‹ Fressin; histoire, archéologie, statistiqueChapitre 96 sur 136 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La Commune et la Municipalité

Les archives de nos mairies ne renferment généralement que peu de documents antérieurs à 89. Ce qu'elles possèdent de plus ancien, ce sont les actes de catholicité. Les nôtres, on l'a vu, remontent à 16 13. Du reste, pas de Registre de délibérations dans nos villages, rien, si ce n'est les cœuilloirs et les comptes des paroisses et fabriques.

§ 1. — PÉRIODE EÉVOLUTIOitlSrAIBB.

Avec la Révolution, il semble qu'une sorte de fièvre se soit emparée du pays ; il semble que nos paysans n'aient plus rien à faire que de descendre quotidiennement sur le forum pour ^'occuper de la chose publique, discuter, délibérer, réglementer. On se réunit deux fois, trois fois, quatre fois dans une semaine ; et, quand l'affaire est chaude, on tient deux séances par jour !

Il y eut, dans le principe, deux sortes d'Assemblées, je veux dire deux catégories d'assemblées légales, qu'il ne faut pas confondre avec les clubs et les réunions de la société populaire qui n'eurent lieu que plus tard ; c'étaient ; 1° celles du corps municipal;

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2^ celles du Conseil général, qui comprenait le maire, les officiers municipaux, les notables et le procureur de la Commune, Le procureur avait pour mission de requérir la répression des délits- Le maire et les officiers municipaux étaient constitués en tribunal de police.

Le premier maire de Fressin fut M. Jacques-Marie VioUette, notaire royal.

Nous en sommes réduit, pour cette période, la plus intéressante de notre histoire municipale, à nous référer aux archives de la fabrique, aux actes de l'état- civil et aux documents que M. le chanoine Deramecourt a trouvés aux archives du département. Le premier registre de la mairie de Fressin ne remonte qu'au 19 fructidor an VIII, c'est-à dire au Consulat. Nos lecteiirs regretteront que le registre antérieur ait disparu.

En août 1791, la Commune avait un receveur ou collecteur des impositions patriotiques. Cette place était donnée par adjudication au rabais.

L'Assemblée Nationale divisa le territoire français en départements ; le département fut subdivisé en districts, le district en cantons et le canton en communes.

La commune de Fressin, département du Pas-de- Calais, district de Moutreuil, fut d'abord chef-lieu de canton. Elle fit ensuite partie du canton de Le Biez (loi du 17 vendémiaire, 9 octobre 1793,) et enfin du canton de Fruges.

La Constitution de 179 1 régla qu'il y aurait un tribunal criminel avec jury par département, un tribunal civil par district, une justice de paix par canton. Elle décida aussi qu'un code uniforme serait substitué aux 400 couti!mes particulières.

La législation électorale établit à la commune les assemblées primaires. En faisait partie, en qualité de citoyen actif, tout citoyen âgé de 25 ans, inscrit sur

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les rôles de la garde nationale, domicilie depuis un an au moins dans le canton et payant une contribution égale à la valeur locale de trois journées de travail. Les assemblées primaires se réunissaient au chef-lieu de canton pour'nommer les électeurs, lesquels devaient choisir les députés, les administrateurs du département, ceux du district et les juges du tribunal. Cette constitution de 1791, jugée révolutionnaire et anarchique par les tenants de l'ancien régime, ne tarda point à paraître trop aristocratique au plus grand nombre. Aussi n'eut-elle point de durée. Il arriva dans nos campagnes ce que l'on voyait à Paris. Le mouvement de 1789 y avait séduit les plus honnêtes gens ; les meilleurs donnèrent dans le mouvement. Mais l'agitation de la rue les força bientôt de se retirer quand on ne les poursuivit point comme suspects. On vit alors arriver aux affaires des hommes tarés, l'écume de la société, comme on voit les impuretés cachées au fond du lit de la rivière quand le temps est calme, remonter à la surface quand l'onde a été violemment agitée.

Au mois de novembre 1791 eut lieu la réélection du maire, de deux municipaux, du procureur de la Commune et des notables, en exécution de l'ordonnance du Roi et du décret conforme de l'Assemblée nationale.

En certaines communes, cette élection se fit dan.«; l'église.

Nous pensons que c'est alors qiie M. C. Mahieu fut nommé maire de Fressin.

Maire, officiers municipaux, procureur de la Commune prêtèrent serment « de maintenir de tout leur pouvoir la constitution du royaume, d'être fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi, et de bien remplir leurs fonctions».

