SCENE III
Le, Mêmes , M. DE CERAN.
M. de céran , entrant vivement. Ma foi, je suis exact... et je viens... (Apercevant Godurcau.) Ciel !...
CAMILLE , l’apercevant. Ali !...
GODUREAU. Eli ! monsieur le comte de Céran. . . par quel hasard ?..*
M. DK CERAN , à part.. Et moi qui le croyais à Rouen... (Haut.) Ma foi, mon cher Godureau , je suis heureux de vous trouver... car je n’y comptais guère! (A Camille. ) Bonjour, belle Camille... je vous deuiaude pardon d’entrer ainsi chez vous sans être attendu... mais j'étais pressé de parler à monsieur.
CAMILLE. El vous savez qu’il est toujours ici à l’heure de la Bourse.
M. de céran. C’est l'heure de ses amours.
godureau. C’est vrai ! vous avez besoin de mon amitié ?..
M. DE céran. Oui. ..j’ai besoin d’argent pour me tirer d'embarras.
CAMILLE, à part. 11 devrait bien nous en tirer aussi...
LUDOVIC , dans /’ armoire. Et de trois ! . .
GODUREAU. Jesaiscequc c’est... (Riant.) Ah ! ah ! ah ! tenez , monsieur le comte , cette petite Lolotte vous ruinera... ces déesses de l'Opéra mangeraient le diable !
Camille. Monsieur le comte sait-il ce qu’est devenue Augusta , la débutante du mois dernier ?
M. DE céran. Sa fortune est faite , elle vient d’entrer dans le corps diplomatique.
Pour moi, j’ai quitté l’Olympe... je tourne mes vœux d’un autre côté... ( Regardant Camille.) Sur la terre.
* Ludovic. Oui... à gauche.
godureau. Vrai!., une autre passion!., contez-nous donc cela.
Camille. 11 y a peut-être de l’indiscrétion...
M. de céran. Non, non... il y a des gens devant lesquels l’on peut tout dire , des gens d’esprit... comme Godureau...
LUDOVIC. Obi...
(Godureau salue.)
H. DE CÉRAN. C’est une adorable fille qui m’a tourne la tête par sa franchise , son laisser-aller... la meilleure créature... aussi, je le sens désormais, je ne pourrais pas vivre sans elle, et si je ne parviens pas à m’en faire aimer comme je l’aime, je suis capable de me brûler la cervelle. .. {A part.) Effrayons-la... elle est si lionne fille...
CAMILLE. Comment! monsieur...
M. de céran . Oh! mon Dieu !... c’est tout simple... je ne perdrais pas grand chose !...
CODUREAU. Mais c’est absurde ce que VOUS dites là... ( Mouvement de M . de Céran ,)
• GodurMO , M. de Céran , ÇamiUe , etc.
Pardonnez-moi l’expression, il y a toujours moyen de triompher.
M. de CÉRAN. Oh ! celle-là a des scrupules... elle se croit liée à un certain imbécille... un de vos confrères qu’elle pourrait tromper !...
GODUREAU. Vraiment ?. .
CAMILLE
Al A de ta Petite Sœur.
Mai» s'il est quelauc engagement ,
Des conditions quelle ait faites!...
Jamais de trahisons secrètes...
Rompre toujours ouvertement C'est la probité' des grise ttes...
Des g risettes.
U. DE CÛAS.
A la bonne heure !... maigre cela ,
Comme moi , vous savez sans donte ,
Qu 1 ainsi qu'ailleurs , dans ce corps- D ,
On fait quelquefois banqueroute.
CAMILLE, regardant M. de Céran. Quelrquefois... ça s’est vu !
M. de CÉRAN. Et moi, je lui offre avec mon cœur , mon hôtel , ma voiture... ma voiture qui doit être en route pour venir...
(// se reprend.) Pour aller la chercher.
CAMILLE , à part. Ah ! mon Dieu !...
M. de céran. Nous devions faire une promenade... agréable, où j’espérais la décider. . .
godureau. Pendant que l’autre sera à la Bourse !... (Riant.') Ah ! ah ! ah !
M. DE Céran. C’eut été drôle, n’est-ce
pas?...
(Ils rient tous les trois.)
LUDOVIC, riant aussi. Jobard de cousin, va ! Ah ! ah! ah !
godureau. Vous la déciderez, monsieur le comte... vous la déciderez... c’est charmant*!.. dites donc... un de mes confrères, vous me direz sou nom !.. Ah ! ah ! ah ! . .
Il vous faut de l’argent. . . voulez-vous passer dans mon petit boudoir... Camille va vous donner ce qu’il vous faut pour le billet... la reconnaissance...
LUDOVIC. N’y va pas!...
CAMILLE
Air : On prétend qu’en ee voisinage .
Mourir pour moi !... pauvre jeune homme !
GODCREAU.
Vous allez me faire un reçut ,
Et je vous apporte la tomme...
m. de ciasK.
Cinq mille francs...
CODURBAC.
C’est convenu ;
Je voua les promets , et pour cause ,
* Camille > Godarcao , M. de Ccraa, etc.
FRÉTJLLON.
Uo confrère qu’on dope ainsi !
J’y veux être pour quelque chose.
( // donne la main à Camille.')
M. DE CBftXIf.
El moi j’y compte bien aussi.
ENSEMBLE
0O9DIUD.
Attendez-moi , je suis votre homme !
Vous allez me faire un reçu ,
Et je vous apporte la somme...
Cinq mille francs... c’est convenu.
M. DE CEEA !*,
Ne vous pressez pas... le brave homme !
Nous allons vous faire un reçu...
Comptez , recompte» bien la somme...
Cinq mille francs... c'est convenu. . .
CAMILLE
Et Ludovic... pauvre jeune homme?
Ah ! si Godurcau l’avait vu!
Il le traiterait, Dieu sait comme !
Plus d'espoir , il serait perdu !
[Ils sortent.)
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