CHAPITRE PREMIER
L'Ancien Régime.
Au siècle dernier, Fressin était qualifié Bourg dans toutes les publications, qu'elles fussent officielles ou qu'elles ne le fussent pas. Nous avons sous les yeux
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certaines nomenclatures où les localités sont classées delamanière suivante: villes, bourgs, villages, hameaux, censés. On y donne le nom de village à ce qui n'est plus pour nous qu'un hameau, comme Bucamp, section d'Azincourt. On y inscrit Saint-Pol, Hesdin, Pernes parmi les villes, Fruges et Fressin parmi les bourgs. Aujourd'hui, le bourg de Fruges est devenu la ville de Fruges ; le bourg de Fressin n'est plus que le modeste village de Fressin. Carvin, Liévin, Hénin- Liétard sont devenus des villes. C'est le chiffre de la population qui paraît donner droit à ce titre. Autrefois, pour être dénommée ville, une agglomération devait être ou avoir été renfermée dans une enceinte fortifiée.
Sous l'ancien régime, les villes étaient constituées en communes et avaient une sorte de conseil municipal et d*édilité que l'on nommait l'échevinage. Fressin n'avait point d'échevins ; c'était une seigneurie. L'église seule y avait une administration temporelle, prise dans le populaire. On a vu combien elle était nombreuse, recommandable, avec quel zèle elle veillait aux intérêts qui lui étaient confiés. Fressin n'était donc pas une commune, mais une paroisse. Quant au pouvoir central, dont le premier besoin était de percevoir les impôts, il y était représenté par un procureur fiscal. On peut aussi considérer comme le premier personnage après le seigneur, le bailli, lieutenant dudit seigneur, chargé de jugçj^ avec les hommes de fief, dans les démêlés entre particuliers.
Le chapelain de la chapelle St-Jean n'avait point de justiciables pour la terre de Royon. De même, le fief de la Dienné, donné à l'église de Fressin par Louis delà Dienné, ne donnait au curé aucun droit seigneurial.
Les seigneuries inférieures de Lespault et du Tronquoy ne paraissent pas non plus avoir joui de privilèges bien importants. Tout au plus leurs possesseurs
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eurent-ils sur leurs domaines la justice vicomtière, c'està-dire la moyenne et la basse justice, auxquelles correspondent notre tribunalâde simple police et le tribunal correctionnel, justice de paix ou tribunal civil de première instance quand les particuliers y portent leurs démêlés. Le seigneur de l'Ermitage n'avait même cette justice que pour sa terre de Camoisy à Fruges. Jusqu'aux derniers jours de la monarchie absolue, les seigneurs les plus humbles tenaient à se prévaloir de leurs antiques avantages. Un bail concédé, quelques années avant la Révolution, par un de nos seigneurs de Fressin^ porte que le tenancier de la terre tenue en fief aura pour charge : une petite redevance en argent, une aide de pareille importance, moitié cambellage, le denier du prix de la vente, cession ou transport, selon la coutume de Saint- Pol. Il y faut ajouter pour le vassal l'obligation d'assister au service du plaid, de quinzaine en quinzaine, avec ses pairs et compagnons, toutes et quantes fois il en sera requis et appelé en cour de son seigneur, et autres devoirs de vassalité, toujours selon la coutume de Saint- Pol.
A part le service du plaid, toutes ces formalités ridicules et toutes ces redevances étaient d'un mince profit pour le seigneur ; mais elles étaient devenues fort odieuses au vassal, et l'on ne comprend pas que la noblesse n'y ait point renoncé plus tôt.
Tout autre était l'autorité et tout autres les privilèges du châtelain de Fressin. Les Créqay et leurs successeurs eurent chez nous la basse, la moyenne et la haute justice, c'est-à-dire qu'ils purent condamner à mort et faire exécuter sur toute l'étendue de leur seigneurie tout individu juridiquement convaincu de crime. Longtemps ce pouvoir fut sans appel. Plus tard, la royauté créa des cours de justice où les condamnés eurent droit dç s'adresser pour demander la réyision de leur procès
Ce droit d'appel en Cour supérieure fut encore reconnu de nouveau par l'empereur Charles-Quint, en son édit du 12 mai 1530. Cet édit créait le Conseil provincial d'Artois que l'Empereur substituait à tous les juges de France qui exerçaient jusque là la justice dans la province.
Parmi les personnes sujettes à la juridiction du conseil provinciald' Artois, nous trouvons les notaires de Fressin pour le fait de leurs offices.
Fressin faisait partie de la sénéchaussée du Comté de Saint-Pol, dont l'appel était porté à la gouvernance d'Arras, et, de là, au Conseil provincial d'Artois.