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En juillet 1792, un courrier du district de Montreuil vient apporter à la Commune un exemplaire de la loi « qui déclare la patrie en grand danger ». Il faut organiser la garde nationale, créer un Comité de surveillance !

Le 25 août, on donne lecture au peuple des motifs qui ont engagé l'Assemblée nationale à suspendre le pouvoir exécutif, A cette occasion, il faut jurer, à l'issue de la Messe, sous l'arbre de la liberté. « de maintenir la liberté et l'égalité et de mourir pour les défendre ».

Dans une commune limitrophe, cette cérémonie eut lieu après la première messe,, parce que la moisson se trouvant en retard, « la plupart des citoyens de la commune ont coutume d'assister à cette première messe ». On tinta la cloche pendant toute la durée de la messe pour convoquer ou retenir les citoyens.

Nous ne savons pas si les paroissiens de Fressin allaient d'aussi bon cœur aux offices du curé schismatique. C'est bien dommage que nous n'ayons même pas les procès-verbaux de la commune.

Quelques jours après, on publia dans nos villages la loi du 19 août 1792, qui ordonnait la vente des immeubles réels affectés aux églises et interdisait le casuel aux curés constitutionnels.

A partir du mois d'octobre de cette même année, l'an I" de la République française, une et indivisible, le Conseil général de Fressin fut en permanence. Les séances étaient fréquentes et publiques.

Le 9 décembre fut un jour d'élection pour le renouvellement intégral de la municipalité. On élut d'abord les officiers municipaux, le procureur et les notables, lesquels étaient en nombre double des officiers. On organisa ensuite le tribunal de police locale, qui se composa d'un président et de deux officiers assistants.

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Le 28 janvier 1793, Antoine-François-Joseph-Claude Moronval, membre du Conseil municipal, fut investi des fonctions d'officier de l'état civil (i).

Au mois de mai, on constitua le Comité de Salut public pour la terreur des bons et la licence des méchants.

Au mois de septembre, Fressin, qui était chef-lieu de canton, fut visité et inspecté par les citoyens Grégoire Havet et Barré, administrateurs du district de Montreuil.

On se distinguait autour de nous, en ce temps-là , par la sottise, à tel point que les communes, pour briser absolument avec le passé, renonçaient à leurs

(1) Ce Moronval était le curé intrus de Fressin. Dans V Histoire de Joseph Le Bon, de M. Paris, et notre Hiitoire d'Hesdin^ il est désigne à tort sous le titre de Curé de Fressin.

Nous regrettons bien de n'avoir pas trouvé à la Mairie de documents sur celte époque. Il faut nous en tenir aux informations verbales. Narcisse Berthe, qui est riiomme qui nous a paru le plus au courant des folies et des crimes de la Révolution à Fressin, n*a pas su nous dire d'où était Moronval, ni si son intrusion était une apostasie ou seulement un sacrilèjj^e, en d'autres termes s'il avait été régulièrement ordonné par un évêque légitime ou sacré par Porion. Mais il nous a dit que c'était un buveur, un homme de mauvaise vie, qu'il se maria deux fois, d'abord à une I)e\vailly, de Sains, qui mourut vers la fin de la Révolution, puis à une Duplessy, Cette dernière vint se fixer avec ses sœurs à Fressin, en l8i0, et elle y mourut le 19 septembre l838. Ses obsèques eurent lieu le surlendemain ; l'acte en fut signé par le sieur Nicolas Dewaîlly, propriétaire, lequel rendit le même service aux deux sœurs de la défunte, qui, toutts deux, moururent célibataires ; l'une, Caroline-Louise-Joscphe Duplessy, âgée de 64 ans, le 31 janvier l838 ; l'autre, Angélique-Thérèse-Josèphe Duplessy, le 19 mars 1839, âgée de 71 ans.

Nicolas Dewailly qui mourut en 1846, âgé de 84 ans. nous fait l'effet d'avoir été le frère de la première femme de Moronval.

L'acte du 21 septembre l838 qualifie Constance-Josèphe-Léonardine Duplessy de <c veuve d'Antoine-Claudc Moronval », ce qui aurait lieu de nous scandaliser, si nous n'observions pas que les actes de catholicité étaient rédigés par M. Canu, secrétaire de la mairie. Ladite conjointe du curé Moronval avait 75 ans. — L'intrus l'avait chargée de restituer de l'argent aux Dewailly. Xarcisse Berthc ajoutait que Moronval avait fini par inspirer de la compassion. Il serait mort à Arras après avoir beaucoup souffert.

