CHAPITRE II
Le Mobilier
Sî Ton élève aujourd'hui une église, même ogivale,, on lui donne une voûte d'une seule venue, de même élévation partout, et le chœur a la même largeur que la grande nef. On se borne, pour toute séparation, à établir une balustrade entre le chœur et la nef. Que Ton veuille faire du nouveau, que Ton tienne à faire prévaloir un genre XlX^ siècle, j'y consens. Mais si ron veut faire du gothique , construire une église moyen-âge. on se t/ompe. De même que le moyenâge dédaignait la symétrie et la régularité dans l'es-pacement des fenêtres, il n'élevait pas d'église un peu. importante sans qu'il y eût réparation du chœur et de la nef, toujours par une différence dans l'élévation des voûtes, toujours encore au moyen de l'arc triom-' phal, et souvent aussi au moyen d'un clocher, placé au centre et faisant le nœud de la croix, A Fressih nous sommes dans la véritable tradition. Nous devons en être heureux et fiers.
L'arc triomphal est surmonté d'un grand Christ. C'est encore selon les règles. Le Christ de Fressîn a les bras très étendus, ce qui est également conforme aux bonnes traditions.
Quand une église du moyen-âge était plus petite et ne comportait point cette hauteur inégale de voûte, on établissait un arc en fer forgé à l'entrée du chœur, et l'on y plaçait un Christ. Il en était ainsi à Verchin ; le Christ y était même escorté des statues de saint
1^ Frbssin
Jean et de la Sainte- Vierge. Un bon curé a cm faire preuve de goût en faisant disparaître le Christ et les statues !
Le premier meuble, le meuble principal du chœur et de toute l'église, est incontestablement le maîtreautel. Le maître-4utel de Fressîn est presque neuf; il a été donné par M. l'abbé Héame, et il s'harmonisait parfaitement avec le rétable. M. Bonhomme a enlevé le retable : mais il a respecté l'autel qu'il a même fait repeindre et dorer à grands frais. On. nous a dît que cet autel n'était pas gothique, et l'on nous a donné le conseil de le supprimer. Dieu nous en préserve l Ce ne sont pas les spéculateurs ni les industriel qu'il s'agit de consulter en pareille matière. Leurs autels à clochetons, en gothique troubadour, n'a rien qui nous séduise. Le moyen-âge ne les connaissait point . Notre autel grec ou sans style, que l'on trouve trop simple, est encore plus orné que ne dut être l'autel primitif, et moins disparate que ne le serait un de ces autels à la mode.
Nous ne pouvons nous enlpêcher de le répéter, de le crier à nos jeunes et zélés confrères : A moins d'être guidés par un architecte instruit et chrétien, ou d^être vous-mêmes parfaitement au courant de la science archéologique , abstenez-vous plutôt que d'opérer au hasard ou sans autre règle que votre fantaisie. Croiraiton que le mauvais goût ne fait pas seulement dénaturer les vieilles églises, mais des églises qui datent d'hier ? il arrive qu'un architecte est encore vivant, que déjà l'on dégrade son œuvre sous prétexte de l'embellir.
La sévérité de notre autel ne nous empêche point de le couvrir de fleurs, de placer sur sa table de riches candélabres , décorations passagères niais brillantes, que nous devons à la générosité de pieuses familles, et qui, au retour des processions solennelles, le soir.
GoogL
au déclin du jour, lorsque brille la flamme de cent bougies, offrent un spectacle saisissant et inoubliable.
Puisqu'il n'y avait ni de chaires ni de confessionnaux avant le XV'^ siècle, il semble absurde de parler de chaires et de confessionnaux gothiques. On ne peut pas dire qu'on rétablit ce qui n'a jamais été. Maison est convenu d'appliquer partout le système des clochetons et motifs employés au moyçn-âge. Nous avons dit plus haut que nos deux confessionnaux fout partie de la boiserie qui contourne l'église. Quant à la chaire de Fressin, elle est vraiment très belle» quoiqu'il ne s'y trouve ni ogives ni clochetons. Elle a été faite par Frédéric Mouret d'Hesdin, en 1779, et a coûté 1224 livres.
Le pied de fer que Ton y voit a été mis quelques années après, pour consolider cette chaire contre les secousses des orateurs qui en avaient fait leur tribune.
Nous avons «signalé déjà les deux autels latéraux, l'autel de la Sainte-Vierge à gauche, et l'autel de saint Joseph à droite. Ils sont en pierre de Crel) et sont l'œuvre de M. Bonhomme. Nous regrettons que leurs marchepieds aient des degrés à la fois si étroits et si élevés. On y est mal à l'aise. Quelques visiteurs trouvent dans le travail de M. Bonhomme plus de bonne volonté que de connaissance de l'art. Cette critique est peut-être un peu sévère.