Parmi les localités limitrophes, Aubercourt, Aubin, Buscamps, Béalencourt, Azincourt, Créquy', Grange (près Planques), Planque-lez-Fressin, Royon, Sains-lez- Créquy, S. Veest-lez-Le Biez, Torchi, relevaient comme Fressin, du Comté de Saint-Pol.
Cependant, Créquy relevait en partie de Saint-Omer, et S. Veest-Lez-Le Biez en partie d'Hesdin.
Le Biez, la Censé de la Carnoye et Wamin- lez- Au chyles Moines ressortissaient au bailliage d'Hesdin.
Quoique Boulogne et Montreuil fissent partie de la Picardie, Fressin appartenait à la province d'Artois. Mais, tandis que les deux diocèses d'Arras et de Saint- Omer relevaient de l'archevêché de Cambrai, celui de Boulogne, qui était le nôtre, dépendait de la métropole de Reims.
Les principaux personnages qui ont fait quelque figure dans le passé de Fressin ont été mentionnés dans les deux premières parties de cet ouvrage ; nous ne
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noterons ici que ceux qui n'y ont point trouvé place, ainsi que les menus faits qui n'ont pu entrer dans nos récits.
Un acte de 1587 nous apprend qu'à cette date François de Conty était bailli et gouverneur de la terre et seigneurie de Créquy pour puissant seigneur Monseigneur Charles, sire de Créquy, Fressin, Dourier, Moreuil, Pont-Remy, etc.
Claude Crépy, lieutenant général de la terre de Créquy, Fressin et dépendances, fit son testament en 1629, devant Jean de Bomy, son pasteur et Aimé Obeuf, aussi prêtre. Peste de Fressin en 1636. Voir la liste des victimes pages 236 et suivantes. Le 9 janvier 1650, Jeanne de Wailly mourut victime de maléfice.
De 1676 à 1680, Bruyant était collecteur des impôts pour Fressin.
En 1676, François Joffroy était bailli général des terres de Créquy, Fressin et dépendances,
A la même date, jMichel Bacqueville de la Vasserie (on lit M. de la Vacherie dans certaines pièces de répoque) était lieutenant du seigneur, et. vers 1712, receveur du duché de Créquy.
Les Bacqueville de la Vasserie sont mentionnés dans nos Archives à peu près la durée d'un siècle et demi, en même temps que les d'Houdetot avec qui ils s'allièrent.
Le 14 octobre 1752, mourut, âgé de 74 ans, Antoine Bacqueville, seigneur de la Vacherie, pensionné de sa Majesté, ancien lieutenant de cavalerie, époux de Marie-Catherine Stérin.
11 eut pour fils Antoine-Joseph Bacqueville de La Vasserie, qui devint ofiîcier d'infanterie et épousa: i** Catherine Legrand; 2° Aubertine-Henriette de Langle, et mourut, âgé de 90 ans, le 5 avril 1825 ;
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Et pour fille Marie-Anne Bacqueville, qui épousa Messire Jacques-François d'Houdetot.
Ailtoine-Josephfutp^re: i° de Pacifique Bacqueville, qui mourut âgée d'un an en 1765 ; 2° et de Thérèse- Henriette, qui décéda à l'âge de 3 ans en 1775.
En 1694, François Mayoul était lieutenant de la terre de Créquy, Fressin et dépendances; Nicolas Desoigny était procureur fiscal.
En 1700 , Jean Pierlay était chirurgien juré à Fressin. Il y mourut le 20 octobre 1749.
Plusieurs faits locaux se rapportent à la guerre de 17 10. Nous citerons la mort, à Arras, de François Moronval, qui était allé dans cette ville conduire des bagages de soldats.
En 1712, mort de Charles Pierlay, receveur de l'église et lieutenant des seigneurs de Fressin. Il fait une fondation religieuse.
Nous avons nommé plus haut la famille de .Houdetot. Messire Jean-Daniel de Houdetot, chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, époux de Thérèse Fister, mourut le 23 octobre 1739 et fut enterré dans l'église de Fressin. Jacques-François de Houdetot, chevalier, seigneur de Colomby, capitaine d'infanterie, épousa Marie-Anne Bacqueville, à laquelle il survécut. Il mourut, âgé de 80 ans, le 4 fructidor an III ( 21 août 1795 ). Dans l'acte de décès de sa femme, qui mourut, âgée seulement de 36 ans, le 10 juillet 1763, il est désigné sous les titres de seigneur de Colomby et chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, capitaine des grenadiers royaux de la Roche-Lambert. Il avait eu cinq enfants : 1° Anne Thérèse, née en 175 1 ; 2^ Françoise- Marie, née en 1752 ; 3^ Marie-Antoinette-EHsabeth- Joscphe, née en 1753; 4° Honoré-Liévin, né en 1756, le prêtre dont il a été précédemment parlé; 5® Pierre- Joseph, né en 1759.