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anciens noms. Montreuil s'appela La Montagne-sur- Mer, Hesdin s'appela Lepelletier-sur-Canche ; Auchyles-Moines voulut s'appeler Auchy-sur-Ternoise (i). Nous ne sachions pas que Ton se soit montré ridicule à ce point dans notre commune de Fressin.

(l) On nous permettra, à cette occasion, de rectifier et de compléter nos précédents récits. Nous avons écrit {Authy, p. 3lO etautres) que M. Isaac Grivel avait débaptisé Auchy, et que, sous le premier empire, pour faire oublier les Moines, il avait fait donner à sa commune le nom d*Auchy-lez-Hesdin. Sans doute, les Grivel furent d'avis de faire accepter l'appellation nouvelle ; mais ils n'en furent point lés inventeurs, et, de plus, il faut savoir que le changement de nom n'est pas légal.

Le 2 octobre 1793, au conseil municipal d'Auchy, « un membre a observé que le nom d'Auchy avec cette addition « les Moines » étoit un terme inconstitutionnel, qu'il convenoit de reprendre l'ancienne dénomination qui étoit celle d'Auchy-sur-Ternoiise, et, après avoir entendu le procureur de la commune, il a été arrêté d'une voix unaninie que notre commune porteroit le nom d'Auchy-sur-Teruoisc. »

Le membre que gênait le souvenir des Moines, n'était pas M. Grivel, mais bien le prieur apostat Beugin . Du reste, sa tentative n'eut aucun succès. Auchy-sur-Ternoise ne dura qu'un an. Au mois de Novembre 1794, on recommença à écrire Auchy-les- Moincs. puis simplement Auchy dans les délibérations du Conseil. En 1795, on écrivit communément Auchy-les-Moines. En 1796, on voit pour la première fois Auchy-lez-Hesdin, et cette appellation reparaît en 1797, sans que rien indique la raison du changement. Mais pour nous il n'y a point de doute. L' ex-prieur Beugin était redevenu le rédacteur du procès-verbal . C'est à lui, c'est à ce moine défroqué, à ce concubinaire sacrilège qne l'on doit le nom d'Auchy-lez-Hesdin. Toutefois, ce riom, insignifiant en lui-même, mais introduit dans un esprit mauvais, ne triompha point sans éprouver de résistante. De 1797 à 1808, on écrivit assez indifféremment A«ichy-les-.\loines et Auchy-lez-Hesdin ; à partir de 1809, sauf une pioce émanée en l8n de la préfecture, on écrivit invariablement Auchy-les-Moines. En 18 13. l'Académie de Douai écrivait aussi Auchy-les-Moines. La Restauration, on le conçoit, usa invariablement de la dénomination transmise par les siècles et conservée par le peuple. A partir de l8 30, la filature se reprit à jicrire A ichy-lez-IIesd'u. Mais l'Administration diocésaine, celle des F^ostes, celle des Ponts et Chaussées et celle des Finances restèrent fidèles au bon sens et à la tradition. Les écritures de l'Usine nî l'auraient pas emporté, si la création récente du bureau de poste et l'établissement d'une gare de chemin d^.* for n'avaient forcé tout un chacun d'user de la dénom'nation nouvelle.

Et pourtant, elle n'aurait pas été autorisée par l'autorité compétente, et, au greffe du tribunal, cette commune serait toujours la commune d'Aachy-les-Moines.

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En décembre 1793, Louis Mahîeu était juge de paix du canton de Fressin.

Le primidî, i*^ frimaire an II (21 novembre 1793), qui est le jour où nous voyons pour la première fois employer le calendrier équinoxial, œuvre bien conçue, si Ton veut, mais œuvre absurde, qui no*» mît en quelque sorte en dehors du monde civilisé, le citoyen Moronval fut remplacé, comme officier de Tétat-civil de la commune de Fressin, par le citoyen Louis-Joseph Merlin.

C'était le moment où les scandales éclataient de plus belle à Auchy-sur-Ternoise. On y vit Riquier, curé constitutionnel de Rollencourt, Incourt, Béalenccurt, Neulette et Noyelle, et Lagache, curé constitutionnel d'Auchy et Wamin, remettre devant les commissaires délégués du représentant du peuple leurs lettres de prêtrise; et, quelques jours après, le citoyen Nicolas- Eloi Beugin, ex-prieur de l'abbaye, puis procureur de la commune, déclarer, pour obtenir un certificat de civisme, qu'il a contracté mariage, à Abbeville, sur l'autel de la patrie, avec la citoyenne Ribeaucourt, en présence du représentant du peuple Dumont. Cette citoyenne Ribeaucourt, qui avait un enfant que Beugin voulait bien adopter, n'était-elle pas auparavant la lingère de l'abbaye ?

