy >. Il meurt sans postérité.

Eu 1628, le seigneur du Tronquoy, Philippe de la

(1) Archives départem.: C. Htats d'Artois. Vingtième, 176^.

Les Seigneurs 105

Motte, ëcuyer, était lieutenant- général du bailliage d'Hesdin.

En 1741, le seigneur du cTronquois» était François Souillart.

Le 4 mars 1750, Pierre-François Petit, époux d'Aldegonde-Thérèse Thélu, meurt âgé seulement de 48 ans . Il est également € seigneur du Tronquoi ».

En 1775, < le seigneur du Tronquoy > est Jean- François VioUette, époux de Marie-Rose Petit. Il meurt, cette année-là, âgé de 70 ans.

la ferme du Tronquoy avait, en 1808, une culture de 34 hectares.

Elle est aujourd'hui la propriété de M» Jules Cordier, de Saint-Omer ; elle a été, pensons-nous, achetée par son aïeul, qui était de Sains.

§ 4. — L'Bemitagb.

En 1663, le fief de l'Hermitage relevait de quatre seigneuries: i^ de l'Epaule; 2° du château de Fressin; 3° et 4° sur Planques; de Saint-André-Ies-Aire et des Granges, et parties en coteries.

La ferme, qui comprenait 250 mesures, était la propriété de Jacques Hanoeq, seigneur de l'Hermitage, qui l'avait héritée de son aïeul.

Son fils, Pierre Hanocq, seigneur de l'Hermitage, fit aveu et dénombrement le i" mai 1673.

Sa fille, Antoinette Hanocq, héritière de la seigneurie, épousa Antoine Sauvage, propriétaire à Cavron, lequel devint ainsi seigneur de l'Hermitage.

Jacques Sauvage, son fils, principal héritier, seigneur de l'Hermitage, était propriétaire, demeurant à Œuf, au 17 décembre 1707,

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Antoinette Sauvage, sa fille, dame de l'Hermitage, épousa André de Wailly, propriétaire au franc fief de Regnierville, à Wambercourt. André de Wailly devint ainsi seigneur de rHermitage.

Louis-Edouard de Wailly, leur fils, qui mourut en 1740, était seigneur de l'Hermitagc et du fief vicomtier de Camolsy.

La seigneurie de Camoisy, située sur le territoire du bourg de Fruges, valait à M. de Wailly certains petits droits féodaux, dont la terr^ de l'Hermitage était piivée.

Son fils, Edouard-François-Nicolas de Wailly, seigneur de Camoisy et de l'Hermitage, naquit au commencement du siècle dernier, sur le franc fief de Regnierville, en la paroisse de Wambercourt. Il mourut à Capelle en 1803.

Après lui, Jacques-Joseph de Wailly de Camoisy, son fils, devint propriétaire de l'Hermitage.

Jacques-Joseph eut pour successeur son fils Monsieur Charles-Joseph de Wailly de Camoisy, propriétaire actuel de la ferme de l'Hermitage depuis 1843.

Cette propriété, réduite par suite de mutations à 42 mesures, s'est accrue jusqu'à la contenance de 89 mesures, par suite d'acquisitions faites par M. Charles- Joseph de Wailly de Camoisy.

Il existait autrefois à l'Ermitage un petit castel en pierre blauche. Ne Thabitant pas, Edouard-François- Nicolas de Wailly de Camoisy jugea plus simple de le faire démolir. Il réduisit de moitié la cour pour en tirer parti et la transformer en pâture ou potager.

§ 5. — Le Plouy.

Le Plouy. Ploich, Plouich. Il y a dans le départetement plusieurs fermes, ou hameaux de ce nom.

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Les Srignkurs !07

Deux de Herly, censîers au Plouy, sont inscrits au nécrologe de 1633.

En 1740, le 9 janvier, Marie Potin, épouse de Martin Hochard, « décéde'e au Plouich, paroisse de Fressin >, est inhumée dans l'église de Planques.

En 179 1, le fermier < du Plouy > était Jacques-François Laisné, époux de Charlotte Merlen. Il mourut, cette année-là, âgé de 70 ans.

La grande ferme du Plouy, occupée aujourd'hui par M. Emile Dcnoyelle-Cousin, appartient maintenant à Madame de Logivière, qui Ta recueillie dans la succession de M. le chevalier de Bray et de son épouse, tous deux décédés à Sainte-Croix-sur-Buchy (Seine Inférieure).

