‹ Fressin; histoire, archéologie, statistiqueChapitre 35 sur 136 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Fressîi), diocèse de Thérouanne

Jusqu'en 4553

La paroisse de Fressin fit d*abord partie de l'immense diocèse de Thérouanne, qui s'étendait, au sud, jusqu'à la Caiiehe et TAulhie, et, à l'est, jusqu'au delà d'Avesnes-le-Comte, comprenant toutes les paroisses de notre département qui, avant la Révolution, appartenaient au diocèse de Boulogne ou à celui de Saint- Orner.

Le diocèse Morin se divisait en deux archidiaconés : l'archidiaconé de Flandre et l'archîdiaconé d'Artois, subdivisés l'un et l'autre en vastes doyennés. Le district ou archiprêtré moderne, tenant le milieu entre le doyenné et l'archidiaconé,^ ne paraît pas avoir été

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connu dans l'ancienne administration. Fressin fai.^it partie de Tarchidiaconé d'Artois, doyenné d'Hesdin (la ville ancienne), avec Sains, Avondance, Coupelle- Vieille, Coupelle-Neuve, Fruges, Radînghem, Verchin, Crépy, Ambricourt , Teneur, Tilly, Erin, Huraerœuille, Mumières, Eclimeux , Blangy, Maisoncelle, Tramecourt, Canlers, Kuisseauvilie, Planques, Azinpourt, Héalencourt, W?min, Auchy, Rollencourt, Jilingel, lucourt. Neulette, Noyelle, Œuf, Blangermont, lieauregard, Aubrometz, Fillièvres, Galametz, Wail, Willeman, Fresnoy, Saint-Georges, Marconne. Grigny, Huby-Saiut-Leu, Guisy, Aubin, Contes et Aubercourt (Wamberpourt) (ij.

Planques paraît avoir de tout temps fait partie intégrante de la paroisse de Fressin. Il n'en est pas de même de Sains, bieu que, chaque année, on imprime à Arras, sous l'œil inatteutif de l'Evêché, que le 15 octobre a lieu l'Adoration du Très Saint-Sacrement à Sains, annexe de Fressin, On pourrait croire que ce lapsus est un souvenir du passé. Cela n'est pas (2). Sous les évêques de Thérouanne, Sains- les- Fressin avait son curé et son église particulière: < Ecclesiann parochialem de Sains juxta Fressin >, ainsi qu'il appert d'une curieuse visite faite le 4 août iî50 parle délégué de l'archidiacre de Thérouanne, . visite dont

(1) Aubercourt ou Ohercourt n'est pas précisémeiK l'altératioD, le patois de Wamhercourt . Il n'y a guèie, au cotllraire, que le Cartulaire d'Auchy qui appelle ce village la pro^fi^lc de Wambert ou Walbert, WalbercuU, H\ilbercort, fVamberli Curia . Ailleurs, nous trouvons Aubercourt . Nous avons sous los'yeiix, au moment oii nous écrivons cette note, trois imprimé» où on lit Aubercourt^ C'est d'abord un tableau des éi^lises du diocèse de Thérouanne ; c'est, en second lieu, la liste des villaj^es, censés et hamenux. du Comte de Si-Pol, dans Maillarî (1756), et la même liste dans un recueil des Coutumes d'Artois de 167 1. M. de Bomy écrivait Obercourt.

(2) A moins qu'on n'ait voulu marquer par là que ces deux églises voisines étaient à la nomination du même personnage, Tabbé de Saint-]ean-au-Mont.

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le curieux procès-verba! nous est donné par M. le Chanoine Haîgneré (i).

Faut-il donner créance à certaine tradition, d'après laquelle Philippe-Auguste aurait reçu l'hospitalité au château de Fressin, en 1214.» avant la bataille de Bouvines? Ce qui est assuré, c'est que Baudouin de Créquy se distingua par sa valeur en cette glorieuse journée.

En 1434. la dame de Fressin, qui était pour lors Jeanne de Roie, la même qui, en 1425, avait fondé une chapelle funéraire pour elle et i our son mari mort en 141 1, fit une généreuse donation pour assurer le service divin dans cette chapelle.