C'était aussi le moment où l'on mettait en vente, comme meubles inutiles, comme instruments du fanatisme et de la superstition, les ornements du culte, les chapelles, les autels et les confessionnaux. A Fressin, on respecta les grosses pièces du mobilier qui adhéraient aux murs ; mais les ornements sacerdotaux, les linges et les vases sacrés disparurent.

On sent que Ton est au moment extrême de la persécution, que l'on traverse une crise aiguë, et que l'on peut espérer une réaction prochaine.

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En germinal an III, le repre'sentant Florent Guiot nomma dans le district de nouveaux officiers municipaux, généralement d'allure modérée. Nous ne savons pas quels furent, à Fressin, les choix du gouvernement. Nous savons seulement que, le 30 germinal (19 avril 1795), Charles-Grégoire Letailleur, chirurgien," remplaçait le citoyen Merlin en qualité d'officier de l'état-

En ces temps troublés, les Conseils n'ont pas le loisir de s'occuper des intérêts locaux: on ne répare pas les bâtiments communaux ; on laisse les chemins à l'abandon. Mais on se réunit pour aviser aux moyens d'assurer l'approvisionnement du marché d'Hesdin et le recrutement des armées. Les invitations du Gouvernement sont impérieuses et comminatoires. Le mot de liberté se lit encore en tête des actes publics ; la réalité est toujours absente. On a gagné pourtant de moins craindre là prison ou l'échafaud.

La loi du 3 ventôse et celle du 11 prairial paraissent rendre quelque liberté au culte. Les municipalités sont invitées à mettre les égli.ses en état de servir. D'autre part, un arrêté du département, en date du 26 vendémiaire an IV, presciit la fermeture des brasseries, et interdit jusqu'à nouvel ordre la fabrication de la bière. Vit-on jamais pareil despotisme ?

A la suite de la loi qui édictait une division nouvelle du territoire de la République, le Conseil général de la commune eut à désigner un agent municipal et un adjoint chargés de représenter la localité près l'administration municipale du chef-lieu de canton. Beaucoup démissionnèrent à cette occasion. A Fressin, le 1 1 frimaire (23 novembre 1795), Charles-Hubert Desgrusilliers remplaçait à l'état-civil Grégoire Letailleur.

En prairial an IV mai et juin 1796 , on célébra dans chaque canton la fête des Victoires de la République.

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Dans le canton de Blangy, cette lête eut lieu le 10 prairial, à RoUencourt, qui était le chef-lieu des séances municipales dudit canton. Où donc se fit la fête dans le canton du Biezi*

Le 7 messidor, Hubert Desgrusilliers était déjà remplacé par Jean-Baptiste Dupond.

Le 5 ventôse an V, mourut, à 28 ans, François- Joseph Pruvost , chirurgien, époux de Bernardine Deigrusilliers.

Le 10 germinal an V (31 mars 1797), il y^avait lieu, à Auchy, d'élire un adjoint municipal. En vain on sonna la cloche pour convoquer les électeurs. C'était le jour du marché d'Hesdin; personne ne se présenta. Le maire, qui était alors Tex-prieur Beugîn, remit l'élection au dimanche 13. à 2 heures et demie, à la sortie des Vêpres, « dans l'espérance que les citoyens qui, à cette heure, devront sortir de l'église, se prêteroient au désir de .la loi et seroient aussi exacts à rendre à César ce qui appartientà César qu'ils l'étoient à rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu. »

Cette réflexion de l'ex-prieur Beugîn nous apprend qu'à Auchy, bien avant le concordat, et même en l'absence d'un pasteur légitime, les fidèles allaient aux Vêpres, et qu'il s'y réunissait assez d'hommes pour former un contingent suffisant d'électeurs. Elle nous fait voir aussi combien Ton était fatigtié des agitations de la vie publique.. Ecœurée par les excès de la Révolution, la nation était mûre pour le coup d'État qui devait imposer le silence universel. A Auchy, il y eut telle élection où il ne se présenta pas assez d'électeurs pour former le bureau.

La population de Fressin paraît s'être tenue en retard sur sa voisine dans la réaction comme dans le mouvement. Si elle se laissa moins entraîner par les énergumènes, elle reprit aussi moins vite les habitudes

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du culte public. Les offices ne se firent pas dans notre Eglise avant 1802.

En brumaire an VI, les registres de l'état civil étaient tenus, à Fressin, par un certain Augustin Leblond, qui n'était pas de la commune. Il était de Torcy ou de Lebiez.