L'autre ferme est la propriété de M. Brunelle, qui l'occupe lui-même.

Les Baux, famille éteinte, bienfaitrice de l'église en notre siècle, avaient leur habitation au hameau du Plouy.

§ 6. — Barles.

Le censier de Barles mourut, en 1635, ainsi que sa femme ; il se nommait Penet.

Le fermier de 1738 se nommait François Le Bel. Il mourut à l'âge de 54 ans.

Nous avons ensuite Jean-François Thullicz, époux de Marie- Antoinette Rémaux. Fermier de Barles en 1743, il y mourut en 1773.

Les Mahieu occupent ensuite la ferme de Barles. Le fermier de 1756 était un Mahieu, Le 26 octobre 1786, la fermière, Marie-Marguerite-Joseph Desmarle, meurt âgée de 69 ans. Son mari, qui lui survécut, était Pierre-Joseph Mahieu.

Frïïssin

En 1805, Joseph Mahieu était artiste vétérinaire à Fressin. Il perdit, en 1807, sa femme, née Angélique Baudelle. Il mourut le 6 février 1828, âge de 80 ans. Moïse Berthe avait épousé sa fille.

La ferme de Barles a passé récemment de la famille Briche à M. J, Annequin, qui Ta revendue à Madame la baronne du Châtelet, de St-Leu. Elle est. occupée par M. Augustin Denoyelle-Savreux.

DE

R.^OXJr. DE OR.É1QUI

Reproduction du texte donné, au siècle dernier, dans les Nouvelles historiques.

Ly Roy Loys le Josne heyant empreins se crois, Youlières 11 suihir tous lies brafs Freiicliois. Cuentes, prioches et barons, toute josne nobleisse À s^eorolier très tous montroieut bien de li preisse.

Eun pouissant cliievalier, jouxte le Boulonnoy, Treis noble, posseissant del cunctey de Ternoy Ly quint, aveiik le vieil sire Guiard sen père, Si croisia pour allier ous lins saints a le guière.

Chiou chievalier estoy preux et de boen renom, Doutable et qui portoye de Créki le surnom . Pour sie compaigne avoye espeusiè eune femme. En cheile meisme annèye, qui estoye foirt belle dame.

Lie dame estoye encheinte adonc s*enroIement Que fesitsen baron sans sen assenlement, Haugriés us et cousteume, dont feut si astristieyée K'ones en avoye mie veue de si déconforteyée.

Hoes li boen cbievalier féal et treis courtois, Par amitéyjse dame loudis reconfortois, L*enhortant d'assentir a sie sainte pourmeisse, Sans pleus l'en destourbier par si grande destreisse.

Goo^e

Li vieil sire à le dame disoye en Tenhortaul : Outremer gion estéy deuriant men josue temps; Enroliéy ou m'euvoye sans cougiéy de men père ; Sye en feu bien geoyeu estiou me dame mère.

Vos barons veyra teil peregriner sien roy Sen alier ouslius saints batailler pour la foy, Et josne et preux demourier oisieux en Frenche A trente ans ? il aroye^ vergogne et mesprisienchc.

A le parfiu le dame poussièye par dévotion Peut riesout dassentir ou vœu de sen baron : S'enrolières aveuk l'y estons deux de sies frères, Et vingt-sept escuyers rengiés subs se bannière.

Quand le nouviel feu veneue deu triesle parlement, Le dame dans sen lit pUiiroye amèrement ; Li chievalier perplex, oullraigiéy de Irieislaisse, Le print inler sies bras, et foet chele pouru.eisse :

Giou le jure, mamie, amour et feyaulteye ; Sy ly prendatit sie main, sen anniau li a ostéye, Soudein léyhant rompu et mis en deux parties, Sy li en ballia eune, et wardia li moitiés.

Cbele moetiié d*anniau pour nos nocpbes béni Tondis giou wardereye corne féal mary ; Sie geamoie geou reviens d'eu saint peregrinaige, Giou vos rapoitereye de me foy chou chier gaige.

Quant li jor nouviel feut avenu le mastin, Li chievalier se dame a menéye par le main Empriey le vieil sire, sen seigneur et sen père, L'adscurant que il voulsit tondis le tenir chière.

Le vieil sire le daine tout en pleurant bésia ; Le chievalier en terre a genoux se gielta : Chier sire, men boen père, pour mon peregrinaige Voulsissiez my bénir pour chiou lointain voyaige.