On reinarr|uera qu'un cimetière fut ouvert qn même temps que fut iondée la chapelle funéraire.

On sait combien les chrétiens des premiers siècles honoraient les dépouilles de leurs frères. Non seulement ils s'étaient fait une habitude, devenue une loi de l'Eglise, de n'édifier aucun autel sans que la table du sacrifice ne reposât sur la tombe d'un martyr ; mais ils avaient voulu, en confiant leurs morts à la terre, les abriter tous sous le toit du temple. Cepen dant, au XV*" siècle, il y avait de longues années que l'usage d'enterrer indistinctement tout le monde dans l'intérieur des églises avait été prohibé, et partout on avait érigé des cimetières autour du Lieu saint. C'était un lieu réservé, souvent éclairé pendant la nuit, toujours consacré par une bénédiction spéciale,

(1) Les archidiacres de Thércuanne faisaient la visite des cgrlises du diocèse, au lieu et place de révèque. qui n'aurait pu y suffire.

L'un des plus célèbres fut Philippe Nigry ou de Nifjry. docteur in ntroqiie jure , archidiacre de Thcrouanne, oliicial, cliancelier de l'-rdre de la Toison-d*C)r, maître aux rcquctes du Grand Conseil de l'empereur Charles-Quint. Plusieurs de ces archidiacres étaient évêques /;/ parlihiis, suffraj^anls, disait-on, et pouvaient soiila«(er l'évêque titulaire en administrant pour lui le sacrement de Confirmation.

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ef protégé par Tiinage du Rédempteur. L'inhumation à riiitérieur de l'église était désormais le privilège d'une élite, une distinction accordée aux seigneurs du lieu, aux prélats, aux ecclésiastiques. Il y a lieu de croire qu'à Fressin ou s'en était tenu jusque^à à l'usage primitif, usage qui n'était pas sans de graves inconvénients.

L'acte de fondation de la chapelle funéraire, dite chapelle Saint-Jean^ et du cimetière paroissial, dit cimetière Saiut-Martin^ fut passé l'an 1434. En voici l'analyse qui a été faite pour nous aux archives départementales :

< Madame Jeanne de Roich, dame douairière de Qtéquy, fait édifier un cimetière de Saint-Martin à Fressin. Une chapelle en augmentation du service divin est fondée pour y être dit et célébré perpétuellement chaque semaine de l'an 5 messes. Pour acquitter cette fondation, elle donne tout le fief et appartenances d'icelui qu'elle tenait du S^ de Créquy et tous les autres héritages, soit cottiers ou autres appartenant à ladite dame, tenus de Oudart de Koyon et de Williamme de Vincque ( ou de Vuilque) à cause de leurs terres qu'ils tiennent dudit sire de Créquy.

> Plus, pour la plui grande sûreté et entreténement de la dite chapelle et des messes y être célébrées, ladite dame donne à l'église paroissiale de Fressin 8 livres parîsts de rente héritière à prendre et recevoir annitellement sur un fief appartenant à Philippe Le Vasseur et par lui tenu de Créquy.

» Pour laquelle rente donnée lesdits paroissiens et marggilliers de ladite église de Fressin seront tenus d'entretenir tout le corps et édifice de ladite chapelle, ainsi que les calices, luminaires à leurs dépens. De plus, de faire célébrer deux obits en ladite église de Fressin pour l'âme de ladite dame et du feu Seigneur de Créquy soa

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rpari ; Tuii îa veillé de Saint André, l'autre la veille de Saint Michel.

> Elle ordonne qu'après son trépas, toute la justice et seigneurie qu'elle avait audit fief donné par elle pour ladite chapelle soit et appartienne au S"" de Créquy etses successeurs, et que le chapelain et les paroissiens ne seront tenus, pour ladite rente et ledit fief, à aucun service ou redevance audit S^ de Créquy, et qu'ils en jouiront franchement comme de chose amortie. Le seigneur de Créquy aura seulement les amendes qui écherront pour délits quelconques.