La même année, le 11 ventôse (2 mars 1798), ces fonctions étaient remplies par Louis Mahieu, qui était remplacé, le 24 messidor suivant ( 12 juillet^, par Auguste Viollette. .

Le2o vendémiaire an VII (11 octobre 1798), Adrien- Joseph Delannoy est désigné comme président de l'administration de Fressin, et Charles Dupuis, demeurant à Lebiez, est nommé secrétaire en chef de la dite administration et chargé des mariages.

Le 22 frimaire (12 décembre), Louis Bruyant, adjoint municipal, recevait les naissances.

L'année suivante, le 10 ventôse ( 12 mars 1799 )• Moïse Berthe était agent municipal (i) ; Charles Dupuis demeurait secrétaire en chef. Deux mois après, le 10 floréal, Casimir Falize présidait l'administration municipale du Canton du Biez, et Charles Dupuis conservait toujours sa fonction de secrétaire.

Sous le Directoire, la municipalité se confondait avec le canton.

§ 2. — Le Consulat et l'Empire.

Le 9 novembre 1799, le général Bonaparte se substitua aux pouvoirs établis. C'est ce qui dans l'histoire s'appelle le coup d'État du 18 Brumaire an VIII.

(1) Moïse Berthe rendit beaucoup de services à la Un de la RërolutioD, et sauva bien des personnes, même aux Baudets d'Arras.

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Le citoyen Poitevin-Maisseniy, qui fut le premier préfet du Pas-de-Calais, nomma maire de Fressin le citoyen Auguste Viollette, et adjoint le citoyen Jean- Baptiste Pruvost. L'arrêté fut signé le i" fructidor. Le 20 (7 septembre ï8oo), ces Messieurs furent installés par Moïse Berthe, resté jusque-là adjoint municipal, et par son second, qui était Louis Legrand. La cérémonie se fit < au temple décadaire > en présence d'un grand nombre de citoyens. Le maire et l'adjoint promirent d'être fidèles à la Constitution.

L'ère de l'an VIII est l'ère du mutisme. La parole n'est permise qu'au monologue louangeujr. Les discussions ont pris fin; il n'y a même plus de trace de délibérations.

L'ancien district s'appelle maintenant « l'Arrondissement communal. » Au chef lieu de l'Arrondissement trône un petit potentat, le Sous-Préfet. Il envoie aux communes des < Mandemens » tout autant qu'un évêque. Pour remplacer les délibérations absentes, le maire inscrit au registre ces arrêtés et ces Mandements. Lecture des lois est faite au peuple de Fressin, à la tnairie, toutes les quintidis et décadis. (i)

Le 6 brumaire an IX, le préfet Poitevin-Maîssemy nomma conseillers municipaux de la commune de Fressin les citoyens dont les noms suivent :

(1) A Auchy, tout changement politique fournissait une occasion de fête et de manifestation. Le l" vendémaire an IX (23 septembre 18qo), il y eu fête nationale à onze heures au « terapl'îdc la réunion ». L'instituteur reçut l'ordre d'y conduire ses élèves. On y chanta des airs patriotiques. Le maire Barbier y prononça un discours sur l'histoire de la fondation de la République, discours qu'il a soin de transcrire et d'insérer dans le procès-verbal de cette solennité; il nous fait aussi le récit du banquet qui eut lieu ce jour-là, et des toasts qui y furent prononcés.

Ceci nous donne occasion de compléter la liste des maires d'Auchy que nous avons donnée à la page 3j5 de notre histoire de l'Abbaye. Entre l'ex-prieur Uenorin et M. Panet, il faut placer le citoyen Barbier. Ayant été nommé jui^e de paix. Barbier fut remplacé par M. Eusèbc Panet, lequel fut nommé par arrêté du Préfet du Paâde-Calais en date du 2 thermidor an XII.

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Joseph Thélu, Jacques Vioilette, fils; Joachim Bruyant, Louis Bruyant, Jean-Baptiste Desobry, père; Louis Legrand, Martin Cappe, Jean-François Briche, André Binsse, Louis Duflos.

Ils furent installés le 20 brumaire , et promirent d'être fidèles à la Constitution.

Ce gouvernement, qui ne laissait pas aux communes le droit de choisir leurs municipalités, portait toujours l'étiquette républicaine.

Le i8 floréal an IX (8 mai iSoi), M. Bonaventure Thélu fut nommé maire en remplacement de M. Auguste Vioilette, démissionnaire. Il fut installé < au temple décadaire » le 2i mai par Jean-Baptiste Pruvost, agent municipal. C'est du moins ce qu'il inscrit dans son procès-verbal qu'il signe seul.