Le vieil sire sies hyeux et sies deux mains iievant Au chiel, clamia tout haut: Seigneur omnipotent,

Les Seigneurs 111

Benissies men chier fieus en chele saitile gniere, Et si le rameney en se natale lerrë.

Sie bêuicl apriés li deux de sies fieus mesneys, Âpriés lies acolia avœuk lous lies croisièys, Que le bocn chievalier mesuoye subs sie bannière^ Pour allier conter liesTurks, en le Sainte-Terre.

Brief adious fesit, montant sen palefroy ;

Adonc trompes et clairions sonnières à bauttes vois ;

Le noble troupe esloye nombrieuse et legiôre ;

Eun escuyer portoy se crois seur se bannière. s,

Sy cliievaucbières tant, qu'ils rateindirent l'ost Qui gea estoye eu route, estant parlye plustost; Ouks on ne avoye my veu eune sy belle arméye, Ne si geute nobleisse, ne sy bien esquipéye.

Lieschons lies cbeminer et allier outremer ; Pour remembrer leurs foets faulroy eun libvre entier, Chele sie noble empreiusse^ et sy nombrieuse armade. Estoye coires nomméye des Frenchois le croisade,

Rebrouchions vers le dauie qui en peu se acoukia Deun biaux fieus ki sie mère eun petit cousolia ; Le vieil sire en senty eune teiie liesse Qu'il cachia de sen cucr tous riestaus de trieisteisse.

En brief il despekia des lettres ou chievalier Empriey Salalie poihis d'outremer.

La cil feut advisiés que deun fieus estoy père, Et qu'en sanléye estoint l'enfanchon et sie mère.

C'iele boesue nouveille grant joyey ly causia,

Ches afins et amés soudain eil assemlia;

Grant feste en feut meneye avœuk sen parentaige

Dont boen nombre avœuk ly estoient dou saint voyaige.

Cheile grande liesse nedeuria mie lointems : Advint eune rencontre avœuk les mescroyans; Lie chievalier mesnoy tout premier sie bannière, En eun paissiaige hastrecht, l'ost estoy loin derrière.

lli PRBSSIN

Deus bannières siiihoyent chele dou chievalier, Et montoint apriés ly cheti focrt liastreckt sentier Subs luers cbiefs lies sires de Bresteul et Warennes De noibles cheiefs trois routes faisoint eane chentaine.

Lies Turks en hanlt da mont ly paissiaige wardoint, Tout ousy dreus que greisie luers fleisches descochoint Seur les Crestieuîï, sies queus acoupsd'espèyes Combatoynt pour fourchier de cheu hault roonl Tentreye.

Lies frères ou chievalier Roger et Godefroy

Fueres occhis dies Turks ou premier désaroy,

Avœuk plus de vingt de leurs pleus forls gendarmes :

Moes pour chiou lies Cresliens n'en prendoint mye d'allarmes.

Lies mescroyans en haut tout been ou largue estoint; Lies Crestiens en montant vaillamment combatoient ; Le sire de Créky deun moult et hault couriaige Batailla longuement pour fourchier ly paissiage.

Moes adonk qu'en avoye foerchy lies mescroyans, Revenoiiit en leur plache toudis deus fois autant; Là fueres occhis lies sire de Bresteul, et Warennes, DeMagueux, et Montguay, autres par chiiiquantaines.

Lies pleus preus, qui estoienl enter lies escuyers, Qui avoint been waignieys esprons diechievaliers, Fueres lies hoirs die Mauraey, de Brinieu, de Cresseike, Die Housding, die Sempy, et le boergae Deisscike.

Tretous y fueres occhis, et bien dies warletons Noibles et joesnes qui n'avoynt my barbe ou mentons, Ly pielot die Clely avœuk Jehan de Suresnes^ Wuillaume de Biaurain, avœuk Pierron Dallènes.

Dies trois routes n'estoyent pleus que vingt combattans ; Lies Turcks seur ly mont étoint pleus de trois chents ; Lie chievalier en feit moult des confitures, Puis kehit seur lies morts tresperchéys de navreures.

Adonck le ciier failchit ou pietit diemourans,

Dies trois routes ny estoint pleus que sept rieslans:

Goo^

Lbs Seigneurs 113'

Tous autres prins ou morts estendus doseur terre : Des sept trois navreys ensemble rebroncliiéres.