Nous n'avons pas de stalles dans le chœur; mais, de chaque côté, des bancs qui en tiennent lieu. Ces bancs font partie du système général de boiserie, et c'est une raison pour nous de les respecter jusqu'à ce qu'on soit en mesure de remplacer ou de renouveler le lambris. Dans les deux nefs latérales, il y a aussi un banc le long de chaque mur, avec un plancher large d'environ 0,53 centimètres. On appelle ce banc, nous ne savons pourquoi, le banc des paresseux. Dans la réalité, c'est le banc des pauvres. Le décret de 1809
150 Frkssïn
veut que, dans chaque église, il y ait uwg place pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent payer ni banc ni chaise. A Fressin, ces personnes-là ont un plancher pour poser le pied et un banc pour s'asseoir.
Cette expression de danc des paresseux ne serait-elle pas un souvenir de l'usage ancien, qui est encore l'usage général dans les églises d'Italie et d'Espagne, où les fidèles n'ont ni bancs ni chaises, s'agenouillent ou s'accroupissent sur le pavé du temple ? Il a pu en être ainsi à Fressin, lors de la domination espagnole. Le banc des paresseux aurait été, dans le principe, un soulagement offert aux personnes faibles ou fatiguées.
Quoi qu'il en soit, il y avait, au siècle dernier, un mobilier de bancs loués aux familles. Ces bancs ont été renouvelés vers 1872, contre le gré de M, Bonhomme, qui eût préféré des chaises. Mais M. Vaillant et le conseil de fabrique firent heureusement prévaloir leur préférence pour le système des bancs.
Il y avait des bancs dans toutes nos églises de campagne, il y a soixante ans. Ils ont disparu presque partout. Nombre de curés ont cru, en les supprimant, faire acte de progrès et preuve de goût. En quoi ils se sont bien trompés. Mgr Parisis recommandait les bancs ; les familles s'y réunissent ; on s'y met mieux à genoux que sur des chaises ; il y a plus d'ordre dans l'église. Cependant, l'enlèvement des bancs peut devenir une nécessité; c'est peut-être parce que la population de Fressin diminue, et surtout parce que les offices de l'après-midi y sont moins fréquentés, que M. Bonhomme proposait de leur substituer des chaises. Avec des chaises^ les vides sont moins sensibles, et, un jour de grande prédication, on ne voit point devant la chaire de grands espaces inoccupés. Nous tenons aux bancs, mais à la condition qu'ils soient occupés.
Il y a, dans la grande nef, trente-quatre grands
/Goc
L*Églisë 151
bancs et vingt-neuf petits bancs; un grand banc dans la chapelle de saint Joseph ; un banc renfermé sous la tribune, du côté de l'évangile, et trois grands bancs de l'autre côté.
Les fonts baptismaux furent faits en 1855 ou 1856. J'eus préféré apprendre que M. Bonhomme n'y a été pour rien. Ils sont extraordinaires, massifs, monstrueux; ils ne sont pas beaux. La balustrade qui les entoure est du même travail que la table de communion.
Les tableaux du chemin de la croix ont été donnés, en 1843, par Madame Viollette, qui devint plus tard Madame Louvet. Ce sont des estampes coloriées avec cadres jaunes à baguettes. On lui reproche d'être insignifiant; je le préférerais plus simple encore. Plusieurs paroissiens, parmi les plus notables, nous expriment assez souvent le désir qu'on le remplace par des stations artistiques et monumentales , comme ils en ont admiré dans telle ou telle église qu'ils nous désignent. On vend aujourd'hui, à grand effort de réclame, des chemins de croix grecs, romans, gothiques. Or, il s'agit ici d'une dévotion toute récente. Ne serait-ce pas aller contre le plan de l'architecte que de placer dans nos nefs latérales quatorze grands tableaux frappant le regard ? Il serait regrettable de se mettre en frais pour aboutir à de justes critiques. Que Ton ne dise point qu'il ne saurait être question d'art, que c'est une affaire de dévotion et de piété : car la piété n'a besoin que de quatorze croix de bois indulgenciées. Ce û'est donc pas aux marchands, ni à quelques dévotes, qu'il convient de demander conseil, mais aux archéologues et aux hommes de goût. L'établissement de grands tableaux du chemin de la croix dans une église ancienne, et surtout dans une église ogivale, peut paraître à quelques-uns un embellissement, mais cela ne peut s'appeler une restauration ; c'est à coup sûr une
152 Fbkssin
innovation, sinon un contresens. Nous accepterions donc un autre chemin de croix , même riche , même très riche, à condition qu'il n'altérât point le caractère général de l'église et ne provoquât point le regard en brisant les lignes de l'édifice.