. > Le S*^ de Créquy, fils dudit feu seigneur et hoir apparent de la Jite dame, ratifie toutes ces donations et conditions, et accorde amortissement pour lui et ses. successeurs, sans aucune charge pour le chapelain ou les paroissiens. >

Suit le dénombrement détaillé des terres relevant du fief donné par la dame douairière de Créquy pour l'acquit de ces fomlations. On y lit aussi les noms des tenanciers.

La fondation de Jeanne de Roie est de grande importance. Elle valut à l'église de Fressin un prêtre de plus. La Révolution, en confisquant les biens donnés, a supprimé les charges. La dame de Fressin n'y doit rien perdre devant Dieu : il nous plaît de louer devant les hommes sa religion et sa charité.

A cette époque, trois prêtres trouvaient leur emploi dans la paroisse de Fressin : le sieur Curé, le vicaire résidant à Planques et y faisant sans doute l'école, le chapelain institué en vertu de la fondation de Jeanne de Roie.

Après Jeanne de Roie, François de Créquy, ambassadeur en Angleterre, donna, selon la chronique de Saint- André, beaucoup d'or et d'argent pour faire restaurer réglise de Fressin. Il avait fait ces généreux sacrifices en 1506.

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Nous citerons ici pour mémoire rincendie de 1525, mentionné à sa date dans notre chapitre de l'Église de

Fressiii, comme aiis.si les illustres prélats qui, sortis de cette paroisse, furent successivement appelés à s'asseoir sur le siège des saints évêques de Thérouanne, les Omer, les Erkcmbode, les Humfroy et autres.

A propos de Tincendie de 1525, un mot de notre chroniqueur nous apprendqueletemporel denotre église avait des lors ses administrateurs. A l'époque de cet incendie, écrit en effet le curé Jean de Bomy, était < manéglier de ladite église A gnieux de Homy, mon bisaïeul.» Et quelques années après, en 1546, quand on enterra Jeanne Desplancques, femme dudit Agnieulx de Bomy, le manéglier était < lirnoul Mayoul >.

M. Sauvage ( i) écrit que les Anglais et les Bourguignons brûlèrent Fressin en Tautomne de 1522,

PlEERB DE LiÈRES.

Le premier curé de Fressin dont nous ayons le nom est Pierre de Lières Le Cartulaired'Auchy nous apprend qu*il intervint, en 1531, enqualitédenotaireapostolique pour recevoir l'acte de l'élection de Guillaume Dorlay, en qualité d'abbé, par les religieux de ce monastère, simple formalité puisque l'élu était nommé par 1* empereur Charles-Quint. Il fut aussi envoyé à Saint-Omer comme député d'Auchy, pour présenter à l'abbé de Saint-Bertin les lettres impériales et le procès- verbal de l'élection. D'autre part, le tableau des fondations de notre église signale lierre de Lières, curé de F'ressin, comme l'un des bienfaiteurs de cette église en 1532.

Jean Boutry.

Le successeur de Pierre de Lières fut vraisemblable- (i) Histoire de la ville de Saint-PoK

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ment le dernier qui ait été ordonné par un évêque de Thérouanne. Sire Jean Boutry, que nous fait connaître Jean de Bomy, fut tué d'un coup d'arquebuse en la maison pastorale, en 1566. Ce coup lui fut donné « par un malveillant >. La place de la balle se voyait encore, en 1613, « en la fenêtre voisine de l'huys >.

Sire Jean Boutry avait eu à pleurer sur les souffrances de son peuple sans cesse pillé et tourmenté par les armées espagnoles et françaises, qui sillonnèrent le pays durant les premières années de son ministère. En 1553, il vit tomber la vieille cilé épiscopale, et, peu de jours après, la noble ville d'Hesdin. Leur destruction, il faut bien le dire, était imposée à Charles-Quint par les nécessités de la politique, plutôt qu'inspirée par une [)ensée de colère. Mais ici vient se placer un fait glorieux intéressant pour notre histoire, et qui dut grandement consoler le cœur du pasteur. L'Empereur avait épargné Renty, et ce château avait même considérablement gagné d'importance stratégique comme citadelle avancée, par le fait de la destruction de Thérouanne et d'Hesdin.

