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CHAPITRE m

La Sacristie

Les sacristies sont de date toute récente. Ce local si utile, si nécessaire même, manque dans la plupart des églises anciennes. Le prêtre revêtait les ornements sacrés près de Tautel, où se trouvait généralement une table et une armoire. Dans la contrée, plusieurs églises, relevant, du reste, de la seigneurie de Fi'essin, avaient, comme la nôtre, un sacrarium derrière le raaitrerautel. Ainsi l'église de Planques, ain i encore l'église de Le Biez, pourvues toutes deux d'un chœur beau et vaste, hors de proportion avec le reste de l'édifice. C'est ce sacrarium qui a empêché de donner à la fenêtre du fond toute la dimension qu'elle devrait avoir.

A Le Biez et à Planqués, où l'on a conseivé des retables, le sacrarium augmenté du derrière de l'autel suffit pour le clergé. A Fressin, pour avoir une sacristie, on a confisqué une chapelle seigneuriale, sans pourtant la dégrader. Déjà, en 1750, la chapelle Saint-Jean, fondée en 1425 par Jeanne de Roie, pour sa sépulture et celle de son défunt mari.létait consacrée à cet usage. On y vient visiter le tombeau de Jean IV, sire de Créquy, de Fressin et de Canaples, un des chefs de l'armée levée en 1405 contre les Anglais par Walerand de St-Pol.

Ce tombeau, placé sous une arcade, entre la chapelle funéraire et le côté gauche du chœur, se compose d'un sarcophage en marbre noir qui supportait, avant

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la Révolution, les statues couchées de Jean, sire de Créquy, et de Jeanne de Roye, son épouse, morte en 1434. Ces deux sculptures n'ont pu survivre à ces jours de destruction.

Sur le devant du tombeau se lit l'inscription suivante en deux longues lignes de gothique en relief parfaitement conservées:

Chi gist Jehan sire de Créquy et de Canaples qui trépassa lan de grâce MCCCC. et XI. Le nuict sainct Andrieu pénultième jour de novembre

Et chi gist Jehane de Roie sa feme lequel fist fonder cheste capelle et cheste sépulture lan mil CCCCXXV et trépassa lan mil CCCC

La notice boulonnaise de 1827, copiée par beaucoup d'autres, complète la dernière date : mil CCCCXXXIV. M. d'Hagerue, dont M. Terninck reproduit la description, écrit aussi xxxiv. L'inscription est inachevée sur le tombeau, Jeanne de Roie est morte en 1434, je le veux bien ; mais ce n'est point en falsifiant une inscription funéraire que l'on devait faire passer cette date dans l'histoire.

Sur la frise, écrit M. d'Hageruc, se détachent en relief huit écussons. Je commence en allant de gauche à droite :

Béthune, d'argent, à la fasce de gueules ;

Coucy, fascc de vair et de gueules de 6 pièces;

Chérisy, d'or, à la fasce d'argent;

Ajuret ou Ojuret ;

Roye, de gueules, à la bande d'argent;

Moliens, d'argent, à la fasce d'azur chargée de trois tours en or :

Averskerque, d'or, à la fasce de gueules;

Picquigny, fasce d'argent et de gueules de 6 pièces, à l'orle de gueules ( la bordure est une brisure);

Créquy, d'or, au créquier de gueules.

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A gauche , les quatre noms sont graves au-dessus de l'écusson ; à droite, les noms sont au-dessous.

Il y a lieu de supposer qu'il y a d'un côté les alliés de la famille de Créquy, et, de l'autre, ceux de la famille de l'épouse.

L'arcade donnait vue de la chapelle funéraire sur Tautel principal de l'église. Mais un mur léger et une boiserie .séparent les deux enceintes.

La large surface du tombeati est couverte aujour d*hui par une armoire au linge.

Le pignon droit qui sert de chevet à la chapelle St-Jean nous fait admirer, sous une fenêtre ogivale à meneaux anciens, un curieux bas-relief servant de rétable à l'autel funéraire. C'est un morceau de sculpture délicat et fouillé. Certains archéologues ultrafanatiques lions ont déclaré qu'ils donneraient toute l'église de Fressin, malgré sa valeur incontestable, pour ce basrelief, dont les personnages sont critiqués par d'autres visiteurs comme de grossières caricatures, bien que la pierre en soit merveilleusement ciselée. La vérité est entre ces extrêmes : Si l'anatomie fait défaut, l'expression surabonde.