Par une contradiction que nous ne nous expliquons pas, l'administration centrale, qui se réservait le privilège de désigner aux communes leurs magistrats municipaux , laissait à la garde nationale sédentaire la liberté d'élire ses chefs.

Du 21 mai iSoi au 15 février iSié, on ne voit au registre de la municipalité que la signature de M. le maire Thélu. Aucune délibération. Ni adjoint, ni conseillers municipaux ne donnent signe de vie pendant quinze ans. Et ce qui se voit à Fressin se voit également à Auchy et ailleurs. Le volumineux registre est rempli d'arrêtés de police, d'avis du fisc sur les contributions foncière et mobilière, de déclarations de diverses sortes: déclarations d'arrivée dans la commune, déclarations de départ, déclarations de moyens d'existence, déclarations de grossesse pour les filles non mariées, avec indication du lieu où elles attendront leur délivrance, parfois avec renonciation du nom du complice ; certificats de bonne vie et mœurs ; plaintes curieuses, énoncées en langue verte et littéralement

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transcrites; congés obtenus en vertu de l'amnistie accordée aux déserteurs; réquisition de voitures. 'de chevaux et d'hommes pour le camp de Boulogne. M. le maire Thélu ne laissait pas d'avoir de la besogne, rien que pour rompre un peu la monotomie de la langue administrative.

Quand par hasard il y avait convocation des électeurs, on y mettait le temps. Un scrutin eut lieu du 19 au 30 messidor, onze jours. Il y avait deux bureaux ou sections. La première section, chez le citoyen Jacques-Marie Viollette, eut pour scrutateurs les citoyens Martin Cappe et Benoist Laîsné ; la .seconde section se tint chez le citoyen Bonaventure Thélu, assisté des citoyens Grégoire Letailleur et J.-B. Pruvost. Il y avait cinq jours d'intervalle entre la clôture du scrutin et le dépouillement.

Le 19 thermidor an IX (7 août 1801), des scieurs de long furent mis en réquisition, à Fressîn, pour aller travailler au port de Boulogne. On leur promit de 2 fr. 25 c. à 2 fr. 50 c. par jour, ce qui était fort considérable pour cette époque. Mais aussi c'était le moment de la moisson, et il fallait partir quand même. M. le maire Thélu désigna huit ouvriers.

L'administration militaire, quand elle n'en avait pas un besoin actuel, pjaçait les chevaux de troupe dans les fermes, pour n'avoir, pas à les nourrir, et le fermier, qui n'avait pas le droit de les refuser, en avait pourtant la responsabilité. L'an IX, la veuve Jacques Desmons, de l'Epaule, reçut ainsi un cheval d'artillerie.

Cette année-là, Narcisse Berthe fut accepté comme percepteur, par adjudication au rabais, et offrit une caution.

Le 4 brumaire an X ( 26 octobre 1801 ), la garde nationale sédentaire de Fressin élit ses chefs. Jacques Viollette fils est nommé capitaine, Xavier Louvet

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lieutenant, Benoit Laisné sous-lieiitenant, Simon Branquart sergent, Michel Dupont caporal. On leur donne de la besogne ; le 25 germinal, il est décide' que le capitaine devra commander tous les jours une patrouille de quatre hommes.

Quelques habitants ont trouvé le moyen d'élargir leur petite propriété en anticipant sur le flégard ; ils se trouvent ainsi avoir des arbres qu'ils n'ont point plantés. La commune réclame à diverses reprises, et il intervient enfin un jugement du tribunal de Montreuil par lequel l'un de ces habiles, qui avait sa maisonnette près du vieux château, fut « condamné a déguerpir. >

Voici enfin une séance du Conseil municipal. Il s'agit sans doute d'un grand intérêt communal, du percement d'une route, de la construction d'une école? Non : la séance du 29 floréal an X ( 19 mai 1802 ), tenue en exécution de l'adresse du Préfet en date du 27, a pouî objet d'aviser aux moyens de demander aux électeurs une réponse à la question suivante :

« Napoléon Bonaparte sera-t-il consul à vie ? »

La réponse nç se fera point par bulletins déposés dans une urne scellée ; un registre sera déposé chez le maire et chez les deux notaires pour recevoir le vote public des électeurs. Le premier bureau sera ouvert chez le citoyen Viollette, notaire ; le second, chez le citoyen Louvet, aussi notaire ; le troisième, chez le citoyen Bonaventure Thélu, maire.

A la même séance, ces Messieurs prirent connaissance de la proclamation des Consuls relative au culte.