Cette situation n'avait pas échappé au roi de France Henri IL < Il résolut, en 1554, de tenter un coup de main sur Renty, pour de là se répandre dans l'Artois, et jeter à son tour la désolation et la ruine dans les campagnes dévouées à l'Espagne, >

La garnison de Renty ne comprenait que douze hommes sous le commandement du chevalier Jacques de Bryas. Attaqués à l'improviste, ils jurèrent de perdre la vie plutôt que de manquer à leurs devoirs. Ils se défendirent vigoureusement, faisant usage de tous l^urs moyens : crochet, mousqueterie et petits canons. Ils comptaient sur un secours de l'empereur Charles-Quint. Le secours ne vînt point. Mais les troupes françaises, voyant leur surprise déjouée, se retirèrent auprès du roi, à Avroult , après avoir tiré quelques coups de canon.

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Charles-Quint, émerveillé que treizehommes eussent osé résister à une armée, les anoblit tous. Or, parmi les douze soldats de Jacques de Hryas, se trouvait un paroissien de Fres?in, nommé François Delarue. Le gouvernement français tint pour bonne et valable la décision de reilipereur. Des lettres de confirmation, et, en tant que de besoin, d'anoblissement, furent données à Paris, en juin 1663. en faveur de François Delarue et autres. La terre de J^ryas fut érigée en comté.

Après la destruction de Thérouanne, cet antique et vaste diocèse fut divisé en trois diocè.ses nouveaux, les évêchés de Saint- Orner et d'Ypres, pour la partie de l'ancien diocèse Morin soumise à la domination espagnole; l'évêché de Boulogne, pour la partie demeurée française. Toutefois, ce ne fut qu'en mars 1566 que le pape S. Pic V érigea ce dernier siège. Jusque-là, on paraît avoir accepté la juridiction spirituelle de ceux des Chanoines de Thérouanne qui s'étaient retirés à Boulogne.

€atalivjnc des êvêques de Thérouanne,

d'après le manuscrit de Frcssîn.

Avant d'ouvrir son nécrologe , le curé de Fressin, Jean de Bomy, donne la liste des premiers pasteurs du diocèse Morin, Nous reproduisons cette liste , la complétant, et, au besoin, la rectifiant par celle que M. Auguste Parenty a insérée dans V Annuaire départemental de 1867.

Jean de Bomy commence par faire remarquer que la Moriuie fut évangclisée, vers l'an 258, sous l'empereur Valérien, qui s'était d'abord montre favorable

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aux Chrétiens. Saint Fuscien et saint Victoric furent les premiers apôtres de notre pays.

Mais la Morinie retomba dans ridolâtrie. L'an du Christ 562 , saint Victrice vint dans le nord de la Gaule, chez nos ancêtres , Morinontm et Ntrviorutn genli's. indomitas, Jean de Bomy rappelle le grand éloge que fait de cet apôtre S. Paiilin, évêqne de. Noie. C'est r \n\ saisissant paraUèle entre Télat déplorable où Vie- 1 trice avait tixjnvé ces lieux, et, les institutions florissantes qu'il y laissait. Ce pays, situé aux extrémités ' de la terre, sur les bords d'une mer inconnue , était assis à l'ombre de la mort. Ces forêts désertes, ces rivages inhospitaliers n'avaient pour habitants que des voleurs et des brigands: Rt voilà que, par la prédication du bienheureux Victrice, ils ont reçu du Seigneur les' plus grands bienfaits. Dans les villes , les forteresses et les îles, partout on y voit des églises et des monastères.

Voici maintenant, d'après notre prédécesseur, la série des évêques de Thérouanne, qui furent les premiers pastçurs de nos ancêtres.

MlvUENTOTE PH.EPOSI TOHUM VKSTKOIU M CATALOGUE DE JEAN DE BOMY NOTES ET ADDITIONS.

i. S. Aiiiiinoiifl.

premifr L-VL-quc des Morins . 11 muurut ail tcmp« du roi Clotaire.

"^z. prcdûation eut lieu vers l'an 640. Vers 0'>5, Clotaire construit une église a Thérouanne. eu Thonneur de la Mère de Dieu.

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