Ce bas-relief représente le couronnement de la Sainte Vierge. Au centre, comme à l*autcl de Cologne, le Père éternel, portant la boule du monde à la main , bénit à la manière latine la Vierge Marie, tandis qu'un Ange,, sortant de dessous le dais entre les écussons de Créquy et de Roye, pose le diadème royal sur la tête de l'Immaculée, h laquelle douze personnages font escorte. Ce sont, à gauche : saint Jean-Baptiste, saint Jean l'évangéliste, saint Pierre, saint Nicolas et saint Adrien ; à droite : sainte Anne, sainte Magdeleine, sainte Catherine, sainte Marguerite, sainte Agnès et sainte Apolline . Les noms des personnages sont sculptés sous leurs pieds en caractères gothiques.

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Depuis quelques années, le relief de ces lettres tend à s'efiacer, et il devient difficile de lire les noms. Mais, outre que nous les consignons ici pour la postérité, chaque personnage est accompagné de ses attributs qui le feront toujours reconnaître par ceux qui sont familiarisés avec l'iconographie sacrée.

Ce rétable avait été autrefois décoré. Il y a quelques années, on voyait encore un peu d'or sur les inscriptions. Il n'en reste plus de trace aujourd'hui.

M. d'Hagerue, ne se préoccupant sans doute que de l'ensemble, avait écrit que la partie la plus intéressante de la chapelle est « un gracieux autel avec son rétable >. Plus loin il dit que cet autel, « complètement dépourvu d'ornements , était évidemment destiné à être caché ». La vérité est que cet autel est informe. C'est un carré massif de pierres salpétrées , sans ornements et sans gradins. Mais, pour être grossier et sans beauté, cet autel n'est pas sans mérite.. Il a d'abord celui de remonter à une date fort ancienne, et, à ce titre, d'être une rareté. De plus, on y possède un curieux spécimen du mobilier d'une église au moyenâge. Ou plutôt, non, ce n'était pas un objet mobilier, mais une partie intégrante de l'édifice.

On y voit fort bien que ces encombrantes charpentes, dont le commerce fait la fortune des fabricants , et que Ton décore du nom d\rnteis gothiques ^ ne sont pas du tout une restauration. Il est possible qu'il soit de bon goût de les placer dans les églises du XIX* siècle ; ils seraient un contresens dans nos vieilles églises du moyen âge.

L'autel de la sacri.stie de Fressin est un autel fixe, c'est-à-dire un autel composé d'une seule pierre noire, laquelle couvre lout un carré long de moellons revêtus d'une grossière maçonnerie. Un évêqùe a dû venir sur place consacrer cet autel. Du reste, l'église aussi

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a été consacrée ; on en a la preuve dans les croix qu'un de nos prédécesseurs a débarrassées du sale badigeon qui les recouvrait.

Notre autel a-til conservé sa consécration ? L'a-til perdue en 179J ou auparavant? C'est à l'évêque seul qu'il appartient de vérifier l'intégrité des pierres (Gardellini, N° 3305)- Of, Mgr Dennel, interrogé par nous en octobre 1885, n'a point répondu à notre question. Un examen plus minutieux lui parut sans doute indispensable.

Si nous avions vingt ans de moins, et si, avec cela^ Dieu nous accordait le temps, la santé et les ressources nécessaires, nous .serions heureux de rendre au culte cette chapelle funéraire, d'offrir les saints mystères sur cette pierre où nos prédécesseurs ont immolé la divine Victime, ce qui pourrait fort bien se faire sans distraire cette chapelle de sa destination actuelle. L'entretien des encensoirs et le dépôt des huiles étant maintenant relégués dans le sacrarium derrière le maître - autel, il est plus facile de tenir la sacristie dans un état suffisant de propreté , et il n'y aurait aucun désordre à avoir une armoire près d'un autel. On pourrait aussi établir une sacristie de l'autre côté du chœur, au midi. Les linges et les ornements qu'il faut remiser à la tribune s'y conserveraient en meilleur état.

Disons tout de suite que ce sont là des rêves dont nous n'entrevoyons point la réalisation.