L'église possède un dais fort simple, mais convenable; il a été donné par la famille Le Noir. Il sert six fois par an : aux processions extérieures de la Fête-Dieu et du Sacré-Cœur ; aux processions à l'intérieur après les Vêpres de Noël, Pâques et Pentecôte, et, le i'^'' octobre, le soir, pour la clôture de l'Adoration duT.-S.- Sacrement.
Nous avons une vingtaine de statues, dont deux ou trois seulement ne sont pas de notre époque :
I** Nous devons noter en premier lieu le grand Christ âx l'Arc triomphal dont il a déjà été parlé. Il est en bois et n'est pas sans mérite;
2° Un Saint-Martin, statue équestre d'avant la Révolution, au-dessus de la rosace;
3*^ Une Vierge-Mère, en bois, dans le chœur, côté de l'évingile. La tête de la Vierge n*est que posée sur le tronc, en ayant été séparée par accident; . 4^ Un Saint- Antoine, en bois, dans le chœur, côté de l'épître ;
5^ Un groupe Sainte- Anne et la Vierge, même côté, au-dessus diî banc des Confrères du Saint- Sacremeiît ;
6° Une Vierge, plâtre ; Notre-Dame-des- Victoires, eii face de la précédente;
7° et 8^ S. Martin et S. Nicolas, en bois, matière et façon 1840 à 1850, placés derrière l'autel, sur les anciens socles, par M. Bonhomme, après l'enlèvement du rétable;
9^ et 10^ Statues en terre cuite dorées, Sacré-Cœur de Jésus et Notre-Dame du Sacré-Cœur, placées sur des piédestaux de chaque côté du maître-autel ; ' . .
L'Église 153
11^ Notre-Dame du Rosaire, carton pierre doré, sur l'autel de ce nom;
12^ Saint-Joseph, plâtre, décoré, sur l'autel de Saint- Joseph ;
13" Une Vierge-Mère, bois doré, pour procession, déposée dans la chapelle de St-Joseph ;
14° Notre-Dame de Lourdes avec Bernardette, terre cuite ; chapelle du Roçaire, en face de la petite nef;
15^ Saint Benoît-Joseph Labre, terre cuite; chapelle de St Joseph, en face de la petite nef;
i6° 17° 18^ Statues en bois de St. François d'Assise; St, Sébastien, St. Augustin, et
19^ Ste Berthe, plâtre, aux murs des petites nefs. Les niches de la grande nef sont vides.
20® Le maître-autel a un Christ qui fait partie de la menuiserie et un Christ en cuivre argenté. Il y a aussi un petit crucifix en cuivre à l'autel de St Joseph.
Les tableaux dans les églises ogivales consistent en verrières. Il n'y a guère de place pour en exposer aux murs sans cacher quelque sculpture de prix. Nous avons cependant sept toiles anciennes: i^ un tableau du Rosaire, dans la chapelle du Rosaire ( ce tableau est réglementaire dans toute église où il y a une confrérie de ce nom ) ;
2° Une fuite en Egypte ;
3^ Une Sainte-Catherine;
4^ Saint Joseph conduisant l'Enfant-Jésus;
5^ Une Annonciation;
6^ Une Ascension;
7° Le Purgatoire. C'est la plus grossière de toutes ces toiles.
Il nous reste à signaler, pour le mobilier de l'église, un fauteuil gothique pour le célébrant ; trois tabourets recouverts en tapisserie , dont deux pour les enfants de chœur et un pour l'organiste ; quatre tabourets
Pressin
ëii bois, même travail que toutes les boiseries et balustrades; un prie-Dieu en merisier, deux reliquai res en bois, forme ostensoir, sculptés ; un harmonium une armoire et plusieurs caisses à la tribune ; enfin le matériel des catafalques , civières, brancards, ten tures mortuaires, remisé sous Tescalier de la tribune etc., etc.
Les cloches sont meubles et ^ont considérées comme propriété des fabriques, quand elles n'ont pas été données par les communes depuis le rétablissement du culte. L'église de Fressin a la plus belle sonne rie qu'il y ait dans la région : une grosse cloche, mesurant i™20 c. de diamètre, fondue en 1775 ; une cloche moyenne, servant à sonner V Angeins^ les saluts et le premier coup des offices du dimanche ; elle mesure 0^96 de diamètre; une petite cloche, de o"^56 de diamètre, servant à sonner la Messe de chaque jour.
L*ËGL1SE 158