CHAPITRE VIII
Fiefs et Censés.
Nous trouvons à Fressin , outre celle du puissant Châtelain, quatre seigneuries inférieures et deux importantes censés qui ne peuvent être qualifiées fiefs, sinon fiefs roturiers.
§ 1. — L'Abbaye de saint-jbak-au-mokt-lbz-thérouaîtnb.
L'abbaye de Saint-Jean-au-Mont, près Thérouanne, possédait la seigneurie de Sains, qui s' étendait en partie sur le terroir de Fressin, du revenu de 15 livres, et, en droits seigneuriaux, du revenu de 3 livres (i).
L'abbé de Saint-Jean-au-Mont était notre seigneur spirituel ; il avait la nomination du curé de Fressin.
M. le chanoine Robitaille croit que si le curé de Fressin était nommé par l'abbé de S^ - Jean-au-Montlez-Thérouanne, c'est parce que trois Créquy avaient été évêques de cette ville avant sa destruction. La raison paraîtrait singulière. En effet, si le droit de nomination avait été la conséquence de l'élévation des Créquy à l'épiscopat, il eût été naturel que ce privilège fût concédé au châtelain principal de Fressin, c'està-dire au sire de Créquy.
D'ailleurs, cette hypothèse ne supporte pas l'examen ; car ce ne fut pas seulement sous les évêques de
(1) Archives départem.: C. États d'Artois. Vingtième, 1762
Les Seigi^trurs 103
Boulogne, après la destruction de Thérouanne, que l'abbé de Saint-Jean nomma le curé de Fressin. Il jouit de ce privilège sous les évêques Morins, c'est-àdire bien avant la promotion des Créquy à ce siège.
Les religieux de St-Jean avaient la nomination du curé de Fressin comme étant seigneurs de ce lieu. Ceci est un point hors de toute contestation.
Ce qui est moins prouvé, mais nous paraît proba* ble, c*est que ces religieux furent les plus anciens seigneurs de Fressin, et qu'il s'agit de leur maison dans l'acte de vente que l'on a pu lire aux premières pages de ce volume.
M, Robitaille écrit que la dîme de Fressin appartenait, en 1383, à l'abbaye de Saint-Jean. N'est-ce pas contredire ce qu'il a dit au sujet de l'origine des droits de nomination? Les principaux évêques du nom de Créquy, appelés à s'asseoir sur le siège de Saint-Omcr, ne l'ont été qu'au XVP siècle. M, Robitaille ajoute que la dîme perçue dans le principe par les Religieux appartint dans la suite au curé de Fressin.
Après la destruction de Thérouanne, les Religieux de Saint-Jean-au-Mont se fixèrent à Ypres. Leur ancienne abbaye de Thérouanne ne fut plus qu'une censé.
On comprend que, choisi et nommé par des Religieux qui vivaient en Flandre, le Curé de Fressin, du moins jusqu'à la réunion du pays à la couronne de France, ait eu une véritable prédilection pour rla monarchie espagnole.