Lies noms dies chievaliers dies sept rescapéys Dou poilus die Ternoi fetil le seigneur d'Enbiéys Avœuk Jean d'Azincourt et Hugues de Humiéres. Lies autres estoiut venus de Frencbe a cbeiie guièro.

Sye rateindires l'ost estians tous déconfits. Moult doeul en meuiôres luers alllns etamys, Sye pourmires tirierde luers trespas vengianclie, Et de lachier perdus cheile maudite engiancbe.

Râlons veir quefoesoynl per nonycUies mescroyans : Lies corps dies Cresliens morts eils aloynt despouiliaus, Cbeluy dou cbievalier sens forclie et sens leumitTe Emmy lies morts esloy gisant de^eur terre.

Comme ou ledespoiïiloy, sy Iresmua been foert : Eun arcbier, le veyant cryea : cil ny est niye mort ; Sy ne le faut occhir ; chey le cbief de le route, On le racatera been ker sens neule doute.

Adonk on le querkia, loyey eu eun manlei, Seur eun keval, cil feu mesuéy en eun bamel ; Là ou en visetia ses uavreiires mortelles Deseur lies quiels ont meit unguens et a{3areiies.

Li povre cldevalier ne avoye neul sentiment, Pour cbiou que il avoye [lerdu par tro de sang ; Moes corne josne estoye et de foerte nat*;ure, Ou cuidia que il polroy warir de cheis navreures.

Lies sens et le parole ly estians retournèyes, Client feut pour sie donloir die se calamitèys, Que de misières las en eun si deur servaigc ! Yolroy been miens moirirque vivre eu esclavaige,

Li moestre qui Tavoye a ly pour scu butin,

Ly fesit amittêy, ly fit besier sie main :

Li cliievalier noyoysl mye rien de sen lengaige,

Moes veitbien (|ue il ne voloy my ly fœre oustraige.

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Si kiera ai gienous initan d'un anniau d*or

Qu'il monsira qu'on avoye prins despouillanl sea corps,

Enclos en eun boursin, avœuk un relikiaire,

Qui ly furent rendons par pitéy sie misière.

Geaeil se warissoy, cuidaut si racalier, Pour deux cheus besiaus dor, despekia messagier A Tosl des Freucbois ; inoes fjesans clieu voyaige, Feut occliis des Crestions qui fières moult carnaige.

Dies mescroyans boen nombre estant tous déconfis. Ou parfoiid de Sonrye sen inœstre adonk sy enfuys : Faleut qjie il ly suiliiL en deure servitude; Sen esclavaige adonk comencbia ly estre rende.

A l'ost don roy Loys on cuida pour cbiertain Lie cbievalier occhis avœuk been pleus de vint Been nobles escuyers servians subs sie bannière, Sies allins et vassiaux avœuk sies deux frères.

Lies premiers messagiers qu'en Frencbe on despekia Aportires nouveiles die tons cheys trespassa: Se dame, en Taprendint, kent en terre pasméye ; Li vieil sire Gierard onkos n'eut mye santéye.

Peu apreys mornt le vieil sire d'ennuy. Le dame ot béen voleii niorir avœnkes ly, Netessi enfencbon, pour qui le povre mère, Tontte desconfortéye, lamentoye sie misère.

Eun frère ou cbievalier en Frencbe dem mouréy , Vouloy di^es castellenies se fœre adlieritiéy, Pour tollir le meneur de son droit d'heritaige ; Pour cbiou le povre dame enduroyo moult ontraigo.

Lie povre cbievalier quy gea estoy mesnéy Ou poibis de Sourie, en se captivetéy, Ponrmetoy bien tondis sen racapt a sen mœstre, Que avoye commencbyéy par eunc boesne lettre.

Moes falloy stapendant servir et besoingnier. Lie povre esclaive, las, ne savoye neul meslier :

Goo^

Les Seigmburs 115

Par pitey on lie meit a wardier lies ouailles

Subs eun premier berkier qu*avoye Iro-de bestailles.

Lie povre esclaive^ las, en wardiant lies troupiaux, Clamoy tondis a Dious fœre unir sies maux ; Moes jamoes ne pooit oyr neules novelles De Frenche, et diemouroit submis ous Infidelles.

Gea sept annéys passéys de sie captivetéy, Moriit sen mœstre quy de ly avoye pitéy ; Vendu feut ou markiéy tout ensy que eune beste, Et visitéy tout neud dies piéyes dus qua se teste.