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Le nom de Houdetot est encore aujourd'hui très honorablement porté ; mais il est aussi le nom de personnes de situation fort obscure, ce qu'expliquent suffisamment des écarts de conduite tels que ceux dont l'ecclésiastique précité a donné le scandale.
En 1741, François-Philippe VioUette est lieutenant général des terres de Créquy, Fressin, etc.
Le 24 juin 1746, Antoine Berthe, commis pour les fermes, fut trouvé mort dans la Planquette.
1750, Mort de Théodore Berthe, procureur fiscal, époux de Marie Pierlay.
1751. Mort de Louis Cazier, sergent de la terre de Créquy.
J.-B. Pouchardin était garde de bois en ^761, et demeurait à Fressin, rue Haute. Il intervint, avec Pierre Moine, tailleur d'habits, dans la fondation de Baudry, de Créquy.
Le 4 novembre 1763, mourut Jacques Macquaire, qui avait été pendant vingt-deux ans receveur de l'église. Il avait 70 ans.
Pierre- Antoine Tavernier, receveur de l'église en 1765, avait son étude sur la Place. Antoine Leurette, sergent immatriculé de la terre de Créquy, Fressin, et dépendances, demeurait également à Fressin, paroisse St Martin, rue Herbelet. Pierre-François Lefebvre, tailleur d'habits, rue Haute, et Paul Brongniart, garde de bois, comparaissent avec les précédents pour la réception d'nn acte.
Les poursuites se faisaient alors « de par son Altesse Mgr le duc de Bouillon et Messieurs les grands baillis et hommes de fief de la terre et duché de Créquy, etc^ ».
En 1766, Jean Colloz était grand bailli de la terre et duché de Créquy, Fressin et dépendances. Un jugement est rendu à Fressin, en Chambre, l'audience
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tenante, le 27 octobre 1766. Signé : Bcrthe, Tavernier. Scellé au greffe de ce siège.
On se demande comment le bailli, qu,i déclarait juger au nom de Son Altesse Mgr le duc de Bouillon, seigneur dudit duché de Créquy, Fressin. etc., pouvait prononcer dans les revendications de l'église contre le seigneur duc.
Egrange ou Grange, à Planques, avait alors une justice. Procope Delépîne était bailli de la baronnie d'Êgranges et Planques.
En 1774, Michel Nédoncelle était garde de bois.
En 1775, Jacques Bihet, sergent et garde de bois, demeurant rue Herbelet, est nommé à l'occasion d'un jugement rendu à Fressin « de par le roy nostre sire ».
Il y avait alors un Registre aux actes judiciaires de la terre et seigneurie de Lespault. François-Joseph Lechon y comparaît comme procureur de Jean- Michel Gouillard, demeurant à Planques, pour l'église de Fressin.
1776, mort de Jacques Berthe, procureur fiscal.
En 1779, Joseph Pierlay est procureur, greffier des terres et seigneuries de Mgr de La Tour d'Auvergne.
Le 10 Janvier 1780, mort de Frédéric Hespelt, 48 ans, garde général du duché de Créquy-Fressin.
En 1780, la petite vérole fit de grands ravages à Fressin.
1782. mort d'Eustache Berthe, 'procureur fiscal.
En 1783, Louis Maqueron était chirurgien à Fressin. En 1786, Pierre- François-Joseph Pierlay était greffier du duché de Créquy-Fressin.
Au moment de la Révolution, Nicolas-Joseph Defrance était garde de la forêt de Créquy,
M. Thélu est qualifié « maire» de Fressin dans un acte du i^^ février 1780, à propos du décès d'un ancien soldat d'Etaples, qui mourut chez lui. Mais
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cette dénomination ne peut être qu'une anomalie. Le premier maire de Fressin fut Jacques-Marie Viollette, notaire royal, qui fut nommé sous le nouveau régime, comme on le verra plus loin.
Le bourg de Fressin eut autrefois son jour hebdomadaire de marché et sa foire annuelle. A l'époque de la destruction du Vieil Hesdin, il possédait aussi une raffinerie de sel. Avant la Révolution, un endroit du village s'appelait encore le Marché.
Combien nous regrettons que l'on n'ait pas entrepris avant nous le travail que nous poursuivons! Croirait-on qu'un siècle à peine après la Révolution, les vieillards ne puissent pas nous mettre à même de combler les lacunes quelaissentles documents écrits, ni nous donner l'explication de certains passages de ces documents ? On ne sait pas nous dire où était la maison louée par la fabrique au vicaire, bien qu'elle donnât sur la rue de Paradis, ni où se trouvait la maison servant d'école, ni nous renseigner exactement sur la Chapelle Saint- Pierre, le Jardin Saint-Pierre, la rue Blanche, la rue Herbelet, la rue Riquantaine .
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