M. le chanoine Robitaille, à la suite de M. d'Hagerue, explique pourquoi l'autel de notre sacristie n'a ni ornements, ni gradins, « Au moyen âge, écrit-il, on ne mettait sur l'autel que le missel, une croix et deux chandeliers. Quand on conservait le Saint-Sacrement, on le suspendait dans un ciboire en forme de colombe, ou bien on le renfermait dans un tabernacle à côté de l'autel >, supra aliare vel juxtà^ selon

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l'ordonnance d'Odon Rigault, archevêque de Rouen, en 1266.

Plus enthousiaste, M. d'Hagerue invoque, à propos de notre autel, le Concile d'Epone. en 509, et le pape Symmaque ; îl le compare à l'autel de Basle, à celui de Saint Ambroise à Milan, à celui de Combourg, et il conclut ainsi son rapport à la Commission départementale des monuments historiques :

« Je ne saurais trop vous dite, Messieurs, combien Tautel de Fressin m'a semblé digne de votre attention. Le but des travaux de la Commission ne me paraît pas devoir être seulement de faire l'histoire de l'art dans le passé ; il y a encore à le ressusciter, à le conduire dans le présent et dans l'avenir; souvent des conseils nous sont demandés pour meubler nos vieilles églises, ce qui nous reste de modèles est si incomplet. Le charmant autel dont je vous propose aujourd'hui la publication serait un bien beau type à offrir, si ce n'est à l'imitation, du moins à l'inspiration des artistes. >

Que diraient ceux qui nous proposent un grand autel à clochetons, si nous leur manifestions la pensée de suivre le conseil de M. d'Hagerue ? Ils nous dira'ent bien vite de garder l'autel actuel.

C'est ce que nous ferons.

Pour achever la description de la chapelle St-Jean, nous devons noter la crédence avec piscine pratiquée dans la muraille^ du côté de l'épître ; une console, du coté de l'évangile, encore munie d'une fontaine en vieux Rouen, que l'on a plusieurs fois voulu nous acheter, bien qu'elle soit dépourvue de sa cuvette; le manteau de la cheminée, où les Créquy .se préservaient les reins du froid et de l'humidité en assistant aux offices ; et enfin le dessus de deux stalles en pierre dont le bas a été, paraît-il, stupidement détruit de nos jours.

On voit aussi à la sacristie « le grand coffre de bois»,*

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ou Ton déposait les deniers de Téglise, et qui sert encore à garder les quêtes de la Confrérie du Très-Saint Sacrement et celles pour les Trépassés. On y conserve encore un crucifix en ivoire, qui a été malheureusement endommagé. Les deux bras ont été renouvelés et fort mal ; mais la figure est remarquable d'expression.

On n'a rien conservé de l'orfèvrerie ancienne. Que sont devenus les calices, les ciboires, la monstrance du vénérable? On n'en sait rien. Il y a pourtant deux ciboires mis à la réforme, dont un très bas, sans pied, nous paraît fort ancien. Nous l'avons fait réparer dernièrement pour y conserver les saintes Espèces, afin d'enlever du tabernacle le grand ciboire en vermeil, précaution conseillée par Monseigneur l'évêque à cause de la multiplicité des vols et profanations sacrilèges.

Quelques-uns ont estimé que les deux platelets à quêter, plateaux en étain dans l'intérieur desquels se voit une Vierge, méritent d'être conservés pour leur ancienneté.

C'est ici le lieu de compléter notre inventaire, en faisant observer toutefois que ce « mobilier de sacristie » n'est pas tout entier renfermé dans les deux armoires de la sacristie ; il y en a beaucoup aussi à la tribune et un peu au presbytère.

En orpiements nous avons :

1. Un ornement blanc complet, chasuble, chape, tunique et dalmatique, reçu le 30 septembre 1885 de M. le baron Roger Seillière; il sert à l'Adoration et aux rares circonstances où il y a plusieurs prêtres ;

2. Une chasuble or mi-fin, pour les plus grandes solennités où le curé est seul ;

3. Une chasuble or mi-fin, croix en tapisserie; don de Madamç de Belloy , pour les fêtes de second ordre et les dimanches où se fait l'exposition du Très-Saint- Sacrement ;

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^ 4. -Une blanche, .pour les dimanches ordinaires ; ..

.5. Une autre blanche qui a été fort belle, servant aux messes quotidiennes ;

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