Si feut vendu been kier, esliant coires foert et biau, Deun sy grand corsiaige qu'on n'en voye mie sie bault, Et disoil t'en de ly qu'esloy noble de Frenche Qui seroy racatéy de nombrieuse liiienche.

Sy esqueut à eun mœstre foert deur et feurieux, Qui haihoit tous crestiens, et forchenéy contre eux. Sy ly feit endeurier le pleus rude esclavaige, Et tout de prime abord ly fesit forclie oiiltraige.

Reguie lie loy, tes gens: jou tie deslibrerai; Teu voy been que treious eils t'ont abandoiinéy : Lesche tie cbirconcbire, nos pro[>beile resclame, Dîsoy teil, teu eras terres, peciines, et feme.

Tondis le poursuihoy, volant que il reynia A le loy dies Crestiens, et qu'en Mahom cuidia ; Pour cliiou en eune tour enclos, kerkiey de keines, Ly povre esclaive feut niys à deures cadeines.

Moes, tandis qu'en Souryie tant de maux enduroye, Le dame estiou en Frenche persiculéye estoye : Sien biau frère voloy embler, maugréy justiche, Lies terres de Créky, Fressiu et appeudiche.

Jji père de le dame estoy loin demourant

En poihis de Berlaigue, eun seigneur foert poissant :

Moes par tros eslonglé pour foere le défenche

Dj sie lieule (jui n'avoye preys dyelle assieslanche.

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Si voloy que lie dame priul pour sen défenseur Eun deuxième Baron, et focrt nobie seigneur, Qui been enamoiiréy d'icbesie beile dame, Dies loin temps poursuivoy à Ta voir pour se feme.

Moes tondis en Sourye li povre esclaive estoyt Ou coupleit d'eune tour ijui u'avoye mie de toict, Ou le soleis dardoy synon senr lies mouteye Ou assieyé eil es to y le loin g de la journéye.

Eu ne esc u lève de ris, et euue postèyo d'ieau, Eune manéye d'es train, tous les jours eil avoye : Dies menoles a sies mains^ a sies piéys des entraives, Par eune lungue keiue ou meur tenoye li esclaive.

D*ancuenes foes ^en inœstre voloy ([ue il descbendils, Pour regnyer se loy sie lie pressoy tondis, Et le fesoy fessier avoeuk eune escourgieye, ' Jusqu'au sang ruclielier de se char escorcbeye.

Durant preys de trois ans feul tondis marlirey, Sans que peur des lourniens eil vonlsit renyey ; Sy ne pooit morir maugréy tant de soufTrenche. Et sy n'esporoy mye riecliepvoir alliegiencbe.

Cliiou nian moestre veant que il ne voloy cangier, Que jeamoes on ne venoy pour lie racatier, Dépitéy ly disist: diemain sans diférencbe, Teu sera es tr angle y en me propre presencbe.

Lie povre esclaive, adonk se véaut condempnéy, Qny morir désiroy de boenne voulenléy, Se treveia consoléy entendant sie senlencbe, Et que fuier alloye se lungne penetencbe.

Remontéy à le t(uir, a gienoux sit* gestia, A Dions, à Notre-Dame sen ainh' commendia, Au boeu Saincl Nicolay feit estiou se prière, Puis lassiéy s'endornieil, coukiéy a plate terre.

Li jour estoy veneu ; le soleil sie lievoy, Quant l'esclaLve cuidaque l'on le reveillyoy,

Goo

Les Seignedus 417

En euii bos sie Ireuvia, et sies keines rompues : Sy pensia que il resvoy, ou avo^t la berlue.

Sies pieys, sies mains sentiant ni estre pleus altaquiéys, Eil siedreschia tout droict, sic meit a marcbiéys,

Tout en brochiant H bos, cuida:it, ommy sien

Que deslibrey Tavoye quenque pitoyable homme.

Eil pourpensoy comment deu poihis sorliroy, Ne recognischant mye le bos où il esloy : Moes en marchiant tondis, eil treuva eiine voye, Et veit un bosqnillon dont eu been moiilte geoye.

Li bosqnillon cuida veir un grant revenant,

Qui l'espeutia si fort que il s'enfouit tout couriant ;

Sy deskarney estoy et tanney de visiaige

Que de eun vrey revenant avoy meyiie et imaige.

