‹ Frétillon, ou la Bonne Fille, vaudeville en cinq actesChapitre 2 sur 40 · ANNÉE. T · texte numérisé non relu

ANNÉE. T

montée sur une chaise. Camille ! Camille !

Eli bien ! est-ce qu’il n’y a personne ici ?

CAMILLE, descendant. Si fait... Bonjour, Augusta. Tu arrives à propos... agrafemoi donc ma robe.

augusta. Tiens ! qu'est-ce que lu faisais là?

Camille. Je tirais le rideau ; il y a, en face, des çens qui , sous prétexte qù’ils sont plus élevés que moi... ont toujours les yeux sur ce qui ne les regarde pas.

AUGUSTA. Ca te contrarie?

CAMILLE. Certainement, quand ils sont laids. Et il yen a un..

AUGUSTA, ôtant le châle. Voyons... Le grand... je sais, il m’envoie auss’i des douceurs. Un garçon apothicaire.

CAMILLE. Yrai?

Al s: De sommeiller encor, ma chère.

Les sentîmes* d’apothicaire Ne me tentent pa*, j’en couvicn ,

LE BAGilIN TBBATRlfc.

Et pourtant , j’cn ai ru, ma chère ,

Qui devaient aimer as»ez bien.

Mais avec eux , j'ai des scrupules ,

Cet etat-là me fait trembler .

Et leurs amours sont des pilules

Que je ne peux pas avaler !

Et l’autre, sais-tu ce que c’est? Non... il a un petit air éveillé... j’aime mieux ça...

AUGUSTA, V aidant. Là ! c’est fini... et je m’asseois, car je ne puis plus me tenir sur mes jambes.

Camille. Est-ce que tu as couru ce matin ?

AUGUSTA. 11 y a deux heures que je fais des baUemens et des pirouettes; car, tu ne sais pas... je débute la semaine prochaine dans le Dieu et la Bayadcre... M. Véron me l’a promis... je n’ai pas dormi de la nuit... Quand je pense que je vais paraître devant ces messieurs de l’orchestre , qui ont le coup d’œil si difficile! Heureusement, j’ai le coude-pied délicieux.

(Elle se met h danser.)

Camille. Tu as beau dire, c’est un état que je n’aime pas... se démancher le corps devant tant de monde...

AUGUSTA. C’est là qu’est l’avantage.

CAMILLE. J’aime mieux danser à la Chaumière... avec quelqu’un tout seul.

augiista. Là! encore! M. Alfred peutêtre... il faut avouer que tu as des attaches bien singulières. Un garçon qui avait mauvais genre...

CAMILLE. Oh ! tu dis ça parce qu’il n’avait pas un tilbury.

augusta. Tiens! un tilbury... c’est aimable... et, si tu voulais, je connais quelqu’un qui ne demanderait pas mieux aue de t’eu donner un... il te trouve si gentille, M. Godureau!

CAMILLE. Ce gros pataud ! il a l’air bète!

AUGUSTA. Il roule sur l’or, ma chère...

c*est le neveu d’un marchand de comestibles.

Camille. Dieu! moi qui aime tant les dindes truffées!

augusta. Et le vin de champagne donc !

A propos de ça, je viens te demander à déjeuner, et j’apporte mon plat... un fromage de Neuchâtel qui est délicieux !

(Elle le tire de son panier.)

CAMILLE. Ça se trouve bien... j’en ai un là qui est tout frais.

AUGUSTA. Ça fait deux plats... Mais estce que M. Godureau ne t’a pas écrit?

CAMILLE. Je n’ai rien reçu.

augusta. Il doit te faire part de ses intentions... Quelque cadeau, j’cn suis sure., il fait très-bien les choses.

CAmLLE 4 mettant le couvert. Ça m’est

égal... je n’y tiens pas; ce que je veux, c’est un sentiment.

AUGUSTA, faisant des baUemens. Un sentiment... mon Dieu! Camille, tu ne pourras donejamais avoir del’ordre ! Tuesd’un décousu, ma chère, qui me fait trembler pour toi... comme me dit mon excellente mère : Quand on est jeu Se, il faut penser à l’avenir.... mettre de côté... le sentiment

tout seul , ça passe et ça ne laisse rien

mais quand il y a quelque chose avec...

quinze, vingt, quarante mille livres de rente, il en reste toujours un peu... c’est ce qui s’appelle plumer l’amour! et avec ces plumes-là, on a des rentes, un hôtel, une voiture.. . voilà comme on fait son chemin.

Tra, la, la, la.

(Elle danse.)

CAMILLE. Oli ! je sais... tu fais de l'arithmétique... Eh bien! moi, je ne peux pas... le cœur emporte la tête... je partage avec ceux qui n’ont rien... les autres partagent avec moi , j’ai des hauts et des bas... tantôt en indienne, tantôt en mousseline..

Air de Partie et Revanche .

L’or , vois-tu bien , je n’y tiens guère ,

Je ro’cn passe , mais de l’amour 11 m'en faut , il m'est necessaire ;

Par malheur , les amans du jour Sont perfides, pleins de détour;

Ils nous trahissent , il me semble Que c'est tous les jouis plus commun ,

Et j'en aime plusieurs ensemble ,

Pour qu'il m'en reste toujours un.

Oh ! tu ne comprends pas ça, toi ?

AUGUSTA. Si fait ! si fait ! et liens , il vient quelquefois ici un militaire qui a fini son teins...

CAMILLE. Marengo?...

augusta. Eh bien ! ma chère , il me plaît... il me plaît beaucoup... j’y pensais encore ce matin , en répétant mon pas de deux toute seule, mais il ue me ferait pas faire des bêtises... oli ! ben oui...

Camille. Tu te possèdes, toi... lu es bien heureuse.

(L’a billet jeté par la fenêtre tombe snr la seine.)

auguiita. T iens, qu’est-ce qu’on jette là?

un billet ! c’est pour toi.

CAMILLE. Ça vient d’en face, pourvu que ce soit du petit. Y oyons. . . (Elle l'ouvre et lit.)» Tant pis, mamzelle , je ne sai« » pas qui... mais c’est égal... je vous aime, >. je n’y tiens plus... ça m’étouffe !.. je vous » l’ccris, et je vas chercher la réponse....» (S’interrompant.) Ah ! mon Dieu ! il va venir.

augusta. Eh bien ! comme il y va !

Camille, lisant. « Je porte avec moi » mon déjetmer, que je vous offre comme » un à-compte sur lcssenlimcnsd’esûme que

KRÉTÏLLOÎf.

» je vous voue pour tout le teins de votre «existence et de la mienne. (. S'interrompant.} Il écrit bien, (lisant.. « Ludovic. »* Oh ! le joli nom ! je n’en ai pas encore rencontré comme celui-là.

augusta. Est-ce que tu vas le recevoir, ma chère ?

Camille. Je n’ai jamais refusé à déjeuner à personne.

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