En décembre 1802, le Conseil fut encore convoqué : cette fois il s'agissait de l'école.

On ne peut pas attendre de nous que nous reproduisions ici les arrêtés de police relatifs à la tranquillité

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de la rue, à la fermeture des cabarets, etc., ni les procès-verbaux constatant l'état des fours et des cheminées. Ne pouvant avoir de discussions à relater, les maires de la période napoléonienne s'entretiennent la main en multipliant les arrêtés. En voici un pourtant qui se distingue par son à-propos, et tel que Ton en voit trop rarement à la campagne. En messidor an XI, M. le maire Thélu régla que désormais il n'y aurait pas de jeux publics ni de danses sans une redevance aux pauvres.

L'an X, la force armée est logée et nourrie chez les déserteurs. Mais il n'y a pas que les familles des réfractaires que frappe le fléau d'une guerre incessante: en septembre 1803, la Sous-Préfecture réquisitionne les équipages des fermiers, sans s'occuper de la moisson. Fressîn ayant à fournir une voiture à quatre roues et quatre chevaux pour Boulogne, M. le maire Thélu désigne Jean-François Brîche, fermier au Plouy. et la citoyenne veuve Desmons, de l'Epaule, pour obtempérer à cette réquisition.

Le Conseil se renouvelait alors par fractions, et il était nommé par un choix d'électeurs. Le 6 ventôse an XII (26 février 1804^), on tira aji sort les noms de ceux dont les pouvoirs devaient cesser. Ce furent Jacques Viollette, Martin Cappe, Joachim Bruyant, Louis Bruyant et Jean-François Briche.

L'élection mit en leur place Jacques Viollette, Joachim Bruyant, Jean-François Fournier, Martin Cappe. Les cinq élus signèrent au procès-verbal.

Le 28 floréal, on observe que « depuis le commencement de la Révolution » on n'a rien fait aux chemins qui se trouvent dans un affreux état.

M. Jacques Viollette était, à cette époque, juge de paix du canton de Fruges.

Le 28 thermidor au XII, M. Thélu estime qu'il a

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trop de besogne à la mairie. Les conscrits surtout, lui donnent de la tablature'. Il désigne M. Jean-Baptiste Pruvost pour recevoir les actes de l'état civil.

Voici, d'après un règlement sur la vaine pâture, quels étaient les cultivateurs de Fressîn en l'an XII, avec l'importance de leur occupation sur le terroir de la commune :

Charles Thuillier occupait 36 mesures sur Fressin ; La veuve Jacques Desmons, de l'Espault, 210 mesures;

Joseph Benteux, 3 1 ;

Jean- François Briche, du Plouy, 39 mesures. La plus grande partie de l'occupation de ivL Briche était sur Planques.

Jean-lîaptiste Desobry, 190 mesures;

Jean-François Samier, 120;

Jacques Coache, à l'Ermitage, 16 ;

Benoît Laisné, 209 ;

Bonaventure Thélu, 55 ;

Desgrusilliers, frères. 72 ;

Liévin Dewamin, 32 ;

Xavier Louvet, 28 ;

Jacques- Marie Viollette, 30.

On se plaignait de Briche qui avait trop de moutons eu égard à son occupation sur Fressin, et le Conseil déterminait le nombre de bêtes que chaque cultivateur pouvait entretenir pour profiter du droit de vaine pâture.

Si la nation, dans sa généralité, était heureuse d'être délivrée de l'anarchie et de la terreur, tout le monde n'acceptait pas la dictature. Il y eut, à cette époque, des complots inspirés par des sentiments contraires, la fidélité royaliste et l'insubordination jacobine. Notre commune fournit un épisode à l'histoire de ces complots. Un conspirateur, nommé Larose, veut renverser le gouvernement ; il s'attaque directement à la personne

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du souverain. Mais il est arrêté à temps. Or, il se trouve qu'il a sur lui un passeport délivré par le maire de Fressin. Le passeport est faux. Le maire de Fressin n'en est pas moins aux abois. Si l'on allait l'accuser de négligence, que dis-je ? de complicité ! il écarte bien vite tout soupçon ; il se hâte de mander aux autorités de ne reconnaître désormais que les passeports écrits en toutes lettres de sa main, ou de la main de son adjoint, à dater du r^ pluviôse an XII, époque où toutes les pièces de quelque importance émanées de la mairie de Fressin ont été retirées au secrétaire. De plus, à dater du présent jour, i^' frimaire (22 novembre 1804 ), le cachet de la mairie a subi quelques modifications. On y a pratiqué une échancrure que le maire indique, et l'on y a supprimé une lettre. Il n'y aura désormais de valables que les pièces munies du sceau communal et de la signature du maire Thélu ou de celle de l'adjoint Pruvost,

Le II germinal au XIII ( i^^ avril 1805), Jean- François Pingrenon, garde champêtre et garde des bois, mis sans doute en demeure d'opter, déclare choisir la seconde place et se démet de sa charge de garde champêtre. Il est remplacé par Joseph Benteux, lequel donnera à son tour sa démission le 6 juillet 1812.