Tout nnd fors eun seyhon sans menches et foerl estreyt, Quy a mittan sies cniches tout ou pleus deschendoy, Et euce foert langue barbe, et sie teste tondeue, Se piau toute noirchie estoye treys foert peleue.

Apriey li bosqnillon courent et lie rateint, En langue de Sourye eil kiera seu qiiemin. Adonk li bosqnillon, cuidant que il feut sauviaige^ Ly disist en Frenchois : giou n'oye mie vos langaige.

L\ povre chievalier ne savoy se il resvoy,

Nie dou li bosquillon paroloy en Frenchois :

Men boen amey, dis my en qneils lins chy nous sommes ;

Giou me treuve perdus, et ny cognois personnes.

Li forêt de Créki on apyele cheys bos, Seur lies marches de Flandres, jouxte le Boulenois, Disit le bosquillon : ha tu par queuque oraige, Ca;)tif en eun navire, deseur mer foest naufraige?

Soudain le faschc on terre, et sies deux bras en crois, Estendnes de sen long, ii chevalier clamoys : 0 Dious omnipotens deu ciel et de le terre. Par que miranke a t'eu foest finer me misère ?

118 FllESSIN

De terre rieslevey, disit ou bosquillon : Le vieil sire Giérard est eil en vie ou non, Se dame avoeuk sen fieus, toulte le mesionucye, El le frère, sont eils viçvans et en saulcye ?

Giea pieclia le vieil sire d'ennuys est trrpassny, Y a preys de dis ans, et den puis sen diesclicy, Balduin derain fieus veult tollir l'hiéritaige. Et pour chiou a le dame a foest foerclie et oultraigc.

Le père de le dame, qui est coires vivant, Avoeuk en esneys fieus sunt venens essopreismcnt Pour le foere assentir à nouviau mariaigo, A chele Cm de wardier ou meneur Thiéritaige.

Sie been le wardera le sire de Renty ;

Proche alfin eil estoy deu sire de Créky :

Foert poissant en vassianx, en moyens, et en terre ;

Le'dame ne pooit miex coisir, ne mieus foere.

Le dame par tout chiou vea se remarier ; Enhuy à l'heure de sexte en le va espeusier : Grant fesle on y fera ; y a moulle nobleissc ; L'amosne on te donra ; eil ara largiesse.

Lie chievalier suyhit le voye tout dus qu'au bout; Ou sortir de cheys bos siè recongnut partout : Si feut droit au castiau, avoeuk grand preisse. Ou tout cascueus esloy en geoyey et en liesse.

Lies quiesteurs qui wardoyent lies tours, jouxte le pont. Le veillant preys di entrer, ne lie vofilières poent : Que kiùres t'en cheens ? d'où vien teu si sanvaige ? Eis teu eun matelot rescapéy di esclaivaige?

Gious souis eun peregrin rieslourney d'oullremer, Mes ameys, à vos dame sie me fault paroler, iMsit lie chievalier, chest afoere qui preisse : Lieschesme allier empriey le dame vos m'jpslreisse.

Nos dame ne peut mie enhuy te paroler: Chey mastin ou moustier on le va marier ;

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Goo

Les Seigneurs 119

Oq eyst a l'alourneyr ; attens le ou paissiaige ; Ou castiau n'y entrera home sy treis sauviaige.

Einie heure apreys le dame suyhie de ses parens Atouraéye pour lies nopches de biaux acoustremens, Desclieiidye seur le pont, par seu fieu chéy nieuèyé, Kt aloye ou moustier pour y estre espeusièye.

Seur le pont Tarrestia li povre chievalier : Giou vien, me noble dame, dou poihis d'oultremer Deu sire de Créki vous annunchier nouveille, Le queu deupuis dis ans eist en prison crudeille,

Le dame ne avoye mie neul double du trespas De sen chier sire quen cuidoy mor ou combas Conter lies mescroyans, moes d'usne amour fideille Uelicle aroye voleu demourier loudis leile.

Sie portant riespondit : vrey ni est mie vos raports : En mesnant se bannière, men baron kehit morts ; Sies frères et vint trois écuyers y reslières ; Sies queus tous fuères occhei hors sept qui se sauvières.

Li sire de Créki adonc ne feut occlii, Ueprint lie chievalier, car, dame^ le veychy ; Ravisieiz been, chey my, maugréy tant de misière ; (iOunechez vos mary (juy vos avoye sy kière.

Geamoes ne cuideroye que leu soys men mary, Sie te ne me raconte chiou que il fesist le nouyct De son département, quand dans men lict coukièye, Giestoye si treis dolente, et si desconforlèye.

Vos anniau d'espeusailes eu deus giou le rompy ; Vos printes le mitan, l'auter giou le wardy ; Dame, le veychy coire de me foy clieu chier gaige,

Que geadis jou \o<> ave baillyéye en mariaige.

Adonk, clamea le dame, vos y estes men mary ; Jou vous reicognoy beeii, men baron sie kiery. Soudein enler sies bras sie giesta transportèye ; Sy esbahie estoye qui elle y reslia pasmèye.

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i20 Frbssin

Moes en voloy douUer le sire de Renty, Geadis amey affm dea sire de Créky, El disoy : clies ben ly a sen treys lianlt corsiaige, Moes jou lie le recognoy mie à sen visiaige.

Lb père de !e dame leyliant beeii ràvisiéy,

Disit : jou men remembre, chey ly ; moes foerl cangiéy ;

Quanl eil seira vestu et beim lavey, giesteime

Que tout cascueu le recongnicliera de meisme.

Quant lies sens de te dame fuères eun pou rapeuryèye^ Devers sen Heu mineur y elle s'ye eist restournéye, Disiant : véiez, voicby vos seigneur et vos père, Veuiez le saluter à deus genious en terre.

Li sire print sen fieus, en sios bras le preissoye ; Le joesne demiziel foert bel onfain esloye, Et disoy : cbey dont vous que me kière dame mère Plouroye, disant : tout eist perdu avœuk vos père.

Stapendant tout cascuens sur le pont estampis. Dames et cavaliers, trestous ben habeuris ; Tous cascuens voloy veir et paroler ou sire : A riespundre à trestous sy ne pooit seufire.

Deus cingnes subsie pont s*esbastoynt deseur liau, Et de leurs becijs tiroint eune moitié d'anniau Treis luisant deuu rouby. Le dame leybanl veue Criea : Cheys le milan de mtui anniau perdue.

Seur les cingnes eun questieux deu pont en liau saulia, Leurs priut cheile moitié d'anniau, et la portia Ou sire quy avoye Ta nier milan bailléye Pour sie recognisanche a sie prime abordéye.

On reboulia ensemble cbeys deus moitiés d'anniau Qui avoynl engraviéy dedeiis oun escritiau, Deu nom deu sire avœuk cliely dicbele dame Que il ly auroil donney en l'epeusiani se feme.

Cascuens clamia miranke: nnu^s cbiou myrëen ni esloy Emprey de chely qui dieslibéry avoy

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Les Sbmneurs. lîi

Li povre chievalier par been pleus grand merveillf^, Sie leur disil : vous neo cuiderye vos oreilles..

Sy rekiera le sire ou casliaii remonlier, Où feut lavey, vestu miens qu*on peut Tacoustrer : Seur se teste tondue on vestit eun vieil heaume Adonc ne semioy pleus estre eun si sauviaige homme.

Le banquet pour les nopches cstoy tout aprestéy; Cascuens sie meità taiiie à boire et festinéy ; Li sire racuntia à se noble assemléye Corne de li esclavaigeet mort feut deslibréye.

Si disil que sies keines estoynt restéys ou bos Où s'estoy riesveilliéy ; on lies kiera sietot Tout le noble assemlyey feut lies veir seur le placbe Où tous cascuens à Dious a gienous rendit grache.

Venisl à cheys nouveilies sen frère Biauduin : Le boen sire Raoul 1y pardoinia soudein Lies guière qu'a voit foet pour tollir l'hiéritaige Au josne Biauduin deuriant sen esclavaige.

Lointemps feust mesnéye feste ou castiau de Gréky ; Y feut criéy Noël, et largiesse on y fist ; Df^ns lies poihis voesins en voliea lies faméys, Petites et grandes gents trestous bien estonéys.

Li sire avœuk se dame vesqueist pleus de vint ans En grand amour, etœut encoires sept éfans , Funda eun grand moustier, feit dons ous monastières Kt amaudia tous cbeus qu'avoint fundiéys sies pères.