En 1805, M. Jacques-François-Joseph Viollette était toujours juge de paix du canton de Fruges, sans cesser de résider à Fressin.

Le 19 thermidor an XUI, jour qui correspond au 7 août 1805, an i^^ de l'Empire Français, est le dernier jour où l'on fasse mention dans nos registies de l'ère républicaine. L'acte suivant est du 16 mars 1806. On était revenu depuis le i^^ janvier au calendrier grégorien. Les archives de la mairie ne nous fournissent pas le moindre petit fait pour les annés 1807, 1808, 1809, 1810, 1811. On ne parle plusen France;

La Commune 5^5

on a même cessé d'écrire. Des actes, toujours des actes, et quels actes ! Des batailles tous les jours. Aux églises, des Te Denw, qui n'étaient point, pour nos paysans, des chants de joie, mais le signal d'une nouvelle levée d'hommes. Si Ton trouve une note aux registres, c'est à propos de réquisitions militaires : un jour il faut envoyer 900 bottes de paille à Boulogne ; un autre jour, le 12 février 1813, il s'agit d'aviser aux moyens de pourvoir à l'habillement, équipement et harnachement des chevaux offerts à Sa Majesté Impériale et Royale. Le Conseil se réunit par extraordinaire à cette occasion. Il regrette de n'avoir point de ressources: que de souffrances sont déguisées sous cette timide réponse ! et, d'autre part, quelle détresse et à la fois quelle tyrannie sous cette apparence d'hommage spontané !

Le 10 mai 1813, on enrégimente sur place ceux qui ne peuvent plus partir. Les célibataires, les veufs et ceux qui ne sont mariés que depuis le 5 avril doivent faire partie de la garde nationale. Mais la garde nationale n'était pas alors la milice bourgeoise de 1830 et de 1848. C'était bel et bien une armée régulière qui devait faire le service des places. Fressin devait, de plus, fournir encore douze hommes pour l'armée active.

Le décret impérial du 15 avril 1806 avait réglé que les maires et adjoints de toutes les communes de l'Empire seraient renouvelés de cinq en cinq ans. Le deuxième renouvellement eut lieu en 18 13. <c Plein de confiance dans le zèle et le dévouement de M. X. », telle était la formule employée par le Préfet pour nommer les magistrats de la commune. Ces Messieurs, le jour de leur installation, prêtaient le serment de fidélité à l'Empereur.

Le 15 décembre 1813, le général préfet de la Chaise,

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baron de l'Empire, nomma adjoint au maire de Fressin M. Jean-François-Norbert Viollette, en remplacement de M. Fiolet, démissionnaire à cause de son grand âge.

En 1815, il y avait, à Fressin, deux brasseries en activité; tme de i^^ classe, aux héritiers de Jacques Warin, donnant sur la grand'rue ; c'est la maison à étage de M. Raphaël Viollette^ et dont le jardin est contigii à la nouvelle maison d'école ; la deuxième, de 3* classe, à M. Augustin Louvet, à l'emplacement de la brasserie actuelle.

Fressin possédait alors un officier de santé, du nom de Charles Letailleur, et un artiste vétérinaire, qui était M. Louis Mahieu.

§ 3 — La Restauration.

Le 15 février 1816, M. Bonaventure Thélu écrit ce qui suit au registre de la mairie : « Je suis dans ma soixante-quatrième année, infirme et estropié ; » et il signe sa démission. Le Préfet lui donna pour successeur, le 30 mai suivant, M. Jean-Baptiste Pruvost, père, propriétaire. M. Pruvost fut installé par le maire démissionnaire le 12 juin. Le 28 novembre, M. Antoine Fiolet, cultivateur, fut nommé adjoint par le Préfet et installé le 10 décembre par M. le maire Pruvost, auquel il succédait.

La Restauration suivait les us de l'Empire ; elle trouvait bon de nommer des hommes à sa dévotion. Elle eut été mieux inspirée d'avoir plus de confiance au peuple.

M. Antoine Bacqueville, propriétaire de la villa

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