La Nouvelle ou petit roman historique ne fait que traduire et gâter la légende en la délayant dans une pr3se sentimentale, absolument dépourvue de naturel. Cette prose est une date. C'est à la fin du dix huitième siècle, à la veille du régime de la Terreur, que l'on avait sans cesse sur les lèvres ou au bout de Is^ plqme les mots de tendresse et de sçnsibilitç,

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Quand Louis VII se met en devoir de partir pour les Lieux Saints, notre jeune seigneur Raoul de Créquy veut le suivre à la seconde croisade. Tandis que Gérard, son vieux père, exalte son courage en lui parlant de Tancrède et de Godefroy de Bouillon, Adèle, sa femme, se plaint de n'être pas aimée ! Pour le retenir, elle lui révèle un secret ; c'est que bientôt il sera père : faut-il que l'enfant soit orphelin avant de naître? C'est la lutte entre l'amour et l'honneur-' L'honneur l'emporta.

Raoul partit pour la croisade avec deux ée ses frères, Roger et Godefroy, et vingt-sept écuyers qui s'étaient rangés sous sa bannière.

Les deux jeunes Créquy périrent à la journée où Raoul lui-même fut abandonné pour mort.

Le petit roman contient deux complaintes, où l'on fait parler le sire de Créquy : la première, pendant qu'il était berger ; la seconde, lorsqu'il était renfermé dans la tour. On s'est même donné la peine de mettre ces deux complaintes en musique.

Dans la légende poétique, Baudouin de Créquy, le persécuteur d'Adèle, est fils du vieux Gérard. Dans le roman, il n'est que son neveu. On y supprime la translation merveilleuse de Raoul, lequel, endormi au fond dé la Syrie, se réveilla dans le Boulonnais. Dans le roman, c'est le fils du musulman qui délivre l'esclave de son père. C'est pourtant sans le savoir que Raoul pénètre dans la forêt de Créquy, après avoir été poussé vers une côte inconnue, à la suite d'un naufrage.

On nous dira peut être: < Le gracieux petit poème que nous venons de lire est un monument et une autorité. Or, il ne parle qu'incidemment de la terre de

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Fressin; il n'y est question que de la forêt de Créquy et du château de Créquy. Donc les sires de Créquy n'avaient pas alors leur résidence à Fressiu. >

Nous répondons : Les termes de la légende ne disent rien ni pour l'une ni pour l'autre opinion. Quand on sait combien on a défriché de bois dans cette contrée, seulement depuis la Révolution, par exemple : celui de la Falîze, d'Auchy à Wamin, et celui de Rollencourt, de ce village à Béalencourt, on est bien porté à penser que les bois de Créquy , de Sains et de Fressin, toujours propriété du même seigneur, ne faisaient, au XII* siècle, qu'une seule forêt. Le bois comme le château portait le nom de la famille. On a vu précédemment l'erreur étrange d'un géographe moderne, qui donne le dessin des ruines du château de Fressin, telles qu'elles sont encore aujourd'hui, avec cette légende : « Ruines du château de Créquy » ; et. plus loin, cette notice : a Créquy, A 28 kilomètres de Montreuil-sur-Mer. Cette petite ville de 1361 habitants possède les pittoresques ruines d'un vieux château qui fut le berceau d'une des plus illustres maisons de France, qui s'est éteinte en 1801 (ii. > Le lecteur étranger ne se douterait certainement pas que ces « ruines pittoresques > sont à Fressin. On ne peut donc trouver aucun argument pour la question dans la légende de Raoul.

L'éditeur de ce poème déclare s'être piqué de fidélité et avoir exactement reproduit l'original.- L'original ! il pouvait se contenter de dire qu'il avait respecté le texte qu'il avait sous les yeux. Nous avons constaté plusieurs variantes entre cette édition et le texte auquel nous avons fait ailleurs quelques emprunts.

Nous ne croyons pas devoir traduire ce petit poème,

{\) La France iîîustice, Malïe-Brctn, édition Barba. — 18 52.

Fhbssin

ni même donner l'interprétation de quelques termes plus obscurs que les autres. Avec une connaissance élémentaire du latin et la pratique du patois encore en usage dans la contrée, et qui n'est autre que l'idiome picard, avec les modifications qu'il subit de canton à canton, on lit ce poème sans difficulté.

On y remarquera des tours de phrase, des locutions encore en usage dans la contrée.

La formation du féminin des adjectifs et des participes en /est soumise à une règle générale : on ajoute j^e à la terminaison masculine. En retranchant le plus souvent la lettre i, on a la vraie prononciation.

Il y aurait lieu de faire ici quantité de remarques intéressantes. Nous laissons ce soin et ce plaisir au lecteur.

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